mercredi 28 septembre 2011
Louis Galland, vicaire à Neuville-sur-Saône (Rhône)
Le vicaire de Neuville-sur-Saône, Louis Galland, a eu l'occasion de correspondre avec Monsieur l'abbé Lathuillière, archiprêtre de Neuville (Rhône).
GALLAND (Louis), de Lyon.
Né à St-Christo-en-Jarret, le 27 août 1882 ; vicaire à Neuville. — Mobilisé (Services Auxiliaires) XIIIe Section I. M. ; au front (mars 1915) ; brancardier 298e R. I. ; caporal ; blessé (5 avril 1918). — Démobilisé en mars 1919.
1° Ordre 298e R. I., n° 222, juillet 1916 : « Brancardier dévoué et courageux, toujours prêt à remplir les missions dangereuses, a fait preuve de brillantes qualités d'énergie en prodiguant sans relâche ses soins aux blessés pendant six jours, sous un bombardement des plus violents. »
2° Ordre 298e R. I., avril 1918 : « Sur le front depuis janvier 1915. A toujours fait preuve de courage et de dévouement. N’a cessé de prodiguer ses soins aux blessés, même sous les plus violents bombardements. A été grièvement blessé à son poste, le 5 avril 1918. »
Eglise de Fontenoy (Aisne) bombardée le 14 septembre :
10 avril 1915, vendredi de Pâques.
Je viens de recevoir votre carte du 5 avril. Heureux des bonnes nouvelles que vous me donnez, sur les Pâques à Neuville. Je m’habitue parfaitement à ma nouvelle vie. Tranquillités pour le moment, mais on marche et on travaille suffisamment. Ce soir pluie neigeuse.
L. Galland, brancardier à la 63e Division, Secteur 58.
Le Pont de tonneaux et le vieux Pont à Soissons, vue prise de la Crise :
15 avril 1915.
Cher Monsieur le Curé,
Je suis depuis ce matin jeudi 15 avril « brancardier-prêtre au 298e d’Infie 19e Cie 5e Bon Secteur58 ».
Ma fonction sera à peu près celle d’aumônier. Nous sommes deux par bataillon. Je trouve ici l’abbé Ferlay, curé de La Tourette. Et comme major un camarade de mon frère, un pays. Ce soir nous irons plus près des Boches, aux 1ères lignes, mais on y est, paraît-il, bien tranquilles et très bien. Belle journée aujourd’hui. Je vous serai reconnaissant si vous voulez m’envoyer quelques messes. Bonjour à Jeanne (où est Guy ?).
A vous, cher Monsieur le Curé, mes respectueux et affectueux hommages.
L. Galland. – Je vais très bien.
Au 298e, le vicaire de Neuville a retrouvé Joseph François Ferlay, curé de La Tourette :
FERLAY (Joseph-François), de Lyon.
Né à Chazelles-sur-Lyon, le 27 janvier 1874 ; curé de La Tourette. — Mobilisé (Services Auxiliaires) XIIIe Section I. M., G. B. D. / 63 (6 août 1914) ; 298e R. I. (7 janvier 1915) ; XIIIe Section I. M. (8 décembre 1915) ; interprète 13e Région P. G. (1er octobre 1917). — Démobilisé le 6 février 1919.
A pris part aux actions suivantes : — 1914 : Marne ; — 1915 : Aisne, Crouy.
Ordre 298e R. I., n° 222, 5 août 1916 : « Au cours des journées de la Marne, a fait preuve en de nombreuses circonstances, d'heureuses initiatives, se prodiguant avec un inlassable dévouement, parcourant de jour et de nuit le terrain battu par l'ennemi pour apporter ses soins aux blessés français qui gisaient à proximité des tranchées allemandes. Même attitude pendant les combats du 20 septembre, pendant lesquels il prodigua ses soins aux blessés sur le terrain et ensuite à l’ambulance. Fortement contusionné par un éclat d'obus, a refusé de rester au poste de secours et a repris volontairement son service avant d'être guéri. Malgré son âge, a donné l'exemple du devoir, en demandant à être affecté comme brancardier dans un régiment. »
vendredi 26 août 2011
La Hure - 91e R.I. - Attaque de Saint-Pierre-Vaast en octobre 1917
Extrait du carnet de route de PIERREJEAN Fernand (Classe 1913)
agent de liaison au 3e bataillon du 91e R.I. lignes écrites sur le vif et dont le carnet est conservé intact depuis 1916.
Année 1916. Le 91e vient de quitter l'Argonne et se dirige au camp de Mailly. Après un séjour d'un mois d'entraînement à ce camp nous embarquons par chemin de fer et débarquons à Grandvillers (Oise) et cantonnons à Dargies Quelques jours plus tard nous partons à Gentelles et enfin à Cachy (somme) tout près de Villers-Bretonneux. Dana un bois se trouvent les avions chasseurs dont l'as Guynemer à qui j'ai serré la main. Quelques jours plus tard des camions nous transportent à la tombée de la nuit sur la grande route d'Amiens à Saint-Quentin ; nous la quittons après une douzaine de kilomètres pour aller vers le Nord, déjà nous apercevons les campements Anglais, les camions .nous laissent à quelques kilomètres: de Maricourt, sur un plateau entre Maricourt et Suzanne, il pleut à torrent.
