Les découvertes du chamois

jeudi 8 octobre 2020

À Amiens, Victorine Autier, infirmière de la guerre Franco-prussienne 1870-71

Victorine Autier_buste - Copie

Guerre de 1870-71 au musée de Picardie à Amiens

Buste de Victorine Autier (1840-1874) réalisé par Ernest RANCOULET (Sorèze, 1842 – Bordeaux, 1905). Le socle porte l’inscription « Don des blessés soignés par elle »

Plâtre patiné bronze, don du Dr Autier, 1876

Ce buste célèbre une personnalité amiénoise érigée au rang de modèle. Lors des batailles de la guerre Franco-prussienne de 1870-1871 qui se déroulèrent à Amiens et aux alentours, l’infirmière Victorine Autier fit preuve, aux côtés de son père médecin et de ses deux frères, d’un dévouement remarquable en soignant les soldats français et prussiens. Le buste est orné des médailles qu’elle reçut à titre posthume ainsi que du brassard de la Croix-Rouge qu’elle portait en 1870 ; le pendentif orné d’une croix est quant à lui symbole de sa foi chrétienne et de ses convictions humanitaires. Cette effigie a été offerte au musée par son père, le docteur Victor Autier (1811-1876), estimé médecin des pauvres s’étant également illustré lors des épidémies de choléra ayant frappé la ville d’Amiens en 1866. L’image de Victorine Autier reste aujourd’hui hautement symbolique : elle fut choisie pour orner la médaille Citoyenne de la ville d’Amiens créée en 2003.

 

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mercredi 7 octobre 2020

Capitaine Louis Joseph René Lanes du 90e régiment d'infanterie

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Louis-Joseph-René Lanes, capitaine au 90e régiment de ligne, victime glorieuse de la campagne de 1914, était né à Mende (Lozère), le 11 février 1877. Dispensé du service militaire comme ayant un frère sous les drapeaux, il avait renoncé à sa dispense et contracté un engagement au 9e d’infanterie, le 14 novembre 1898, à sa sortie du Prytanée de La Flèche. Il entra à Saint-Maixent le 15 avril 1903. Sous-lieutenant au 114e d’infanterie le 1er avril 1904 et affecté au 63e le 9 février 1905, il passait en qualité de lieutenant (1er avril 1906) au 90e de ligne le 24 octobre 1911.

Parti dès le début de la guerre avec son régiment détaché à l’Etat-major de la 33e brigade, le lieutenant Lanes passa capitaine à titre temporaire, pour avoir sauvé, avant l’arrivée des Allemands une centaine de blessés français. Promu chef de bataillon au corps d’armée, après les combats du 9 au 12 novembre, cette promotion ne fut pas maintenue à l’armée ; sa nomination de capitaine n’ayant pas encore été faite à titre définitif, il exerça néanmoins le commandement de son bataillon jusqu’au jour où il trouva une mort glorieuse près d’Ypres (Belgique). Cet officier a été tué par une balle à son poste de commandement, au moment où il était occupé à établir son rapport journalier.

Le capitaine Lanes avait été cité pour sa belle conduite à l’Ordre de l’Armée (Journal officiel du 13 décembre 1914) dans les termes suivants :

« Dans plusieurs circonstances critiques du 6 au 12 novembre a fait preuve de la plus grande énergie et de la plus grande bravoure en prenant hardiment l’offensive, notamment dans une attaque de nuit qui a arrêté les progrès de l’ennemi ».

Le vaillant disparu a été inhumé au cimetière de Saint-Jean, situé au nord d’Ypres. À ses funérailles auxquelles assistait le général commandant la brigade, un discours d’adieu fut prononcé par le chef de bataillon Alquier, commandant le 90e d’infanterie.

« Comme déjà tant d’autres, le capitaine Lanes vient d’avoir la mort glorieuse du champ de bataille. Issu d’une famille de soldats, il ne pouvait désirer une fin plus noble et plus enviable.

« Pendant la paix, le lieutenant Lanes fut le modèle des officiers modestes et consciencieux, la guerre seule, pouvait faire valoir et apprécier ce qu’il avait en lui de cœur, d’énergie, de courage et de caractère. Détaché à la 33e brigade au début de la campagne, ses qualités furent si rapidement appréciées par ses chefs hiérarchiques, qu’il était nommé capitaine le 6 septembre.

« Remis à la disposition de son corps, son attitude au feu fut si remarquable qu’il était en même temps cité à l’ordre de l’armée, proposé pour la croix et le grade supérieur.

« Sa nomination de chef de bataillon qu’il avait si brillamment conquise ne fut pas maintenue parce qu’il n’était pas encore capitaine à titre définitif.

« La carrière du capitaine Lanes s’annonçait donc glorieuse, lorsqu’une balle perdue est venue le frapper à son poste de commandement.

« Adieu, mon cher camarade, puisse la douleur du sacrifice que la famille fait à la patrie être atténuée par la consolation d’apprendre que nous t’entourons en ce moment de notre chaude affection.

Que Dieu ait en paix ton âme immortelle ! »

Le capitaine Lanes appartenait en effet à une famille de soldats. Son grand-père avait été retraité comme capitaine. Son grand-oncle, le capitaine Pourrilhon, engagé en 1800, capitaine en 1813, retraité en 1835, chevalier de la Légion d’honneur et de Saint-Louis, a fait campagne en Espagne de 1808 à 1814 et a été cité à la prise d’Alger en 1830. Son père, l’intendant général Julien Lanes, mort en activité de service avait fait ses études au Prytanée de La Flèche et en était sorti en 1863, l’année de la promotion de Puebla dont faisait partie le roi Pierre de Serbie. Sous-lieutenant à dix-neuf ans, au 3e zouaves, il fit la campagne de 1870 dans l’armée de l’Est, comme capitaine au 4e zouaves de marche. Les trois oncles de l’héroïque disparu, feu le Sous-Intendant Marc Lanes, officier de la Légion d’honneur, Henri Lanes, chef de bataillon, chevalier de la Légion d’honneur, décédé en captivité, Louis Lanes, général de division, passé dans le cadre de la réserve é »tant commandant du 2e corps d’armée, grand-officier de la Légion d’honneur, décédé en 1912, ont fait également la campagne de 1870.

Un frère du capitaine Louis-J.-R. Lanes, le lieutenant de vaisseau Victor Lanes, chevalier de la Légion d’honneur, a été tué à Dixmude (Belgique), à la tête des fusiliers marins. Son autre frère, capitaine au 21e chasseurs, est actuellement sur le front. Son beau-père, le Commandant Bussière, après avoir pris part pendant cinq mois aux opérations en qualité de chef de bataillon du 110e territorial, a été évacué pour cause de fatigue générale. Il avait été retraité comme chef de bataillon en 1908.

Le capitaine Lanes, comme tous les fils militaires des anciens camarades de promotion du roi Pierre de Serbie, avait reçu le 5 janvier 1912, une décoration serbe commémorative de cette promotion.

La mort au champ d’honneur du capitaine Lanes est une perte cruelle pour l’Armée qu’elle prive d’un chef énergique, brave et valeureux. Héritier et continuateur des traditions de vaillance d’une famille d’une où abondent les patriotiques exemples, soldat lui-même dans toute la belle et forte acception du terme, il a couronné et glorifié ce noble passé, par le sacrifice de son existence, holocauste magnifique offert sur l’autel de la Patrie pour la sauvegarde des droits et des libertés et pour le triomphe de notre mère immortelle. N’est-elle pas en effet promise à d’impérissables et merveilleux destins une telle Patrie, dont l’amour absorbant et confondant tous les autres amours, suscite, aux heures de l’épreuve tragique, les grandioses dévouements, les sublimes sacrifices ! La France, terre de beauté, de valeur et d’héroïsme est aussi la terre de l‘immortalité.

G. BAILLY-ROLLET

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mardi 6 octobre 2020

Le Grand Rabbin Abraham Bloch

 

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La figure du Grand Rabbin Abraham Bloch se détache grande et généreuse. Sa vie et sa mort n’ont été qu’un acte de charité. Il s’impose à notre admiration ; c’est le juste qui passe en faisant le bien, c’est le héros qui, jusqu’à son dernier souffle, représente ce qu’il y a de plus haut dans l’humanité.

Issu d’une famille où la science, la piété éclairée et la bonté étaient de tradition, Abraham Bloch, qui naquit à Paris, le 7 novembre 1859, en fut le digne continuateur.

Quand il entra au séminaire, il ne prétendit d’autres titres à la bienveillance de ses supérieurs qu’un grand amour et un respect profond de l’état qu’il voulait embrasser. Peu de temps suffit à révéler ce que sa modestie ne voulait pas voir ; il était l’apôtre par excellence, avec tout ce que ce titre évoque de douceur, de bonté, d’indulgence, de piété et de profond savoir. Ainsi, dès ses premières années d’apostolat, ceux qui l’entouraient, l’admiraient en lui l’étendue de son intelligence, sa puissance de travail, la précocité de son expérience, la droiture de son jugement, l’inflexibilité de sa conduite.

Nommé Rabbin de Remiremont, en 1884, et Grand Rabbin d’Alger en 1897, sa volonté de faire le bien, de réprimer les abus, lui vaudront la sympathie et l’estime, même de ses ennemis et de ses contradicteurs.

À Alger, il arrivait à l’heure troublée de la crise antisémite. Pendant ces journées de surexcitations politiques, il fut admirable de courage, de fermeté et de modération, et certes, la situation était singulièrement critique.