Au jour nous apercevons 34 saucisses d'observation. 48 heures sur ce plateau nous allons sur un autre plateau dit « le Chapeau de gendarme » près du village en ruines de Curlu, nous repartons à l'arrière à Chipilly quelques jours et ensuite à Bray-sur-Somme.
6 jours après nous sommes à Suzanne, puis dans la même nuit, nous revenons à Bray-sur-Somme, le P. C. du 3e bataillon est installé dans un café tout près de l'église ; 4 jours se passent et à nouveau nous revenons à Suzanne. Nous nous demandons pourquoi nous tournons autour de ces villages.
Enfin nous allons aux carrières d'Halimbourg, endroit que j'avais reconnu de jour en compagnie du capitaine Nouvellet de la 11e ; le canon tonne, ça gronde, et pourtant 6 kms nous séparent encore des premières lignes, il n'y a pas longtemps que la bataille a fait rage ici car il y a des cadavres partout.
Voici les gaz. Nous mettons nos masques, au passage à Curlu une courroie de musette casse, les grenades qu'elle contenait explosent et quelques hommes de la 11e sont blessés.
Le 3e bataillon.est ensuite emmené par le commandant Pétin, en tête, au ravin de l'Aiguille. Je suis envoyé en ligne y conduire le colonel Messimy (ministre) qui commande un bataillon de chasseurs à pied.
Je vois que les ravages sont terribles. Sur une colline des silhouettes bizarres. Je m'approche et je vois une trentaine de couples Français-Allemands embrochés et restés debout dans un rictus affreux. Un Allemand à genoux les yeux fixés vers le ciel, un chapelet en main, semble implorer le Bon Dieu ; des remparts en zig-zag faits avec les cadavres entassés.
En parlant avec certains camarades qui pourtant ont fait la guerre aussi, il y en a qui m'ont traité de menteur lorsque je leur ai parlé de cela. Je ne crois pas avoir rêvé pourtant et en admettant que je l'ai rêvé sans le voir, il serait facile de se rapporter en 1935 où le journal « L'Ami du Peuple » a relaté les mêmes paroles que moi : ce journal a raconté la prise du bois Saint-Pierre-Vaast et justement le 7 octobre 1916.
L'organisation se fait à ce ravin, les abris se font rapidement, les foudres contenant l'eau venant de Combles sont gardés, des corvées d'eau sont organisées, un bidon par homme ; le ravitaillement est fait par une caravane de bourricots la nuit, les sergents-majors y viennent chacun leur tour, Bouboule, de la 3e C.M., Libert, de la 11e, Vermorel de la 10e, Chabannes de la 9e.
Et voilà que nous quittons le ravin de l'Aiguille, en route pour traverser la grande artère Péronne-Bapaume, à notre droite le village de Bouchavesnes, à gauche Rancourt, nous avançons dans un chemin creux en direction du bois de Saint-Pierre-Waast, puis dans un deuxième chemin creux.
Le P. C. du 3e bataillon est dans une ancienne sape boche, donc mal tourné. Le commandement : commandant Pétin, capitaine adjudant-major Salbert, adjudant de bataillon Gourdon, un observateur d'artillerie, un observateur infanterie (sergent-fourrier Sauveur, de la 11e, téléphonistes, etc…
La liaison, sous les ordres du caporal Hulin est au-dessus, dans un petit boyau ; là aussi est le caporal-clairon Menneret. Les obus arrivent de plein fouet sur la liaison et il fallut s'éparpiller. Je me rapproche de l'entrée de la sape et reste en haut. Je fus envoyé au poste du colonel et, en revenant, je dus m’abriter dans un boyau où la 11e était entassée. Notre 155 tire trop court, je bondis vers l'observateur et téléphoniste pour lui faire allonger le tir.
A 13 h. 45, une attaque est déclenchée sans préparation de l'artillerie. Nos poilus avancent sans courir, mais d'un bon pas, comme à une manœuvre, ver les lignes allemandes et la lisière du fameux bois est occupée. Spectacle émouvant et grandiose pour des spectateurs que nous sommes au P. C. du bataillon.
Attaque pleinement réussie. Les prisonniers nous arrivent en masse et sont dirigés vers l'arrière ; mais la tranquillité fut de courte durée. Les tirs de barrage commencent et un tonnerre se fait entendre. Les blessés commencent à essayer de se sauver vers l'arrière. Un obus entre dans la sape du commandant Pétin : 6 tués dans l'entrée. Je me trouve en haut, j'appelle et le commandant me répond : « Dégagez-nous ! ». En compagnie de quelques camarades, nous dégageons les cadavres de l'entrée.
Le lendemain, un autre obus arrive de la même façon ; encore 6 tués.
Le sergent-fourrier est blessé : un bras coupé et un éclat dans les reins. Il meurt au moment de nous quitter et je l'enterre sur place, aidé du caporal-clairon Menneret. Le bois est pris, mais quel carnage ! A tel point que Viaud, de la 11e (Gégène), bien connu, a nommé la bataille « le 7 octobre, jour de boucherie ».
Et ce fut la relève. Le pauvre 3e bataillon était bien déplumé. Il fut rassemblé dans un petit bois où nous fûmes bien restaurés, puis de là, à Cerisy-Gailly, où nous pouvons nous remettre des fatigues de la bataille..
Il fut question que le 91e porterait le béret noir et en lettres d'or « Saint-Pierre-Vaast ». Mais était-ce un canard ? On n'en parla plus. Le 91e fut dirigé sur Conty et puis ce fut le beau voyage en Afrique du Nord, voyage trop court, puisque 4 mois étaient écoulés que nous repartions vers Saint-Quentin.
Le souvenir du 91e ne s'effacera pas de ma mémoire et je rends hommage à tous les anciens du 91e et je rends de temps à autre visite aux anciens qui sont restés à Avocourt, à Bouchavesnes, à Soupir et d'autres dont les noms m'échappent.
P.-S. — Je m'excuse, de n'avoir pas donné de dates exactes dans tout mon récit, mais cela a été fait avec intention au cas où j'aurais été fait prisonnier.
Pierrejean Fernand, exigent de liaison, 3e Bon.
jeudi 25 août 2011
Sous-lieutenant Sarraz-Bournet, promotion de Montmirail
Louis, Désiré, Paul Sarraz-Bournet, fils de Ferdinand Joseph et Garcin Mélanie est né le 11 juillet 1891 à Châlons-sur-Marne (Marne).
Sorti du lycée de Chambéry en 1909 (classe de Mathématiques Elémentaires), il est ensuite élève du cours de Saint-Cyr au lycée de Grenoble (1909-1911), puis au Lycée Hoche de Versailles (1911-1912).
Il est reçu au concours de 1912 de l’école de Saint-Cyr. Il s’engage au 23e régiment d’infanterie de Bourg-en-Bresse (1912-1913).
Il intègre comme élève l’école de Saint-Cyr (1913-1914), promotion de Montmirail (aux gants blancs).
Affecté comme sous-lieutenant au 97e Régiment d’Infanterie Alpine le 3 août 1914, rejoint le régiment le 15 août 1914.
Mort pour la France le 1er septembre 1914, au Col de la Chipotte (Vosges).
Croix de guerre avec palme : « A brillamment enlevé sa section à l’assaut d’une tranchée allemande le 1er septembre au Col de la Chipotte. Tombé mortellement frappé. » (Ordre n° 93 de la 10e Armée, le 27 juillet 1915, Journal Officiel du 8 septembre 1915). Chevalier de la Légion d’Honneur à titre posthume.
Il était de la même promotion que le Sous-lieutenant Humbert : Humbert, Jacques, Emile, Louis, Léon (1893-1993), qui terminera sa carrière comme général de division, grand officier de la Légion d’honneur.
La fiche « Mémoire des Hommes » le concernant mentionne sa mort le 8 octobre 1914. En fait il s’agit de la date de la découverte de son corps. Le régiment avait bien combattu début septembre à La Chipotte et en octobre 1914 il avait gagné le front d’Artois, près d’Arras.
Fiche M.D.H. du sous-lieutenant Sarraz-Bournet
jeudi 18 août 2011
Les musiciens Georges Ferré et André Benardel au "Casino" d'Ablain
Avec les « Souvenirs d’un combattant », de Roger Cadot, nous avons un témoignage fort intéressant d’un sergent puis adjudant au 360e R.I. qui est passé sous-lieutenant à la fin juin 1915. Etant à Ablain, Roger Cadot décrit le lieu où se trouvait le piano et dans quelles conditions l’infirmier Georges Ferré accompagnait le violoncelliste André Bernardel* qui jouait sur un instrument de fortune baptisé « boîte à macaroni ».
Pages 219 et 220
La prise du chemin d’Angres à Souchez
Le 5e bataillon s'installa dans les caves d'Ablain, en réserve, le 6e bataillon occupant les tranchées. Le secteur conservait son aspect sinistre, mais l'ardent soleil de juin avait achevé de consommer les chairs putréfiées. Les morts des dernières batailles étaient secs et l’épouvantable odeur avait disparu. Les corps s’étaient définitivement agrégés à la terre sur laquelle ils étaient tombés et contribuaient à consolider les parapets. Dans la tranchée en U, un bras avec sa main au bout saillait encore de la paroi, comme pour barrer le chemin, et des cyniques, au passage touchaient cette main desséchée en disant : « Bonjour, ma vieille ! »
La nuit du 6 juillet et le commencement du jour suivant furent paisibles. Le commandant aimait faire venir au « Casino » Bernardel avec sa boîte à macaroni, ainsi qu’un infirmier du nom de Georges Ferré pianiste à ses heures. J'ai dit que les Allemands avaient installé un piano dans cette cave, on y pouvait donc passer quelques heures d'aimable façon, lorsque le roulement du service faisait peser sur d'autres la responsabilité de la première ligne. Le commandant Bouffard lui-même ne dédaignait pas de tapoter l'ivoire, et le capitaine Jaffrelot rehaussait la séance avec quelques gaillards refrains de garnison.