Le poste de chef de la communauté d’Alger était un poste d’honneur. Abraham Bloch s’en montra digne, sans une défaillance. Il ne fut déconcerté ni par l’outrage, ni par la calomnie ; il défendit les libertés de ses ouailles avec patience et justice. C’est par là qu’il s’attira cette forte estime non seulement de ses coreligionnaires, mais surtout de ceux qui aiment la véritable Algérie, celle qui poursuit un labeur patriotique et fécond, celle pour laquelle les hommes de bonne volonté unissent leurs efforts pour la dégager des luttes et des passions locales.

Lorsqu’en 1908, Abraham Bloch quitta la colonie à laquelle il devait garder un attachement si profond et où il laissait d’inoubliables souvenirs, il emportait la joie d’avoir vu se faire l’apaisement, il laissait ses coreligionnaires entourés de liberté et il avait conscience d’avoir contribué grandement à cet heureux résultat.

La communauté de Lyon où M. Bloch était appelé, l’avait choisi pour succéder à M. Alfred Lévy, devenu Grand Rabbin de France, « moins – dit un professeur de l’Université, tombé lui aussi au champ de bataille – pour l’éclat réel de sa parole, que pour le doux rayonnement d’une vie si pure et si religieuse ».

Quand fut décrétée la mobilisation, le Grand Rabbin de Lyon fut avisé, par l’autorité militaire, d’avoir à désigner un aumônier destiné à suivre le 14e corps d’armée. Abraham Bloch s’offrit spontanément. Il ne voulut se souvenir ni de son âge – il avait 55 ans –, ni que sa santé était affaiblie par les luttes du passé et par son long séjour dans l’Afrique du Nord. Il voulut servir sa Patrie : son amour passionné pour la France, lui donna une énergie nouvelle, et ayant réclamé l’honneur d’accompagner nos soldats, il prit part à toutes les marches, allant après les combats, aider à ramasser les blessés, les consolant, aidant à les transporter aux voitures d’ambulances, se dépensant sans cesse et pour tous. Ce fut dans l’exercice de ce glorieux ministère que la mort vint le frapper.

Le Père Jamin, aumônier catholique du 14e corps, raconte en ces termes la tragique journée du 29 août, pendant laquelle un obus devait frapper à Taintrux (arrondissement de Saint-Dié) le prêtre admirable.

« – Voici quelques détails sur la mort de M. Bloch, dont nous déplorons la perte : c’est un obus qui lui a enlevé la cuisse et l’a laissé inanimé sur la route, près du hameau, où il venait d’aider à relever de pauvres blessés. Il a survécu un quart d’heure mais, croit-on, sans connaissance et n’a dit qu’une parole : « J’ai soif ». Avant de quitter le hameau, un blessé le prenant pour un prêtre catholique lui a demandé à baiser un crucifix. M. Bloch a trouvé le crucifix demandé et l’a fait baiser à ce blessé. C’est après avoir accompli cet acte de charité qu’il est sorti du hameau, accompagnant un autre blessé jusqu’à la voiture la plus proche. L’obus l’a atteint à quelques mètres de la voiture où le blessé venait de monter. »

Et, un brancardier, l’abbé Dubodel, ajoute, sur cette journée de Taintrux, ces autres détails qui prouvent le rôle courageux de M. Bloch.

« – Le samedi, 29 août, le corps de brancardiers de la 58e Division de réserve, au complet, s’avance muni de ses brouettes-brancards, entre les villages de Taintrux et Saulcy, au beau centre, kil faut le dire, d’une vive canonnade. Il recueille dans une ferme à mi-chemin des deux villages, environ 150 blessés, dont une quarantaine d’ennemis. Un bataillon d’alpins, allant prendre la position de combat se défile sur la route qui commande la ferme. Une batterie allemande repère ce bataillon et dirige sur lui le feu de ses canons. Le bataillon s’évanouit dans un bois voisin, ne laissant sur la route qu’un seul blessé, aussitôt cueilli par les brancardiers. C’est alors que la batterie tourne son feu sur la ferme aux blessés et, en dépit des Croix Rouges, l’inonde d’obus deux heures durant, y met le feu aux quatre coins, et cesse alors sa canonnade. Les blessés sont tirés par une porte dérobée, mais il reste à tous 3 kilomètres à faire, sur route découverte, pour atteindre le poste de secours. Alors recommence le feu plus violent que jamais, couchant à terre, blessés, brancardiers, voitures d’ambulance. À l’arrivée au poste de secours, on se compte : 8 brancardiers sont tués ou blessés, 6 disparus, 1 aumônier militaire blessé, le Rabbin tué. »

Cette mort héroïque autant que charitable laisse Abraham Bloch semblable à lui-même. Patriote ardent, penseur croyant et libéral, il tombe en vrai fils de France, rehaussant par sa mort l’honneur de la Patrie, mais il tomber aussi en serviteur du Dieu qu’il vénère et qui est un Dieu de miséricorde.

Religion et Patrie ; c’était la devise de sa vie, c’était celle qu’il avait gravée au seuil du Temple où il enseignait les paroles de vérité. Il y a été fidèle.

L. d’AIGENEST.

 Pour en savoir plus, le blog de son arrière petit-fils, Paul NETTER : http://abrahambloch1914.blogspot.com/

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lundi 5 octobre 2020

Le capitaine Claude Marie FURTIN - 99e régiment d'infanterie

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Claude Marie Furtin était né à Saint-Julien-de-Civry, arrondissement de Charolles (Saône-et-Loire), le 26 octobre 1871. Sorti de Saint-Cyr (promotion du Siam), Claude Marie Furtin passa six années au 99e régiment d’infanterie, comme sous-lieutenant et lieutenant, avant son départ pour l’Afrique, en 1900. Il passa ensuite onze années à la légion étrangère soit au 1er, soit au 2e, comme lieutenant et capitaine.

Il prit part à la colonne de Gourrara en 1900 – à l’affaire de Timimoun. À la défense de Taghit, il se montra un chef intrépide, il obtint alors une citation à l’ordre du corps d’armée et une proposition spéciale. Le capitaine Furtin travailla à organiser les territoires du Sud Algérien-Marocain. Il prit part aux colonnes formées pour opérer dans l’Amalat d’Oujda, colonnes du Tamlet, colonne et affaire d’Anoual, à la prise de Kebdou, à la colonne de Taourit (1910).

Pendant les deux séjours que le capitaine Furtin fit au Tonkin, il fut détaché dans les postes de Na-Cham, Lao-Kay, en 1900. En 1905, il fut affecté au poste de Phu-Doan, avant de prendre le commandement du poste de Tuyen-Quang, où il se montra le vrai soldat colonisateur et organisateur.

À la tête de la 6e compagnie montée, le capitaine Furtin commandait le poste de Forthassa-Garbia (région des confins Algéro-Marocains) quand il rentra en France en 1911, dans son ancien régiment, le 99e. Il avait à son actif 19 campagnes qui lui constituaient de très beaux états de service.

Au début de la guerre actuelle, le 99e partit pour les Vosges. Après 15 jours de luttes acharnées, le capitaine Furtin é&tait mis à la tête d’un bataillon. Au milieu de septembre le régiment se rendit dans la Somme. Le lendemain de l’arrivée du 99e, le capitaine Furtin était mortellement blessé à l’attaque de Lihons-Herleville. Transporté à l’hospice d’Harbonnières, il y décédait le 28 septembre.

Le capitaine Furtin était profondément estimé de ses supérieurs, n’avait que des amis parmi ses collègues et était adoré de ses soldats.

Il avait été l’objet d’une distinction mutualiste (médaille d’argent) : le rapport par lequel un officier supérieur avait demandé cette distinction pour lui, notait le capitaine Furtin comme un officier de la plus haute valeur, qui s’est fait remarquer par des travaux d’étude très sérieux. À la Légion, ses causeries ont contribué à développer l’instruction de ses légionnaires. Avec des ressources presque nulles, il était arrivé à constituer une bibliothèque fort importante.

Enfin, le capitaine Furtin, a fait des efforts continuels pour augmenter la valeur morale des hommes qui lui étaient confiés, leur donner goût de l’épargne et rendre plus parfaite leur solidarité.

Au point de vue militaire, ses supérieurs disaient de lui qu’il était un vrai conducteur d’hommes.

Chevalier de la Légion d’honneur, titulaire des Médailles coloniales du Sahara, de la Chine et du Maroc, le capitaine Furtin avait été cité à l’ordre du 19e corps d’armée pour la part active qu’il prit à la défense de Taghit, les 17 et 30 août 1903. Il a été cité à l’Ordre de l’armée le 15 juillet 1915 avec la mention suivante :

« Officier de grande valeur qui, à la tête de sa compagnie, puis de son bataillon, a toujours montré un entrain et une compétence qui lui avaient acquis la confiance absolue de tous ses subordonnés. A été mortellement blessé le 25 septembre 1914, au cours d’une attaque, en entraînant son bataillon à l’assaut ».

Il a été décoré de la croix de guerre avec palme.

Fiche matricule du capitaine Furtin : https://www.archives71.fr/arkotheque/visionneuse/visionneuse.php?arko=YTo2OntzOjQ6ImRhdGUiO3M6MTA6IjIwMjAtMTAtMDUiO3M6MTA6InR5cGVfZm9uZHMiO3M6MTE6ImFya29fc2VyaWVsIjtzOjQ6InJlZjEiO2k6MTg7czo0OiJyZWYyIjtpOjM5NjAzNjtzOjE2OiJ2aXNpb25uZXVzZV9odG1sIjtiOjE7czoyMToidmlzaW9ubmV1c2VfaHRtbF9tb2RlIjtzOjQ6InByb2QiO30=#uielem_move=0%2C0&uielem_islocked=0&uielem_zoom=46&uielem_brightness=0&uielem_contrast=0&uielem_isinverted=0&uielem_rotate=F

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Le capitaine Joseph Jean Louis REGNAULT DE LA MOTHE

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Regnault de la Mothe Joseph Jean Louis, est né à Saint-Amand (Cher), le 28 mai 1875. Entré à l’Ecole militaire de Saint-Cyr, en1895, il en sort en 1897, et est affecté, comme sous-lieutenant au 92e régiment d’infanterie, en garnison à Clermont-Ferrand.