Quelques jours auparavant, le « Casino » avait reçu la visite d'hôtes illustres : Maurice Barrés, Louis Barthou, Stephen Pichon et Joseph Reynach**. C'était le lieutenant de Rozières qui l'occupait alors, mais, modeste, il ne s'était pas fait connaître. Barrés a conté cet épisode dans un article de l'Echo de Paris*** qu'il a consacré à François Baudry et à Pierre de Rozières, après leur mort. « Par une matinée de juin, écrit-il, avec trois compagnons, je circulais dans Ablain pire qu'un désert, longue rue dépecée par la mitraille, où venait encore à de longs intervalles un obus, et soudain voici que d'une cave s'élève un air charmant et savant de Bach, chanté par un violoncelle que soutient un piano. Nous frappons, on ouvre et dans la nuit noire, vingt soldats, amateurs et musiciens, nous accueillent, parmi lesquels mon compatriote, le fils d'un ami de ma jeunesse et qui ne s'est pas nommé ! J'en ai un bien grand regret, mais quelle preuve de l'excessive réserve de Pierre de Rozières, puisque je sais bien qu'il m'aimait. »
* La famille Bernardel est une famille de luthiers français célèbre.
** Joseph Reinach.
*** Echo de Paris du 27 ou 28 mars 1917 ou 1916 [sic].
mercredi 17 août 2011
Ablain - Carency - Souchez - Visite officiele- 29 juin 1915
La visite officille a eu lieu fin juin 1915 et la photographie date du 29 juin1915 comme nous l'indique le journal de Maurice Barrès, publié notamment dans ses Chroniques, le violoncelliste se nomme André Benardel :
Voilà Souchez sous les fumées blanches de nos projectiles. Nous regardons quelques instants comme ils arrivent à brefs intervalles et éclatent bien régulièrement. Mais nous ne pousserons pas plus loin. Nous revenons un peu en arrière et, franchissant la rivière, nous entrons dans ce qui fut Ablain-Saint-Nazaire.
L’orage du combat y est partout visible. Sa longue rue bordée de murailles sans toit et demi-écroulées, ses fenêtres, ses portes bouchées par des sacs de terre, racontent l’atroce lutte où, jardin par jardin, maison par maison, cave par cave, sous un enfer de mitraille, puis à coups de grenades, nous primes le village.
On s’est exterminé dans tous ces clos paisibles d’où les populations ont entièrement disparu. D’heure en heure, les Allemands aiment d’y envoyer des marmites. Nous y circulons comme dans un désert. Mais voici qu’au milieu des ruines, une mélodie profonde s’échappe. Nous nous arrêtons plus brusquement qu’au sifflement d’une marmite. Puis-je en croire mes oreilles ! C’est bien un air charmant et savant de violoncelle appuyé par un piano. Nous nous dirigeons vers la cave d’où il se lève. Nous frappons. On ouvre. Et là, dans la nuit noire, c’est un groupe d’une vingtaine de soldats. Le concert s’arrête. Le violoncelliste se nomme : « André Bernardel, soldat de deuxième classe et premier prix du Conservatoire. » Il nous présente son accompagnateur : « M. Georges Ferré, pianiste. » Il s’excuse de son instrument qu’il a construit lui-même avec une boite ayant contenu du macaroni. Et tout de suite les deux artistes reprennent l’Aria, de Jean-Sébastien Bach.
La douceur de cette musique faisait-elle songer ces soldats aux bonheurs dont ils se privent ? Des ténèbres de cette cave surgissaient-elles, les figures magiques portées par chacun d’eux dans son âme ? Un tel auditoire n’a rien d’attendri, de rêveur, non plus que les graves harmonies du vieux maître. Ce concert dans les ruines et sous les projectiles me rappelle ces tableaux où le peintre, ayant retracé les hauts faits des guerriers, nous montre au-dessus leurs ombres heureuses dans les Champs-Élysées.
Ces jeunes Français que nous venions surprendre avaient saisi l’occasion de se transporter dans un royaume paisible et d’écouter, en vibrant à l’unisson du génie, les idées sublimes que la vie maintient assoupies et que les circonstances héroïques laissent monter à fleur des consciences. Je ne pouvais voir le visage d’aucun de ces auditeurs, car seule une petite lampe électrique de poche projetait une faible lueur sur la partition devant les deux virtuoses ; mais je suis sûr de l’émotion surnaturelle qu’ils éprouvaient. Certainement qu’un jour, quelque artiste de génie, peintre ou musicien, voudra s’emparer de cette scène et nous rendre sensible tout ce que contenait cette chambre de musique dans les ruines d’Ablain.
mardi 16 août 2011
Ablain Saint-Nazaire - visite officielle
Sur cette photographie concernant la visite du champ de bataille en Artois en juin 1915 par Maurice Barrès, nous pouvons reconnaitre les personnes suivantes :
En civil, de gauche à droite, Maurice Barrès, Stephen Pichon, Joseph Reinach et Louis Barthou.
Nous ne connaissons pas encore l'officier à gauche et le jeune violoncelliste.
lundi 15 août 2011
Un violoncelle dans les caves d'Ablain-Saint-Nazaire
Voici une quinzaine d'années, cette photographie de presse sur laquelle j'avais bien identifié Maurice Barrès et Louis Bathou avait bien attiré mon attention. Bien évidememnt le violoncelliste en uniforme de soldat d'infanterie attirait toute mon attention. Une étude photographique m'indiquait qu'il ne pouvait s'agir de Maurice Maréchal.