Pendant son séjour dans ce régiment, il fait de nombreux stages dans différentes armes : au train des équipages, au génie, à l’artillerie, à l’école de Joinville et passe une année en Tunisie avec son bataillon. Après la guerre russo-japonaise, il va, sur sa demande, faire un voyage d’études au Japon ; passant par les Indes et revenant ensuite par l’Amérique, il recueille, dans tous ces pays, les plus utiles observations. Les réflexions qu’il inscrit dans son journal de voyage laissent aucun doute sur une guerre entre l’Angleterre et l’Allemagne, par suite de rivalité commerciale.

Nommé en 1912, capitaine au 28e bataillon de chasseurs alpins, il s’y fait remarquer par son activité et notamment, peu de semaines avant la guerre, en traversant, de nuit, avec un détachement, le glacier du Mont-de-Lans, particulièrement dangereux.

D’une énergie à toute épreuve, sévère mais juste, il ne cesse de se préoccuper du sort de ses hommes qui l’adorent et sont décidés à le suivre partout où il voudra les mener, ainsi qu’en témoignent des lettres écrites par eux.

Lorsqu’éclate la guerre de 1914, il est envoyé avec son bataillon, à l’armée des Vosges, où il a laissé sa trace en se signalant par de nombreuses actions d’éclat, au Violu, au Col-du-Bonhomme, à la Tête-de-Faux, et d’autres. A la suite de cette dernière affaire, l est proposé pour la Légion d’honneur ; dans les notes données par le général Sarrade, on trouve ces phrases : « Le capitaine Regnault est le type idéal du soldat vaillant au feu. Il fascine sa troupe ; avec lui, il n’est rien qu’on ne puisse tenter…. Le capitaine Regnault est un héros. La guerre l’a sacré entraineur d’hommes. L’intérêt du pays exige qu’un champ d’action plus vaste lui soit donné pour l’honneur de ses armes ».

Il est nommé chevalier de la Légion d’honneur avec les motifs suivants (Journal officiel du 27 janvier 1915) :

« M. Regnault (J.-L.) capitaine au 28e bataillon de chasseurs : Officier d’une bravoure rare, tacticien habile et heureux, donne les plus beaux exemples d’héroïsme depuis le début de la campagne et accomplit avec succès les missions les plus difficiles et les plus périlleuses »

Tombé glorieusement le 17 avril 1915 au combat de Schnefenrieth (Alsace), il a été l’objet de cette citation inscrite au Journal Officiel du 12 juin 1915 :

« Officier d’une bravoure hors d’éloges, qui s’est dépensé sans compter depuis le début de la campagne ; chargé de nombreuses missions délicates, s’en est toujours acquitté dans la perfection ; le 17 avril, en entraînant dans un élan admirable, deux compagnies à l’assaut d’une position extrêmement fortifiée, a été mortellement frappé à bout portant en arrivant sur les tranchées ennemies ».

Pour rendre hommage aux mérites du capitzaine Régnault et perpétuer sa mémoire, l’administration militaire a décidé de donner à la cote 1025, le nom de « camp Regnault » et d’y placer une plaque commémorative devant la               quelle le 23 septembre 1915, le commandant Coquet a prononcé une allocution patriotique, dont les passages suivants rappellent la carrière du brillant officier :

« Officiers, sous-officiers, caporaux et chasseurs représentants des différents unités du 28e et de la 1ère compagnie, c’est à vous plus particulièrement que je m’adresse.

« Aujourd’hui est l’anniversaire du combat de Sidi-Brahim, la fête traditionnelle des chasseurs à pied. Conformément aux instructions du général commandant la VIIe armée, le lieutenant-colonel commandant la 6e brigade de chasseurs ayant prescrit une prise d’armes des unités disponibles, j’ai pensé que c’était là pour nous une occasion unique de venir rendre les honneurs à ce modeste monument ici placé en mémoire d’un des plus braves et plus brillants officiers du 28e bataillon, le capitaine Regnault, commandant la 1re compagnie, tombé glorieusement le 17 avril 1915……………………

« C’est au capitaine Regnault qu’ira notre première pensée et vous me permettrez de vous retracer brièvement sa belle et trop courte carrière.

« Dès sa sortie de l’Ecole militaire de Saint-Cyr, Régnault était not »é comme un officier d’élite, attaché passionnément à son métier. Il consacrait les loisirs que lui laissait l’instruction de ses hommes au perfectionnement de son instruction militaire personnelle par des stages dans diverses armes, par un voyage d’études au Japon.

« La mobilisation le trouve à la tête de la 1re compagnie du 28e bataillon, et c’est à partir de ce moment qu’il donne sa véritable mesure. Après avoir brillamment commandé sa compagnie dans les premiers combats d’Alsace, il est chargé successivement de plusieurs missions délicates dont il s’acquitte toujours remarquablement. En septembre, il organise et défend les secteurs de Lutschbach et du Lac Blanc. Les 31 octobre et 1er novembre, à la tête de trois compagnies, il enlève les cols et les hauteurs de la Cude, qu’il organise et défend contre de violentes contre-attaques de l’ennemi. Puis le 2 décembre, commandant un détachement de quatre compagnies (deux au 28e et deux au 30e bataillon) il attaque et prend la Tête des Faux, s’y maintient malgré les efforts désespérés tentés par les Allemands pour reprendre cette importante position et malgré les difficultés de toutes sortes.

« Le 25 décembre, avec deux compagnies (1re et 3e), il couvre le flanc gauche du bataillon en occupant le Silberloch et l’Hartmannswillerkopf……………………….

« Après avoir organisé un secteur de la Lauch il participa, par des reconnaissances personnelles et par des travaux exécutés par sa compagnie, à la préparation de l’attaque du Schnepfenried. Et c’est là enfin que, le 17 avril, en plein succès, en abordant la tranchée ennemie en tête de ses hommes, en mettant le pied sur ce sommet d’où il peut apercevoir la riche vallée de Munster, il tombe frappé d’une balle, laissant au 28e, d’universels regrets.

« Chasseurs du 28e, chasseurs de la 1re compagnie, aux heures dangereuses et pénibles qui nous attendent encore, souvenez-vous des héros de Sidi-Brahim, souvenez-vous du capitaine Regnault, de tous vos braves camarades tombés au champ d’honneur et vous trouverez certainement la force de suivre leur exemple, de braver tous les dangers et de supporter toutes les souffrances ».

La dépouille du capitaine Regnault de la Mothe a été inhumée dans le cimetière de Kruth (Alsace), d’où sa famille espère pouvoir le ramener, un jour, dans son pays natal.

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lundi 8 février 2016

Ecole de tir de La Valbonne (Ain) - Lieutenants de Chasseurs

Quatorze lieutenants de chasseurs à pied encadrent deux capitaines instructeurs de l'école de tir de La Valbonne (Ain).

Il s'agit probablement du centre de formation des mitrailleurs.

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Ces lieutenants en stage appartiennent aux 1er, 2e, 4e, 5e, 9e, 10e, 15e, 17e, 18e, 20e, 29e, 

L'expéditeur est un des lieutenants et se nomme Alcide Chervon [ou Cherron], il est mélomane et regrette son violoncelle.

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dimanche 7 février 2016

EDELWEISS (Naturel) Porte-Bonheur GLOIRE AUX SOLDATS FRANÇAIS !

EDELWEISS (Naturel) Porte-Bonheur

GLOIRE AUX SOLDATS FRANÇAIS !

A ma petite Léonie, cette petite fleur.

Hauts-de-Meuse, ce 7-2-16

 

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Le 7-2-16

De loin, le petit père à petite Léonie lui envoie ses meilleures caresses accompagnées de bons baisers paternels en même temps que ce bon souvenir.

Avant de m'endormir, mes meilleures pensées s'envolent vers elle et sa petite maman. En attendant l'heureux jour où nous trouverons réunis tous pour ne plus ne plus nous quitter, recevez tout deux, petite Léonie et sa maman les meilleurs baisers de celui qui ne vit que pour vous deux et attend de vous son futur bonheur.

Bonsoir et bonne nuit petite Léonie aimée.

Bonne nuit et bon soir tite mémère.

Charles

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samedi 2 janvier 2016

Bonne année 2016 - souvenir 1916

Bonjour à tous et toutes,

Que 2016 soit heureuse.

Pour vous le calendrier 1916... voici 100 ans déjà.

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samedi 8 août 2015

La force des liens par la classe et le village d'origine

Carte-photo de J. Lançon Photographe à Chambéry

Cette carte représente les soldats de corvée de la 7e compagnie du 97e Régiment d'Infanterie à Chambéry... Covée de pluches, balayage, nettoyage...

 

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Correspondance au verso du document :

Chambéry le 24 Novembre 1910

Chers amice

Je tecrie deux mots pour savoie de tes nouvelles et en memes temps pour temps donner des miennes je te dirait que je suis bien abituer aux métier et on comence a trouver la gamelle bonne les permier jours on ne pouvait pas manger mait a present on mange bien et on trouve la bidoche bonne.