Maurice Marechal, le voici et pour l'écouter, cliquez sur les liens ci dessous :
http://www.youtube.com/watch?v=TyInFdueBVw
http://www.youtube.com/watch?v=hP8Qq-EgFeI
http://www.youtube.com/watch?v=NF1u34pShDk
Qui est donc ce violoncelliste près de Maurice Barrès ? Enquête à suivre...
mercredi 27 juillet 2011
Tamponnement de trains en gare de Prouzel (Somme)
Léon Zanolini naît à Sainte-Hélène-sur-Isère (Savoie) le 10 octobre 1896.
Incorporé avec sa classe au 30e régiment d’infanterie, c’est en qualité de sous-lieutenant qu’il sera affecté à la 21e compagnie du 297e régiment d’infanterie. Deux fois blessé le 6 septembre 1917 (secteur de Vauxaillon) et le 11 juin 1918 (Combat de Courcelles). Il a été le témoin direct de l’accident de chemin de fer par tamponnement en gare de Prouzel dans la nuit du 5 au 6 juin 1918 alors que le régiment montait au feu en toute urgence justement dans le secteur de Courcelles.
297e Régiment d’Infanterie
21e Cie.
Le 6 juin 1918.
Récit de l’accident de chemin de fer survenu en gare de Prouzel, le 5 à minuit.
Il est 23 h. 45… Lentement notre train, qui ne compte pas moins de 40 wagons chargés d’hommes et de voitures, entre en gare. – « C’est là que nous débarquons dit le capitaine P…[1] ; faites équiper les hommes ». L’ordre est transmis ; les hommes réveillés brusquement se tirent avec peine de la paille – on s’équipe, officiers et troupe. – Le capitaine P… et le capitaine V… descendent pour prendre des ordres à la gare – moi-même, après avoir endossé équipement, je donne à travers la vitre qui communique avec le compartiment de 1re (Etat-major) un coup d’œil : les médecins sont là qui attendent – le lieutenant V… aussi. – L… derrière moi, dans le compartiment rassemble toutes ses affaires.
J’attends… Dans le lointain, un bruit de détonations… Des bombes d’avions… Plus près un train dans l’ombre arrive à toute allure… Même direction… Même voie… C’est sur nous… Je saute…
Deux secondes plus tard, à mes yeux égarés, s’offrait l’horrible spectacle d’un amas de ferrailles traîné par le train tamponneur sur 300 mètres… Du feu… Des cris de gens qu’on égorge : mon dieu… mes camarades… Du talus où j’avais sauté je descends : « Lulu, Lulu ! » personne répond. – Je cherche ce qui doit être le wagon de voyageurs, mais en vain.
Que reste-t-il des trois wagons de queue ? Un monceau de bois déchiqueté, fers enchevêtrés. – Et dire que dans cet amas inextricable, il y a des hommes, des camarades, à qui tout à l’heure je causais. – Bonvin, pleurant, m’aperçoit : « Oh ! mon pauvre Zano, tu es là ! » Mes hommes m’entendent ! On me presse, on m’embrasse ! Mais Bonvin reprend : « Lulu expire dans un coin ! » –
Ce n’est pas le moment de perdre le Nord. Froid, calme, je demande des nouvelles de ma Cie : pas de tués. Lulu, que je vois, à qui je dis le mot d’une affection indicible, a la cuisse brisée. – On l’emporte. – Le lieutenant C… que j’appelle est sous un wagon, les jambes pantelantes, on enfonce les tôles, on le dégage. Sauvé ! ! Mais les médecins ? Et le lieutenant V… Tous 3 restent sourds à nos appels… Hélas ! ! ils ont vécu, eux si gentils, si aimables.
…………………………………………………………………………………………………...
Toujours calme, je me dis « il faut fuir les lieux de l’accident » et du coup j’emmène ma compagnie hors de la gare. – ½ heure s’est écoulée. – Je réfléchis à mon bonheur et à la mort qui eût pu m’arriver. Cette fois le calme s’en va, et je tremblote…
Il est 3 heures du matin. – Les autos sont là. – Embarquement.
Triste souvenir que cette gare de Prouzel, plongée dans l’obscurité, les lieux de l’accident éclairés seulement par une torche de mécanicien.
(Triste nuit de guerre)
Léon Z.
Tués : lieutenant Vittet Jean François Maximilien (22e Cie), médecin aide-major Gèghre Jules et médecin auxiliaire Thollon Charles Marie Maurice tous deux au 6e bataillon.
Blessé : lieutenant Carron François, Pierre de la 22e Cie.
mardi 8 février 2011
La mort du Lieutenant-colonel Dayet
Le lieutenant-colonel Emmanuel Dayet était né le 21 janvier 1860 à Lons-le-Saunier (Jura). Il est mort sur le champ de bataille de La Fontenelle le 27 janvier 1915. Trois lettres qu’un gradé du 133e avait envoyées à sa mère ont été publiées par le journal « Le Réveil Savoyard » du 14 février 1915.