Chers amice je pense que tu ne te fais pas de bile à Saint-Bonnet et que tu doit toujours passer belles vie tu doit avoir recu des nouvelles de Louis Blachon est tu aurat la bonté de me donner son adresse ainsi que celles de Victor Ageron son adresse ainsi que celles de Jules Rigaudin je pense que tu les a toutes est ci tu les a tu me les ferat passer ci tu vois Amédé Boudillon dimanche tu lui donnerat le bonjour pour moi ainsi qu'at Elie Darnaud

En attendant le plaisir de nous voir recoit chers Copain les Amitiés de ton conscrit qui te serre la main tu me dirat les nouvelles du pays

voici mon adresse Trouillet Felix soldat aux 97me regimet d'infanterie 7n Compagnie Savoy Chambéry

 Félix Henri TROUILLET, était né le 24 août 1889 à Dionay, canton de Saint-Marcellin (Isère). Il était garçon menuisier. Il a été incorporé au 97e Régiment d'Infanterie à compter du 1er octobre 1910. Nommé soldat de 1re classe le 25 septembre 1912. Réformé, exempté à plusieurs reprises, il ne participera pas à la Grande-Guerre et décèdera le 23 févier 1918 à La Tronche (Isère). En 1913, il demeurait à Chatelus (Isère).

 Louis Ferdinand BLACHON, son ami, classard, était né le 25 février 1889 à Saint-Bonnet-de-Chavagne, canton de Saint-Marcellin (Isère). Cultivateur. Matricule 156 au recrutement de Bourgoin. Effectuait alors son service militaire au 11e Régiment de Chasseurs à Cheval.

 Xavier Victor AGERON, son ami, classard, était né le 3 décembre 1889, à Chasse, canton de Saint-Marcellin (Isère). Il était cultivateur à Saint-Bonnet-de-Chavagne. Matricule 235 au recrutement de Bourgoin. Effectuait alors son service militaire au 1er Régiment d'Artillerie de Montagne à Grenoble.

 Jules Régis RIGAUDIN, son ami, classard, était né le 3 juin 1889, à Saint-Bonnet-de-Chavagne. Matricule 184 au recrutement de Bourgoin. Effectuait alors son service militaire au 140e Régiment d'Infanterie à Grenoble

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samedi 25 juillet 2015

Henri-Joseph BOCHET, mort pour la France à Lihons (Somme)

Henri-Joseph BOCHET, classe 1899, matricule 1009 au recrutement de Chambéry.

Il est né le 31 janvier 1879 à Hauteluce, canton de Beaufort (Savoie).

Il est le fils de Jacques et de BRAISAZ Jeanne Aimée domiciliés à Hauteluce. Sa mère était décédée lors du conseil de révision.

Il est cultivateur, résidant à Hauteluce.

Il est incorporé au 96e régiment d'infanterie à Lyon, arrive au corps et est soldat de 2e classe le 16 novembre 1900.

Il passe au 19e escadron du train le 1er octobre 1900 (décision du gouverneur militaire de Paris du 28 septembre 1901).

Envoyé en congé le 19 septembre 1903, en attendant son passage dans la réserve de l'armée active. Certificat de bonne conduite : "Accordé".

Rappelé à l'activité par la mobilisation générale au 108e régiment territorial d'infanterie, arrivé au corps le 3 août 1914.

Passé au 110e Régiment territorial d'infanterie à Romans le 14 septembre 1914. En fait il a immédiatement été affecté au 75e régiment d'infanterie actif (dépôt à Romans).

Décédé le 31 octobre 1914 sur le champ de bataille à Lihons (Somme).

J. O. du 14 août 1920, page 11929, médaille militaire et croix de guerre étoile de bronze à titre posthume : "Bon soldat tué à son poste de combat le 31 octobre 1914 à Lihons (Somme).

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Campagne contre l'Allemagne du 3 août au 31 octobre 1914.

Résidences civiles successives :

16 novembre 1903 : 76, place des Etats-Unis à Paris (XVIe).

24 février 1904 : 17, place Vendôme à Paris (Ier)

25 juin 1905 : 27, av. de Friedland à Paris (8e).

15 décembre 1913 : 7, rue Chateaubriand à Paris (8e).

La mention du versement d'un secours à sa veuve nous renseigne sur le fait qu'il était marié.

Extrait du journal "La Croix de Savoie" du 20 juin 1915 :

Hauteluce

Morts au champ d’honneur. — La femme de Joseph Henri Bochet, fils de Jacques, soldat au 108e territorial, a été officiellement avertie que son mari avait été tué, à Lihons, dans la Somme, le 1er novembre dernier. Il est bien regrettable que cette douloureuse nouvelle ait mis sept mois pour parvenir à la jeune veuve.

Sépulture

Rancourt (Somme). — Henri BOCHET, mort pour la France, est inhumé comme soldat du 75e régiment d'infanterie dans la nécropole nationale de Rancourt, tombe 5086.

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mardi 21 juillet 2015

Collecte de vivres pour l'hôpital de Vienne (Isère).

A Vienne (Isère), le brigadier Leblanc, aussi appelé le "Brigadier mendiant", effectue la collecte de vivres et produits auprès des commerçants. Il est entouré de soldats "auxiliaires" de la 14e S.I.M. (Section d'Infirmeires Militaires). Le brigadier Leblanc a la charge du service d'économat de l'hôpital de l'école supérieure de jeunes filles (place Emile-Zola). Il recueillait journellement la quasi totalité des comestibles nécessaires à la nourriture des blessés, en plus de dons en argent. 

Collecte devant l'"Epicerie Parisinne", place Miremont, aux abords de la rue Ponsard à Vienne :

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Voici une autre collecte photographiée devant la fontaine sur la place de l'Hôtel-de-Ville..  On voit sur la voiture à bras des fruits de saisons, courges, etc... et au sol une corbeille de raisions. La photograhie a été faite probablement fin septembre 1914.

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La fontaine place du marché (de l'Hôtel-de-Ville) :

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lundi 20 juillet 2015

Historique du 97e Régiment d'Infanterie Alpine

                   Pour le congrès des Chamois qui s'est tenu à Chambéry le 17 mai 1953 un historique du 97e Régiment d'Infanterie Alpine fut publié.

Il concerne les 2 guerres 1914-1918 et 1939-1940.

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dimanche 19 juillet 2015

Annecy : 1er Bataillon Territorial de Chasseurs Alpins (1er B.T.C.A.) Suite...

L'article précédent a permis d'identifier quelques officiers du bataillon.

Pour mémoire voici de nouveau la photographie du groupe.

 

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L'un d'eux retient notre attention. Il s'agit du capitaine Georges, Alexandre CHICOTOT.

Ce capitaine est fort connu comme médecin de l'hôpital Trousseau à Paris, mais aussi comme artiste peintre.

 

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C'est le 31 janvier 1855 que naît à Paris Georges, Alexandre CHICOTOT, fils d'Alexandre et de Henriette, Laurence COCHET.

Marié le 26 juillet 1894 à demoiselle Blanche JACOB. Domicilié 77, rue Rambuteau à Paris (1er). Le couple a deux filles (situation établie en mars 1912).

Chevalier de la Légion d'Honneur le 24 janvier 1912, étant capitaine, réserviste au 1er Bataillon Territorial de Chasseurs Alpins.

On lira avec le plus grand intérêt son dossier Légion d'Honneur avec la recherche CHICOTOT.

Voici son élogieuse citation alors qu'il est chef de bataillon commandant le 7e B.T.C.A. : Citation à l'% de l'armée du 1er avril 1917, Officier de la Légion d'Honneur : "Officier supérieur d'une haute conscience. Animé d'un profond sentiment du devoir. Commande avec autorité un Bataillon Territorial placé dans un secteur difficile et pénible et donne à tous un noble exemple d'énergie et de patriotisme. Une blessure."

Voici maintenant le médecin, pionnier de la radiothérapie et l'artiste :

Autoportrait du Docteur Chicotot (1907) :

http://ateliercst.hypotheses.org/711 et http://www.histoire-image.org/site/oeuvre/analyse.php?i=528

Tubage à l'hôpital Trousseau, peinture du Dr Georges Chicotot. On le voit assis, de face.

http://www.histoire-image.org/pleincadre/index.php?i=529

Comme beaucoup de radiologues, Chicotot est mort des suites d’une radiothermie.

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mardi 7 juillet 2015

Annecy : 1er Bataillon Territorial de Chasseurs Alpins (1er B.T.C.A.)

La photographie ci annexée représente les officiers du Bataillon à Annecy à la mobilisation avant le départ pour la zone des armées. En fait le Bataillon va être dès le 6 août 1914  positionné face à la frontière italienne.

Commandant, chef de bataillon : M. Hinot, blessé lors d'un accident de cheval le 26 juin 1915, sera remplacé dans son commandement par le Capitaine Montier venant du 13e B.C.A.

Capitaine, commandant la 1re Cie : M. Chicotot Georges, Alexandre..

Capitaine, commandant la 2e Cie : M. Lejoindre.

Capitaine, commandant la 3e Cie : M. Nourrit Adolphe, blessé le 11 septrembre 1915 devant la tranchée de 1re ligne est transporté à l'hôpital de Francport, y meurty me 26 septemùbre 1915. Cette mort met en deuil tout le Bataillon où le capitaine Nourrit s'était fait une place tout à fait à part. Obsèques le 28 septembre 1915 à Choisy-au-Bac en présence du Général commandant la 61e Division. Le 30 septembre, par ,décision du Général commandant la 61e Division la tranchée B où le capitaine Nourrit a été blessé mortellement s'appellera "Tranchée Nourrit" pour perpétuer le souvenir de cet officier.

Capitaine, commandant la 4e Cie : M. Sevoz. 

Le 6 août le bataillon est embarqué en gare d'Annecy, à destination de Bourg-Saint-Maurice. Départ à 6 heures.

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Le chef de bataillon, commandant Hinot :

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vendredi 26 juin 2015

Médecin auxiliaire BABY : "Les coquelicots de Souchez"

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Auguste Pierre Constant BABY (Pierre BABY), médecin auxiliaire au 4e Bataillon du 97e Régiment d'Infanterie Alpine a écrit ce magnifique poème qui montre à quel point les soldats français, en Artois, avaient fait une relation, dès le printemps 1915, entre les innombrables corps de soldats français couchés dessus la terre et les fleurs de coquelicots qui croissaient allègrement sur la terre de Souchez (Pas-de-Calais).