Les journaux ont annoncé la mort à l’ennemi du colonel Dayet, commandant le 133e régiment d’infanterie. La mère de l’un de nos amis veut bien nous communiquer trois lettres de son fils, qui a assisté à cette mort glorieuse :
29 janvier
« … Nous habitons depuis que nous sommes au repos chez un bon vieux qui a quatre-vingts ans et qui a fait, avec le 91e, la guerre d’Italie. De nombreux tableaux ornent sa chambre et c’est presque en pleurant qu’il dit que les Prussiens lui ont pris sa médaille…
« Ce n’est pas seulement, hélas, dans notre chère petite famille que je suis frappé. Que de deuils frappent mon pauvre régiment depuis quelque temps, dans cette horrible guerre de sape ! Hier encore, dans une malheureuse attaque, c’étaient 234 des nôtres qui tombaient sous les balles des mitrailleurs allemands ; à leur tête tombe notre colonel… Nous avons vu des choses que je ne puis écrire, mais que je n’oublierai jamais. Nous avons vécu une journée terrible.
Nous faisons des travaux pour retirer le corps de notre colonel, tombé l’autre jour entre les deux lignes Si nous réussissons, quelles funérailles nous ferons à ce brave frappé en tête de ses troupes, en partant à l’assaut. Il le mérite. Il savait qu’il allait à la mort. Sa place n’était pas là, mais il a voulu montrer par sa mort, bien des choses. Son corps étendu, entre deux lignes de tranchées, depuis plusieurs jours déjà, en dit plus long que tous les discours.
2 février
« Je reviens d’accomplir une heure de veille auprès du corps de notre colonel. Dans une grange que nous avons ornée de drapeaux et de branches de sapin, il repose sur un brancard et sa figure est éclairée par la lumière de deux bougies. Ses traits sont toujours énergiques et décidés, il est bien toujours le même que j’ai vu partir l’autre jour, le dernier de sa vie, son sabre d’une main, sa sacoche de l’autre, sans aucun galon, allant prendre une place qui n’était pas la sienne…
« Je vous ai écrit que nous cherchions à reprendre le corps de notre colonel. C’était une opération difficile, car il était tombé entre les deux tranchées, à vingt-trois mètres des nôtres, à six mètres de celles des Allemands. Après plusieurs tentatives vaines, on décida de faire appel à un volontaire.
« C’est un de mes amis, P. Seurre, qui fait partie de ma liaison, qui se présenta. Je ne vous parlerai pas de ma stupeur lorsqu’il m’annonça son intention et c’est avec une bien grande émotion qu’à la veille de son entreprise, je lui dis adieu et lui souhaitais bonne chance.
« Il s’y prit en deux
fois. Le premier soir recouvert d’un drap blanc, se confondant ainsi avec la
neige, il réussit à s’approcher assez près du corps. Il s’en trouvait à trois
mètres lorsqu’une rafale de vent soulève le drap. Les Allemands s’en
aperçoivent, tirent sur notre ami
qu’ils manquent, criblent le linge et
font rater l’affaire. Nullement découragé, Seurre veut recommencer. De nouveau,
le lendemain soir, le voilà enjambant la tranchée. De la tète aux pieds, il est
tout de blanc habillé ; par précaution, il s’est fait attacher. A la
faveur d’un léger brouillard, il réussit à avancer rapidement. Du corps il est
tout près. Maintenant il faut ramper. Lentement il avance en creusant un sillon
dans la neige, qu’il rejette de chaque côté. Ça y est. Trois cadavres sont
devant lui. Il s’arrête ; la neige a craqué. Des créneaux ennemis, à cinq mètres,
il entend des chuchotements ; il devine des yeux qui cherchent sur la nappe
blanche ; longtemps il reste là, écoutant : des sentinelles se
soufflent dans les doigts pour se les réchauffer, d’autres frappent le sol de
leurs pieds… Enfin, il se décide : il déroule la longue corde qu’il a
apportée. Mais lequel des trois morts est celui qu’il cherche ? Doucement
il soulève les corps, fouille les poches : une corne de commandement !
nul doute, c’est bien lui ; il l’attache solidement par la tête et par les
pieds. Sa tâche est presque terminée. Mon ami alors se couche sur le dos, agite
un peu la corde qui le relie à l’arrière et, salué par les salves des Allemands
qui entendent un glissement, il se laisse tirer. Le colonel reste encore. On
tire sur la corde. Le corps glisse, il approche, il va arriver à la tranchée,
lorsque brusquement le câble casse. Les Allemands tirent toujours. Sans perdre
le temps de réfléchir, Seurre réapparaît sur la tranchée, attache à nouveau le
corps… La tentative a pleinement réussi. Depuis hier soir, mon ancien agent de liaison
est caporal et proposé pour la Médaille militaire. »
![]() |
Monument de La Fontenelle, lieu du combat et tombe du lieutenant-colonel Dayet à Saint-Jean-d'Ormont
5 février.
« Aujourd’hui nous avons rendu les derniers honneurs à notre colonel. Toute la compagnie, des délégués de tous les bataillons y assistaient en tenue de campagne. Une messe fut dite et servie par trois prêtres soldats et chantée par les musiciens du régiment avec accompagnement de violons. Des discours furent prononcés par notre commandant, le général de brigade et le général de division. Ils rappelèrent la mort de ce brave officier, face à l’ennemi et présentèrent à sa veuve et à ses neuf enfants leurs témoignages émus de condoléances. La cérémonie fut touchante dans sa simplicité et l’émotion s’empara de tous les cœurs lorsque le drapeau déployé vint s’incliner sur la tombe.
« Notre colonel repose dans le cimetière du petit village de …, au pied de l’église percée de balles, au milieu de tous ses soldats qui comme lui sont morts bravement pour la Patrie. »
vendredi 4 février 2011
Auguste Bouvard du 2e bataillon te"rritorial de chasseurs alpins
Auguste, Joseph Bouvard est né le 7 janvier 1879 aux Déserts (Savoie).
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Il est le fils de Claude Marie et de Viand Marie, domiciliés aux Déserts. Se déclarant cultivateur, il a été incorporé au 22e B.C.A. le 16 novembre 1900. Il est passé au 97e R.I.A. le 14 juin 1901 et y a été effective ment incorporé le 16 juin 1901. Puis il passe au 14e E.T.E.M le 21 septembre 1901 en qualité de soldat ordonnance.
Rendu à la vie civile le 24 septembre 1903, il sera mobilisé le 3 août 1914 au 2e bataillon territorial de chasseurs alpins (B.T.C.A.) à l’intérieur jusqu’au 6 octobre 1914.
Il rejoint officiellement la zone des armées en campagne le lendemain, le 7 octobre.
Il meut des suites de blessures de guerre le 19 juillet 1915 à Saint-Léger-aux-Bois (Oise).
Ses camarades de la compagnie de
mitrailleuses ont envoyé ce témoignage extraordinaire et très savoyard, le cœur
et la croix :
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Quelle émotion !
Et voici le résultat avec ... :
La sépulture d’Auguste Bouvard se trouve à Saint-Crépin-aux-Bois :
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samedi 17 juillet 2010
Leçon de courage, espérer toujours
Voici Monsieur Martini vers 1960 :
« Et ce ne fut pas tout ! en 1961, donc à l’âge de 75 ans, il m’a fallu de nouveau faire connaissance avec le fameux billard.
« Constatez, que malgré tous ces avatars, je suis encore là. C’est que je n’ai jamais désespéré.
« Vous devez vous demander pourquoi je raconte tout cela. Je ne l’ai fait à personne si ce n’est à quelques uns de mes proches et par bribes. C’est que je n’aime pas beaucoup parler de moi, ni me raconter. Si je le fais, c’est pour vous démontrer par une expérience réellement vécue, qu’il faut toujours avoir confiance en l’avenir et ne jamais désespérer quand des coups durs nous frappent.
« Sylvestre Martini. »
vendredi 16 juillet 2010
Souvenir de l'hôpital 7 de Châtillon
Cette photo classique de l'époque - il y avait tant de blessés ! - nous montre l'adjudant Martini amputé assis à gauche au premier rang.
A l'opposé, debout à droite sur la photo, Mademoiselle Suzanne Testard, dame infirmière de la S.S.B.M. qui allait devenir son épouse.
lundi 5 juillet 2010
L'adjudant Martini est admis puis amputé à l'hôpital n°7 de Châtillon
« A l’hôpital j’ai été envoyé dans une salle où se trouvaient déjà plusieurs blessés convalescents et où j’ai été reçu par une sœur, la sœur Saint-Ignace, une bonne et sainte femme d’une compétence et d’une activité au-delà de tout éloge. J’ai encore dans l’oreille l’exclamation de cette brave sœur ! « Oh ! Mais c’est une momie qu’on nous amène ! ». En effet j’étais couvert de bandes des pieds à la tête à l’exception de mon bras droit et de ma jambe gauche. Il y avait dans cette salle outre la sœur Saint-Ignace une jeune et jolie infirmière. Mais n’anticipons pas !
« Mon état général s’améliorait et certaines de mes blessures étaient en bonne voie de cicatrisation, mais l’état de la cheville de ma jambe droite ne s’améliorait pas, bien au contraire, et la fièvre, chez moi, montait chaque jour un peu plus. La sœur Saint-Ignace s’est rendue compte que l’infection s’y était installée et la septicémie menaçait de gagner tout l’organisme. Elle suppliait le chirurgien de me couper la jambe. Ce dernier ne voulait rien savoir ; il avait sans doute des instructions pour éviter autant que possible les amputations, cela revenait trop cher à l’Etat. Puis, un jour, la brave sœur me pria de demander moi-même l’amputation de ma jambe. C’est ce que j’ai fait. Et me voilà de nouveau allongé sur le billard. C’était vers la fin du mois de juin 1916. Les anesthésies se faisaient alors au chloroforme pour la plupart. Cela présentait de gros inconvénients. Au départ on avait l’impression d’un étouffement mais les réveils étaient particulièrement pénibles et cela durait plusieurs heures après l’opération.
« N’allez pas croire que j’en avais fini avec le billard ! Quelques jours après mon amputation on a trouvé que quelque chose n’allait pas dans le moignon. On s’est aperçu qu’il y avait encore, incrusté, un vieil éclat qui avait été oublié. Il a fallu l’extraire. Donc nouvelle opération.
L'hopital 7 de Châtillon
Il est toujours émouvant de découvrir ces images.
Voici l'hôpital n°7 de Châtillon-sur-Seine.
Que ces bonnes-sœurs et ces jeunes femmes soient à l'honneur.