 

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 Souvenir du 97e d’Infanterie

Les Coquelicots de Souchez

(Air : Les Petits Mouchoirs de Cholet, de Théodore BOTREL)

1. – Je les ai cueillis pour ta fête

Ces coquelicots de Souchez :

Cherche d’une façon discrète,

Les baisers, ma blondinette,

Que dans leur cœur tiennent cachés

Les coquelicots de Souchez.

 

2. – Ta bouche rouge et mignonnette,

Je crois la voir dans ce bouquet,

Et, caressant chaque fleurette,

Je rêve à ta frimoussette :

N’ont-ils pas son doux velouté.

Les coquelicots de Souchez ?

 

3. – J’étais sorti de ma cachette,

Comme un lapin de son terrier,

Et tout en faisant ma cueillette,

Je songeais que pour ta fête,

Vers toi je suivrais volontiers

Les coquelicots de Souchez.

 

4. – Au fond du val et sur la crête,

En rangs serrés, droits et coquets,

Leur képi rouge sur la tête,

Face au Boche qui tempête,

Ils montent la garde à son nez,

Les coquelicots de Souchez.

 

5[1]. – Les a vus l’auteur de « Colette »,

Quand, près de nous, il vint tirer

Quelques clichés pour sa gazette,

Sur les crêtes de Lorette…

Mais Barrès n’a pu les compter,

Les coquelicots de Souchez !

 

6. – Quand à l’assaut chacun se jette,

On voit surgir tous les bérets,

Floraison bleue aux mille têtes,

Qu’aucun obstacle n’arrête :

Les « Diables bleus » sont les bleuets

Des coquelicots de Souchez !

 

7. – Pourtant la Camarde nous guette,

Trouant les fronts sous les bérets…

Et je peux mourir, ma pauvrette,

Sans revoir ta frimoussette…

Mais, en mourant, je sourirai

Aux coquelicots de Souchez !

 

Devant Souchez, 5 Août 1915.

P . Baby

Médecin auxiliaire du 4e Bataillon

Tombé à Vaux, mars 1916.

Pour s'appuyer sur la chanson d'origine , "Les petits mouchoirs de Cholet" :

 chansons historiques de France 218 : Le mouchoir rouge de Cholet , 1898

Classe 1911, matricule 1051 au recrutement de Montargis :

 Livre d'or de la Conférence Laënnec (pages 88 à 90) : Auguste Baby

Médecin auxiliaire au 97e Régiment d'infanterie

"Mort pour la France", à Douaumont, le 16 mars 1916.

Auguste BABY, né en 1891, commença ses études de médecine en 1911. Aussitôt arrivée Paris, il s'inscrivit a la Conférence Laënnec, et, à la fin de sa première année, il était reçu à l'externat. Il avait d'autant plus de mérite à travailler que, pour subvenir aux frais de sa vie d'étudiant, il avait dû accepter une situation à l'Ecole Bossuet. Il était en sursis quand la guerre fut déclarée ; dès les premiers jours, il fut appelé et, après un court séjour au dépôt, il partit, sur sa demande, au 97e régiment d'infanterie alpine.

Dès les premiers jours, il fit l'admiration de tous par sa calme bravoure, son dévouement, sa sérénité. « Au combat, écrit son chef de bataillon, sous les pires bombardements, il se promenait aussi tranquillement qu'à l'exercice pour porter plus vite secours aux blessés. » Trois fois il fut cité à l'ordre et une fois proposé pour la Légion d'honneur .

Les lettres qu'il écrivait à ses parents sont animées des sentiments les plus délicats, les plus affectueux ; à chaque page il cherche à les rassurer, leur cachant le danger auquel il est exposé constamment. Elles nous révèlent ainsi un des traits de son caractère extrêmement affectueux. Ses lettres offrent encore un autre intérêt, elles nous permettent de juger de l'état d’esprit de la troupe aux jours les plus difficiles de la guerre.

Le 2 mars 1916, quelques jours après le début de la grande offensive des Allemands en direction de Verdun, et quinze jours avant sa mort, il écrit à ses parents : « Quand nous avons quitté notre petit patelin de l’Artois, nous ne savions pas du tout où nous allions, et nous n’aurions pas été autrement étonnés de nous voir emmené, jusqu'à Verdun. Personne n’a bronché, pas un ne s’est plaint, tout le monde s'est embarqué avec le sourire aux lèvres, parce que c'était une distraction comme une autre et qu'après tout l'Artois était devenu un peu trop du déjà vu ; et personne n'a dit, c'est toujours notre tour après les Vosges, Arras ; après Arras, Neuville-Saint-Vaast ; après Neuville-Saint-Vaast, Carency et Souchez ; après Souchez, Verdun ; il n'y en a donc que pour nous. — Non, ils ont parlé tout naturellement de Verdun comme d'une destination possible et même probable, mais sans acrimonie, sans lassitude. On ira, s'il faut y aller, voilà ! »

Le petit village d'où Auguste Baby écrivait cette lettre était la dernière étape de son régiment avant de monter en avant de Verdun.

Il s'agissait alors d'arrêter à tout prix la ruée allemande. Le 16 mars au soir, le 97e allait relever un autre régiment entre Douaumont et Damloup. Auguste Baby faisait route avec son chef de bataillon. « Nous sommes montés, écrit le commandant Desnoyers, par un bombardement intense. » Plusieurs hommes du bataillon furent blessés. Auguste Baby s'arrêta pour les panser et assurer leur évacuation. Son commandant lui conseilla d'attendre qu'on vînt le chercher le lendemain pour l'amener au point qui serait son poste de secours ; mais Auguste Baby ne pouvait admettre de rester loin de son bataillon car d'autres blessés pouvaient avoir besoin de lui. Quand il eut fini la tâche qui avait nécessité cet arrêt momentané il se remit en route avec les infirmiers et les brancardiers de son bataillon.

Sur un renseignement insuffisant, ils s’égarèrent dans un bois et aboutirent à un point des lignes où il n’y avait pas de tranchée continue ; ils furent prévenus de leur méprise par des coups de fusil qu’ils reçurent. « Couchez-vous ! » dit Auguste Baby à ses brancardiers. Et tous se blottirent dans un trou d’obus.

La nuit était claire, et dès que cette petite troupe essayait de bouger, les coups de fusil redoublaient. Les brancardiers et infirmiers parvinrent à s'échapper les nuits suivantes et rapportèrent la nouvelle qu'Auguste Baby avait reçu, dès le premier soir, une balle en plein front qui détermina la mort instantanément.

« Je l'estimais, écrit l'aumônier du 97e régiment, pour sa bravoure qui l'aura rendu cher à Dieu. Vous pouvez donc vous réfugier dans une confiance solide. »

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[1] Ce couplet s’adresse à Maurice Barrès, auteur de "Colette Baudoche".

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dimanche 29 mars 2015

Les Alpins de France

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LES ALPINS DE FRANCE

(Photographies des lieutenants D., F. et de M. P.)

Nos Alpes jadis se gardaient elles-mêmes. Sauf dans les périodes de crise, lorsque par des sentiers de chèvres les troupes françaises descendaient en Piémont, escortant le drapeau tricolore, jamais on n'avait sérieusement songé à faire circuler  des canons ou des convois de guerre dans les domaines alpestres du rhododendron et de l'edelweiss.

Il n'en est plus de même aujourd'hui. Pendant toute la belle saison, des deux côtés de la frontière, la poudre parle, et ce n'est point la poudre de chasse ! Alpins français sur le revers occidental des montagnes, alpini et bersaglieri sur leurs pentes orientales exécutent leurs tirs de guerre. Sans relâche, ils manœuvrent dans les parties les plus abruptes des hautes vallées alpestres, passent comme en se jouant par des cols réputés inaccessibles et débouchent parfois, avec armes et bagages par des échancrures de montagne ignorées des chasseurs de chamois eux-mêmes.

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L'uniforme des vaillants petits alpins est bien connu Une vareuse sombre à large col, portant le numéro du bataillon, un ample pantalon sanglé sur le mollet dans des bandes molletières artistement croisées ; aux pieds, de solides brodequins ; sur la tête, un béret de montagnard, sur lequel les gradés font broder en argent l'edelweiss symbolique.

Ajoutez l'alpenstock pour escalader les pentes, la large ceinture bleue garantissant la poitrine et les entrailles et, pour les alpins du 14e corps d'armée, ceux des grandes Alpes neigeuses, les raquettes évasées pour courir sur la neige.

L'année militaire des gardiens de notre frontière alpine se partage en deux fractions d'inégale durée.

L'hiver, quand les neiges interceptent les passages et rendent les cols impraticables, les bataillons alpins redescendent dans la vallée occuper leurs quartiers d'hiver. Ceux du 14e corps d'armée ont comme garnisons Annecy, Albertville, Chambéry, Grenoble, Embrun, ceux du 15e corps hivernent à Nice, Grasse, Antibes, Villefranche et Menton.

Ces derniers, les plus favorisés, vont pendant trois mois oublier leurs fatigues de la montagne, danser, flirter, batailler à coups de fleurs et de confetti, triompher aux redoutes et aux vegliones de Nice la Belle. Puis, quand la neige commencera à fondre, quand les chemins muletiers redeviendront tant soit peu praticables, adieu la Méditerranée bleue et le chaud soleil de la promenade des Anglais, en route pour le secteur.

Dans les Alpes, comme ailleurs, l'ennui des uns fait la joie des autres. Il faut voir l'allégresse des habitants et habitantes des vallées lorsque le bataillon, leur bataillon, vient réoccuper ses cantonnements d'été. On n'est pas riche dans la montagne, et le séjour des soldats est toujours une occasion de gain que les montagnards accueillent avec une vive satisfaction.

D'autre part, par suite de l'organisation en secteurs, un groupe alpin revient plusieurs années de suite dans la même haute vallée. Souvent, la même cabane, le même chalet sont affectés au cantonnement de la même fraction de troupes. Nos alpins se retrouvent tout de suite en pays de connaissance.

On s'imagine difficilement, lorsqu'on ne l'a pas constatée soi-même, la somme de travail physique dépensée par les soldats des Alpes pendant leur séjour dans la montagne.

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Il n'est point de sentier, si mauvais soit-il, qu'ils n'aient parcouru. Les cols réputés naguère inaccessibles, ils les ont traversés. Les crevasses les plus larges, au fond desquelles gronde le torrent qu'alimente le glacier, ne sauraient les arrêter. Si le passage est dangereux, ils s'attachent les uns aux autres, à l'aide de cordes, et franchissent ainsi le mauvais pas en narguant le vertige. Un faux mouvement sur le glacier, poli comme un miroir, et le gouffre est prêt à les engloutir ; mais l'alpin a le pied agile et sûr; rien ne l'effraye, rien ne le surprend, et c'est en chantant qu'il arpente les crêtes rocheuses, le sourire aux lèvres, la boutonnière fleurie de roses des Alpes.

Le tir à la cible, les feux de guerre alternent avec les marches-manœuvres et les reconnaissances dans le secteur.

Parfois nos alpins laissent le fusil et, armés de pelles et de pioches, construisent des chemins, améliorent des routes, réparent des ponts, aménagent des emplacements de batteries, mettent, en un mot, la frontière en état de défense.

Et lorsqu'un officier italien se présente en parlementaire sur la ligne de démarcation des deux pays, pour régler un de ces mille incidents que font naître les limites enchevêtrées et illogiques de la Savoie, il constate avec stupéfaction, au cours des négociations engagées avec nos officiers, qu'un plateau, une dent, une roche escarpée, négligés par nous l'année précédente, profilent aujourd'hui sur le ciel une silhouette régulière, indice certain de fortification passagère.

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La belle saison se passe ainsi, loin, bien loin des villes, dans des localités perdues.

Parfois, les alpins du 15e corps ont la bonne fortune de s'en aller cantonner dans les petits trous pas chers des Alpes-Maritimes, à Belvédère, Saint-Etienne-de-Tinée, Lantosque, ou à Saint-Martin-Vésubie.

C'est fête, ces jours-là, au bataillon. Vite, on endosse la tunique un peu ripée par l'hétéroclite promiscuité de la cantine, et jusqu'à potron-minet, on danse au Casino de l'endroit avec les Niçoises ou les Mentonnaises, venues dans la montagne pour se mettre au vert. Si le commandant est de belle humeur — cela arrive souvent — la fanfare joue sur la place ses airs les plus troublants.

En maints endroits de la frontière, les postes alpins français sont extrêmement rapprochés des positions occupées toute l'année par les alpini italiens ; les sentiers de crête suivent parfois la ligne de démarcation entre la France et l'Italie, de telle sorte que des détachements des deux armées passent à faible distance l'un de l'autre, clairons sonnant, fanion déployé.

Il résulte souvent de ce voisinage un échange de relations amicales, bien naturelles d'ailleurs entre braves gens qui n'ont aucun motif de s'en vouloir et que rapproche, au contraire, la similitude de travaux, de fatigues, de dangers.

Souvent, au milieu d'une de ces superbes prairies qui, aux environs des cols, jettent une note gaie dans la sombre couleur des roches amoncelées, le touriste rencontre une compagnie alpine faisant sa grande halte.

Une sentinelle garde les faisceaux et la ligne des sacs. en arrière, des groupes pittoresques se forment ; une escouade se rend à la source voisine, pour remplir les bidons ; les cuisiniers préparent le café ; la fumée bleuâtre s'élève en spirales, assombrissant un instant l'atmosphère transparente de la montagne ; un loustic imite le sifflement de la marmotte, pendant, qu'au piquet, les mulets débâtés poussent des braîments de satisfaction.

La nappe des officiers est installée à deux pas de la frontière; et, si le hasard amenait dans ces parages un détachement d'alpini ou de bersaglieri italiens, les troupes des deux pays pourraient déjeuner ensemble sans quitter leur territoire national.

Au col du Petit-Saint-Bernard, lorsqu'un de nos officiers en tenue s'approche de la ligne de démarcation, qu'il lui est d'ailleurs formellement interdit de franchir, il voit parfois surgir de derrière une roche les carabiniers, gardiens de la vallée d'Aoste qui, moyennant une légère rétribution, lui versent par-dessus la frontière un verre d'Asti spumante, le champagne du Piémont.

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Mais la bise commence à souffler. Les sommets se coiffent de leur bonnet de neige. Les manœuvres sont terminées. Les anciens crient : « La classe ! » En route pour les garnisons d'hiver. On part.

Pas tous ! Dans certains postes, bien loin, bien haut dans la montagne, perdus au milieu des neiges, reliés au reste du monde par un maigre fil téléphonique que coupera peut-être l'avalanche de demain, un peloton, une section, quelques hommes du groupe alpin vont garder le passage. Et, tandis que les camarades redescendent dans la vallée, ceux qui restent, les marmottes, s'organisent pour l'hivernage, aménagent les chambres aux lits superposés, se préparent, en un mot, à passer le mieux possible leurs quatre mois de paquebot.

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Le paquebot ! Pourquoi, en montagne, cette appellation maritime ? Parce que, vous répondent les alpins du 11e bataillon, le poste de la Redoute ruinée qui surveille la grande route et les sentiers du Petit-Saint-Bernard, ressemble assez à un navire ; qu'il est, comme les transatlantiques, divisé en compartiments servant de carré, de cabines, d'entrepont; et qu'enfin, ses habitants restent pendant une partie de l'année isolés du reste du monde, perdus dans la solitude entre le ciel et l'eau, celle-ci sous forme de neige.

En voilà suffisamment, n'est-il pas vrai, pour justifier la présence du paquebot sur la crête des Alpes. La vie à bord, durant l'hiver, est assurément monotone. Lorsque la neige tombe drue et glacée, quand souffle la bise et hurle la tempête, il semblerait qu'une mélancolie profonde dût envahir le cœur de nos alpins. Quelle grave erreur ! Jamais les alpins ne broient du noir ; ils ont la gaieté, l'insouciance de la jeunesse qui leur font accepter très philosophiquement les ennuis d'une réclusion à 2500mètres d'altitude.

D'ailleurs, leur ingéniosité fait paraître courtes les journées que d'autres trouveraient si longues.

En dehors des corvées, des gardes, des factions dans l'Observatoire qui domine la frontière, surveillant tous les mouvements des alpini italiens du poste voisin, ils jouent au loto, ou encore font de savants et interminables carambolages sur un billard confectionné avec des caisses à biscuit, du crin végétal et du drap de capote.

Les fanatiques du jeu de tonneau peuvent s'en donner à cœur joie. Un artiste du bataillon a fabriqué un tonneau superbe, taillé en plein cœur de mélèze. Ceux que la zoologie intéresse prodiguent leurs soins aux chiens, fidèles compagnons de la sentinelle devant les armes. Ils portent les fonds de gamelle à la descendance de « Michel et de Noémie », ces jeunes porcs de sexe différent dont la vue et le grognement harmonieux évoquaient chez les premiers reclus de la Redoute ruinée des visions succulentes de saucisses et de boudins.

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Le réveille-matin emplumé du poste, le successeur du coq magnifique que les alpins avaient baptisé naguère, on ne sait pourquoi, du nom de Théodore de Bèze, les poules, ses compagnes, ne sont pas non plus oubliés.

Quand le soleil brille, la grande distraction consiste à s'en aller sur la pente voisine où la neige, bien tassée, constitue une glissade de premier ordre ; et, sur ce tapis immaculé, nos alpins se laissent choir à la ramasse, comme les soldats de Masséna. Il leur faut parfois une demi-heure pour remonter ; mais qu'importe, c'est un moyen de faire passer la journée.

Ce genre de sport développe leur adresse et leur agilité à un degré tel que, la ramasse considérée naguère comme un simple amusement, est devenue un mode de locomotion sinon réglementaire, du moins fréquemment employé pendant les marches dans la montagne.

Lorsqu'une fraction d'alpins, arrivée sur la crête, a la bonne fortune de rencontrer une neige favorable, dure et résistante, les rangs s'élargissent, les hommes s'éparpillent, s'assoient sur la pente et, au petit bonheur, gradés en tête, se laissent glisser jusqu'en bas, abrégeant ainsi de plusieurs kilomètres le trajet à parcourir pour rentrer au gîte. On entend d'ici les éclats de rire qui accueillent le maladroit auquel un élan intempestif occasionne une culbute à l'arrivée, lui faisant mordre la blanche poussière.

La neige, dont les alpins tirent leurs innocentes distractions, est parfois pour eux la cause de tristesse et de deuils.

Qui n'a présente à la mémoire la catastrophe des Eucherts, ce poste situé à mi-chemin de la Traversette et de la Redoute ruinée, d'où le 11e bataillon alpin surveille en tout temps le col du Petit-Saint-Bernard. Deux sous-officiers et un chasseur, surpris par une avalanche, furent entraînés sous la neige ; des efforts surhumains ne purent les sauver; on ne retrouva leurs cadavres que le lendemain.

Il y a quelques jours à peine, un deuil de même nature vient de frapper le 11e alpin. Quatre chasseurs, faisant partie du poste de la Traversette, ont été ensevelis par une avalanche à trois heures de l'après-midi, sur le versant du Petit-Saint-Bernard. Deux ont été sauvés ; les deux autres ont péri.

Le surlendemain, à l'autre extrémité de la chaîne montagneuse, la neige faisait encore deux victimes. Une compagnie du 27e bataillon manœuvrait près de l'Authion ; elle se dirigeait sur Sospel, où elle tient garnison, quand un chasseur glissa sur la neige et roula vers l'abîme.

Le lieutenant Mensier, qui se précipitait à son secours, fut entraîné à son tour.

Après de longues et pénibles recherches le soldat et l'officier victime de son dévouement furent retrouvés dans le lit du torrent. Le premier avait des blessures graves, mais qu'on espère ne pas devoir être mortelles. Le lieutenant Mensier était mort.

Le livre d'or des alpins recueille pieusement les noms de ces infortunés soldats, augmentant la liste déjà trop longue, hélas ! des victimes du Devoir et du dévouement obscur à la Patrie.

Les larmes séchées, ceux qui restent ont vite fait d'oublier que le danger les entoure et que la mort les guette à chaque pas qu'ils font dans la traîtresse montagne. Ne sont-ils point les gardiens fidèles de cette frontière que leur courage et leur sagacité rendent désormais intangible. Ne se disent-ils pas qu'on ne saurait payer trop cher une pareille confiance et une pareille gloire ?

Capitaine Ch. BRIDE.

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mercredi 24 décembre 2014

Noël 1914-Noël ,2014

Je souhaite un joyeux Noël à tous mes lecteurs et contributeurs.

Il est facile de trouver d'autres cartes d'André Rosa sur la toile...

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dimanche 3 novembre 2013

Sapeur RUFF de la compagnie 8/1 du 4e Régiment du Génie

Georges Marie RUFF, sapeur-Mineur à la compagnie 8/1 du 4e Régiment du Génie a été tué à l'ennemi le 14 janvier 1915 à Marbotte. Il était né le 15 mars 1892 à Saint-Galmier (Loire). Son décès est transcrit à Bourg-Argental (Loire), lieu de son domicile familial.

Son acte de décès nous informe de la façon suivante : Fils de Georges et de BÉRAUD Marie Elisa.

Témoins :  RENAUD Bernard, lieutenant et ROBAS Pierre, sergent, tous deux à la Cie 8/1 du 4e Génie.

Mort par suite de blessures de guerre le 14 janvier 1915 à Marbotte (Meuse).

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L'Historique de guerre du 4e Régiment du Génie s'intéresse à la journée du 14 janvier 1915 pour la compagnie 8/1 et cite le sapeur Ruff :

Le 14 janvier 1915, une attaque partielle est déclenchée dans le secteur du bois d’Ailly. Il s’agit, après l’explosion du fourneau qui va bouleverser le saillant de la tranchée ennemie fortement organisée, de sauter dans l’entonnoir, et de s’y maintenir. A l’heure fixée, la mine joue avec les résultats attendus. Une section d’infanterie précédée d’un détachement de sapeurs de la Compagnie 8/1 chargé de faire à la cisaille des brèches dans le réseau, atteint sans pertes sensibles l’objectif. Reste à s’y maintenir, à conserver le gain coûte que coûte. Les sapeurs se mettent au travail. L’ennemi, son premier moment de stupeur passé, contre-attaque. A trois reprises, il s’élance mais en vain. Bientôt les grenades tombent serrées au milieu des défenseurs dont les rangs s’éclaircissent, les munitions sont sur le point d’être épuisées, les cartouches même vont manquer. Pendant que le sapeur Risset, blessé dès le début près du barrage en sacs à terre, renvoie les grenades qui lui sont lancées, le sapeur Ruff sort de la tranchée et court dans la première ligne française se réapprovisionner. Il faut maintenant revenir sous le feu des mitrailleuses allemandes qui balaient sans répit l’espace à parcourir, et Ruff, qui avait été volontaire pour l’attaque, n’a pas un moment d’hésitation. Il s’élance mais une balle au front le couche à terre sur le parapet de la tranchée conquise. Sa mission est remplie, ses camarades peuvent tenir jusqu’au bout.

Il est inhumé tombe n°458 de la nécropole nationale "Marbotte" à Apremont-la-Forêt.

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vendredi 23 août 2013

Le sergent Joseph-Antoine-Marie BONNA, d'Aix-les-Bains

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Joseph-Antoine-Marie BONNA est né à Aix-les-Bains le 30 juillet 1892, fils de François Antoine Jacques et de BAL Flavie Eugénie. Elève du Lycée de Chambéry il en sortit terminant sa classe de 3e A en 1909. Il était étudiant à Paris et demeurait 269 rue Saint-Jacques à Paris (5e), lorsque étant de la classe 1912, il s'engagea avant l'appel le 24 février 1913, pour le 30e Régiment d'Infanterie d'Annecy. Parti en campagne contre l'Allemagne, étant caporal, avec le 30e Régiment, il passe au 414e Régiment d'Infanterie le 5 mars 1915. Il est nommé sergent le 9 octobre 1915. Mort pour la France le 3 mars 1916 à Seppois-le-Haut (Haute-Alsace). Sa citation à l'ordre du Régiment est la suivante : « Sous-officier brave et dévoué, tombé glorieusement le 3 mars 1916 à Seppois-le-Haut, en faisant vaillamment son devoir. »

 

Sources : Livre d'or du lycée de Chambéry, Registre matricule de la Classe 1912.

Origine de la famille : Paul BONNA (1840-1894), entrepreneur de maçonnerie qui fut maire d'Aix-les-Bains de 1886 à 1892. Son épouse Marie BONNA née Bal était née en 1844. Une rue d'Aix porte le nom de Paul Bonna.

Lieu d'inhumation : Joseph BONNA est inhumé dans le caveau familial.

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Poème de Joseph BONNA avant l'assaut d'octobre 1915 sur Souchez :

L’ASSAUT

Avant l’assaut de Souchez, en octobre 1915.

 

L’heure est venue enfin des dévouements sublimes.

Amis, abandonnez les livres et les limes ;

Laissez dans votre sac Musset pleurer d’amour

Oubliez les baisers et les promesses vagues

Qui vous faisaient ici travailler à des bagues,

Car voici le grand jour !

 

Le lieutenant a dit : – « C’est ce soir qu’on attaque ». –

Pensons donc à tuer et à mourir, et que chaque

Soldat ne songe plus qu’à faire son devoir.

Epointons pour l’assaut nos frêles baïonnettes,

Et, pour que des Lebel les atteintes soient nettes,

Leur mécanisme entier nous allons le revoir.

 

Oh ! que j’attends ce soir avec impatience !

Le soleil, glorieux de sa magnificence,

Descend trop lentement sur l’horizon vermeil.

Eh bien ! regardons-le, ce vieux soleil qui tombe...

Combien vont comme lui se coucher... Mais la tombe

Hélas ! est sans réveil.

 

Sans réveil, ai-je dit ?... je nie et je blasphème.

Sans réveil ? Allons donc ! Mais la mort elle-même,

Qu’est-elle, si ce n’est un immense réveil ?

La vie est un sommeil profond où Dieu nous plonge,

Où la réalité n’est qu’un masque de songe,

Où l’ambition seule est notre bon conseil.

 

Eh bien ! puisque la vie est triste en somme, et vaine,

Que l’orgueil satisfait a coûté tant de peine,

Et puisqu’après cela la mort vient à coup sûr,

Allons à ses devants ! Abrégeons le martyre !

Marchons sans sourciller, tombons dans un sourire,

Comme un soleil mourant dans un horizon pur.

 

O fantassins frappés à l’assaut des tranchées,

Les lentes plaintes, par les douleurs arrachées,

Les râles, sont encore d’immenses cris d’espoir

Et joints aux chants joyeux dominant la fournaise,

Forment un chant plus beau que notre Marseillaise...

Oh ! ce soir... oh ! ce soir !...

 

Mes Amis, qu’un d’entre nous chante

L’hymne sublime de Chénier :

Nous aurons l’âme plus ardente,

Tous du premier jusqu’au dernier.

 

Joseph BONNA, Ancien Elève du Lycée. Tué à l’ennemi, le 3 mars 1916.

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mercredi 28 septembre 2011

Louis Galland, vicaire à Neuville-sur-Saône (Rhône)

Le vicaire de Neuville-sur-Saône, Louis Galland, a eu l'occasion de correspondre avec Monsieur l'abbé Lathuillière, archiprêtre de Neuville (Rhône).

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GALLAND (Louis), de Lyon.

Né à St-Christo-en-Jarret, le 27 août 1882 ; vicaire à Neuville. — Mobilisé (Services Auxiliaires) XIIIe Section I. M. ; au front (mars 1915) ; brancardier 298e R. I. ; caporal ; blessé (5 avril 1918). — Démobilisé en mars 1919.

1° Ordre 298e R. I., n° 222, juillet 1916 : « Brancardier dévoué et courageux, toujours prêt à remplir les missions dangereuses, a fait preuve de brillantes qualités d'énergie en prodiguant sans relâche ses soins aux blessés pendant six jours, sous un bombardement des plus violents.  »

2° Ordre 298e R. I., avril 1918 : « Sur le front depuis janvier 1915. A toujours fait preuve de courage et de dévouement. N’a cessé de prodiguer ses soins aux blessés, même sous les plus violents bombardements. A été grièvement blessé à son poste, le 5 avril 1918. »

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Eglise de Fontenoy (Aisne) bombardée le 14 septembre :

10 avril 1915, vendredi de Pâques.

Je viens de recevoir votre carte du 5 avril. Heureux des bonnes nouvelles que vous me donnez, sur les Pâques à Neuville. Je m’habitue parfaitement à ma nouvelle vie. Tranquillités pour le moment, mais on marche et on travaille suffisamment. Ce soir pluie neigeuse.

L. Galland, brancardier à la 63e Division, Secteur 58.

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Le Pont de tonneaux et le vieux Pont à Soissons, vue prise de la Crise :

15 avril 1915.

Cher Monsieur le Curé,

Je suis depuis ce matin jeudi 15 avril « brancardier-prêtre au 298e d’Infie 19e Cie 5e Bon Secteur58 ».

Ma fonction sera à peu près celle d’aumônier. Nous sommes deux par bataillon. Je trouve ici l’abbé Ferlay, curé de La Tourette. Et comme major un camarade de mon frère, un pays. Ce soir nous irons plus près des Boches, aux 1ères lignes, mais on y est, paraît-il, bien tranquilles et très bien. Belle journée aujourd’hui. Je vous serai reconnaissant si vous voulez m’envoyer quelques messes. Bonjour à Jeanne (où est Guy ?).

A vous, cher Monsieur le Curé, mes respectueux et affectueux hommages.

L. Galland. – Je vais très bien.

Au 298e, le vicaire de Neuville a retrouvé Joseph François Ferlay, curé de La Tourette :

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FERLAY (Joseph-François), de Lyon.

Né à Chazelles-sur-Lyon, le 27 janvier 1874 ; curé de La Tourette. — Mobilisé (Services Auxiliaires) XIIIe Section I. M., G. B. D. / 63 (6 août 1914) ; 298e R. I. (7 janvier 1915) ; XIIIe Section I. M. (8 décembre 1915) ; interprète 13e Région P. G. (1er octobre 1917). — Démobilisé le 6 février 1919.

A pris part aux actions suivantes : — 1914 : Marne ; — 1915 : Aisne, Crouy.

Ordre 298e R. I., n° 222, 5 août 1916 : « Au cours des journées de la Marne, a fait preuve en de nombreuses circonstances, d'heureuses initiatives, se prodiguant avec un inlassable dévouement, parcourant de jour et de nuit le terrain battu par l'ennemi pour apporter ses soins aux blessés français qui gisaient à proximité des tranchées allemandes. Même attitude pendant les combats du 20 septembre, pendant lesquels il prodigua ses soins aux blessés sur le terrain et ensuite à l’ambulance. Fortement contusionné par un éclat d'obus, a refusé de rester au poste de secours et a repris volontairement son service avant d'être guéri. Malgré son âge, a donné l'exemple du devoir, en demandant à être affecté comme brancardier dans un régiment. »

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vendredi 26 août 2011

La Hure - 91e R.I. - Attaque de Saint-Pierre-Vaast en octobre 1917

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Extrait du carnet de route de PIERREJEAN Fernand (Classe 1913)

agent de liaison au 3e bataillon du 91e R.I. lignes écrites sur le vif et dont le carnet est conservé intact depuis 1916.

Année 1916. Le 91e vient de quitter l'Argonne et se dirige au camp de Mailly. Après un séjour d'un mois d'entraînement à ce camp nous embarquons par chemin de fer et débarquons à Grandvillers (Oise) et cantonnons à Dargies Quelques jours plus tard nous partons à Gentelles et enfin à Cachy (somme) tout près de Villers-Bretonneux. Dana un bois se trouvent les avions chasseurs dont l'as Guynemer à qui j'ai serré la main. Quelques jours plus tard des camions nous transportent à la tombée de la nuit sur la grande route d'Amiens à Saint-Quentin ; nous la quittons après une douzaine de kilomètres pour aller vers le Nord, déjà nous apercevons les campements Anglais, les camions .nous laissent à quelques kilomètres: de Maricourt, sur un plateau entre Maricourt et Suzanne, il pleut à torrent.

Au jour nous apercevons 34 saucisses d'observation. 48 heures sur ce plateau nous allons sur un autre plateau dit « le Chapeau de gendarme » près du village en ruines de Curlu, nous repartons à l'arrière à Chipilly quelques jours et ensuite à Bray-sur-Somme.

6 jours après nous sommes à Suzanne, puis dans la même nuit, nous revenons à Bray-sur-Somme, le P. C. du 3e bataillon est installé dans un café tout près de l'église ; 4 jours se passent et à nouveau nous revenons à Suzanne. Nous nous demandons pourquoi nous tournons autour de ces villages.

Enfin nous allons aux carrières d'Halimbourg, endroit que j'avais reconnu de jour en compagnie du capitaine Nouvellet de la 11e ; le canon tonne, ça gronde, et pourtant 6 kms nous séparent encore des premières lignes, il n'y a pas longtemps que la bataille a fait rage ici car il y a des cadavres partout.

Voici les gaz. Nous mettons nos masques, au passage à Curlu une courroie de musette casse, les grenades qu'elle contenait explosent et quelques hommes de la 11e sont blessés.

Le 3e bataillon.est ensuite emmené par le commandant Pétin, en tête, au ravin de l'Aiguille. Je suis envoyé en ligne y conduire le colonel Messimy (ministre) qui commande un bataillon de chasseurs à pied.

Je vois que les ravages sont terribles. Sur une colline des silhouettes bizarres. Je m'approche et je vois une trentaine de couples Français-Allemands embrochés et restés debout dans un rictus affreux. Un Allemand à genoux les yeux fixés vers le ciel, un chapelet en main, semble implorer le Bon Dieu ; des remparts en zig-zag faits avec les cadavres entassés.

En parlant avec certains camarades qui pourtant ont fait la guerre aussi, il y en a qui m'ont traité de menteur lorsque je leur ai parlé de cela. Je ne crois pas avoir rêvé pourtant et en admettant que je l'ai rêvé sans le voir, il serait facile de se rapporter en 1935 où le journal « L'Ami du Peuple » a relaté les mêmes paroles que moi : ce journal a raconté la prise du bois Saint-Pierre-Vaast et justement le 7 octobre 1916.

L'organisation se fait à ce ravin, les abris se font rapidement, les foudres contenant l'eau venant de Combles sont gardés, des corvées d'eau sont organisées, un bidon par homme ; le ravitaillement est fait par une caravane de bourricots la nuit, les sergents-majors y viennent chacun leur tour, Bouboule, de la 3e C.M., Libert, de la 11e, Vermorel de la 10e, Chabannes de la 9e.

Et voilà que nous quittons le ravin de l'Aiguille, en route pour traverser la grande artère Péronne-Bapaume, à notre droite le village de Bouchavesnes, à gauche Rancourt, nous avançons dans un chemin creux en direction du bois de Saint-Pierre-Waast, puis dans un deuxième chemin creux.

Le P. C. du 3e bataillon est dans une ancienne sape boche, donc mal tourné. Le commandement : commandant Pétin, capitaine adjudant-major Salbert, adjudant de bataillon Gourdon, un observateur d'artillerie, un observateur infanterie (sergent-fourrier Sauveur, de la 11e, téléphonistes, etc…

La liaison, sous les ordres du caporal Hulin est au-dessus, dans un petit boyau ; là aussi est le caporal-clairon Menneret. Les obus arrivent de plein fouet sur la liaison et il fallut s'éparpiller. Je me rapproche de l'entrée de la sape et reste en haut. Je fus envoyé au poste du colonel et, en revenant, je dus m’abriter dans un boyau où la 11e était entassée. Notre 155 tire trop court, je bondis vers l'observateur et téléphoniste pour lui faire allonger le tir.

A 13 h. 45, une attaque est déclenchée sans préparation de l'artillerie. Nos poilus avancent sans courir, mais d'un bon pas, comme à une manœuvre, ver les lignes allemandes et la lisière du fameux bois est occupée. Spectacle émouvant et grandiose pour des spectateurs que nous sommes au P. C. du bataillon.

Attaque pleinement réussie. Les prisonniers nous arrivent en masse et sont dirigés vers l'arrière ; mais la tranquillité fut de courte durée. Les tirs de barrage commencent et un tonnerre se fait entendre. Les blessés commencent à essayer de se sauver vers l'arrière. Un obus entre dans la sape du commandant Pétin : 6 tués dans l'entrée. Je me trouve en haut, j'appelle et le commandant me répond : « Dégagez-nous ! ». En compagnie de quelques camarades, nous dégageons les cadavres de l'entrée.

Le lendemain, un autre obus arrive de la même façon ; encore 6 tués.

Le sergent-fourrier est blessé : un bras coupé et un éclat dans les reins. Il meurt au moment de nous quitter et je l'enterre sur place, aidé du caporal-clairon Menneret. Le bois est pris, mais quel carnage ! A tel point que Viaud, de la 11e (Gégène), bien connu, a nommé la bataille « le 7 octobre, jour de boucherie ».

Et ce fut la relève. Le pauvre 3e bataillon était bien déplumé. Il fut rassemblé dans un petit bois où nous fûmes bien restaurés, puis de là, à Cerisy-Gailly, où nous pouvons nous remettre des fatigues de la bataille..

Il fut question que le 91e porterait le béret noir et en lettres d'or « Saint-Pierre-Vaast ». Mais était-ce un canard ? On n'en parla plus. Le 91e fut dirigé sur Conty et puis ce fut le beau voyage en Afrique du Nord, voyage trop court, puisque 4 mois étaient écoulés que nous repartions vers Saint-Quentin.

Le souvenir du 91e ne s'effacera pas de ma mémoire et je rends hommage à tous les anciens du 91e et je rends de temps à autre visite aux anciens qui sont restés à Avocourt, à Bouchavesnes, à Soupir et d'autres dont les noms m'échappent.

P.-S. — Je m'excuse, de n'avoir pas donné de dates exactes dans tout mon récit, mais cela a été fait avec intention au cas où j'aurais  été fait prisonnier.

Pierrejean Fernand, exigent de liaison, 3e Bon.

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