Elles ont approché la plus grande douleur humaine.
La jolie petiote sous le X reviendra dans ces communications :
dimanche 4 juillet 2010
Le futur Chanoine Kir de la 8e S.I.M. affecté à Châtillon
A propos du chanoine KIR, on se reportera utilement au blog d’une Châtillonnaise
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Hôpital 67 à Châtillon Félix KIR est le premier à droite Collection
Bibliothèque municipale de Dijon. Rés. 2581, cliché F. Perrodin |
Hôpital 67 à Châtillon Félix KIR est le premier assis à gauche Collection
Bibliothèque municipale de Dijon. Rés. 2581, cliché F. Perrodin |
Remarqué par l'abbé KIR sur le quai de débarquement de Châtillon-sur-Seine
Hôpital 67 – Sergent Félix KIR -Collection Charles
« Il y avait alors, à la gare, un caporal infirmier réserviste, chargé de recevoir les blessés. J’ai appris plus tard que ce caporal s’appelait l’abbé Kir. Plus tard il est devenu député et maire de Dijon comme vous savez. Ce caporal me dit donc : « Je vais vous envoyer dans un hôpital où vous serez bien soigné ! » Il y avait alors à Châtillon un hôpital militaire et un hôpital auxiliaire de la Croix Rouge. Normalement, j’aurai dû être hospitalisé à l’hôpital militaire, l’hôpital de la Croix Rouge n’étant pas qualifié pour recevoir les blessés d’un certain grade. Mais le caporal Kir m’a fait diriger sur l’hôpital de la Croix-Rouge. A la vérité il n’a pas dû s’inquiéter de mon grade d’adjudant.
« L’hôpital était assez éloigné de la gare et le problème de mon transfert s’est posé. Ce transport était effectué alors par une vieille torpédo découverte appartenant à un garagiste de la ville d’ailleurs infirmier à l’hôpital. Il n’y a pas eu de difficulté pour Maillard, mais en ce qui me concerne il n’a pas été possible de placer mon brancard sur la torpédo sans que l’une quelconque de mes nombreuses blessures ne porte sur l’un des montants de la torpédo. On s’est donc résigné à utiliser une petite charrette à bras dont les ridelles étaient placées de sorte que je ne pouvais rien voir de ce qui se passait autour de moi, par contre je voyais un beau ciel bleu – nous étions au début de juin – et la verdure des grands arbres qui sillonnaient les rues par lesquelles nous passions. Pour moi qui depuis deux ans n’avait vécu que dans des coins nus et désolés dévastés par les bombardements, c’était un enchantement. Pour le coup mon moral qui, comme je crois l’avoir dit, n’a jamais été très bas ne m’étant jamais interrogé sur mon sort, mon moral donc est remonté d’un bon cran.
Notice Félix Adrien KIR, extraite du Livre d’or du clergé et des congrégations 1914-1918
vendredi 2 juillet 2010
Train sanitaire de Revigny à Châtillon-sur-Seine
« On nous a mis dans le train en fin de journée. Ce n’était plus les trains de blessés du début de la guerre : des wagons à bestiaux – 8 chevaux 40 hommes. Le Service de santé militaire avait fait de gros efforts et apporté de grosses améliorations dans le transport des blessés. Pour ma part je me suis trouvé dans un compartiment de 4 couchettes absolument identiques à celui des wagons-lits de 1ère classe des trains actuels. Il y avait en outre un infirmier par wagon. Celui qui s’occupait de mon compartiment m’a dit, en passant : « On vous descendra à la station la plus proche où se trouve un hôpital ». Il avait jugé, sans doute, que je ne pouvais supporter un trop long trajet. Après avoir voyagé toute la nuit nous sommes arrivés en début de matinée en gare de Châtillon sur Seine où se trouvait justement des hôpitaux pouvant recevoir des blessés. La distance de Revigny à Châtillon n’est pas bien grande, mais la ligne de chemin de fer étant à voie unique, les trains se dirigeant sur le front avaient priorité sur ceux qui en revenaient. On m’a donc descendu dans un brancard sur le quai de la gare de Châtillon-sur-Seine.
« Ici, encore un souvenir. En même temps que moi a été descendu un blessé qui se trouvait, dans le train, dans la couchette au-dessus de la mienne. Il n’était cependant pas très grièvement blessé : il avait une blessure de la hanche mais il savait se plaindre. C’était un nommé Maillard, un fameux numéro, ancien braconnier : il se vantait d’aller braconner dans les bois de Maurice Barrès à Charmes en Lorraine. Il avait fait son service militaire dans les « Joyeux ». C’est tout dire. Nos brancards étaient placés sur le quai, l’un à côté de l’autre. A un certain moment Maillard me dit : « J’ai une soif de pendu, tu n’as pas quelques sous pour acheter un litre ? » J’avais enveloppé dans un mouchoir de poche attaché à mon poignet encore valide, ma montre bracelet et le peu d’argent que je possédais ; je lui réponds : « Prends ce qu’il te faut dans ce petit paquet ». C’est ce qu’il fit et il se fit apporter par un employé de la gare un litre de rouge qu’il but aussitôt après m’en avoir offert bien entendu. Bien entendu aussi j’ai refusé n’ayant besoin d’absolument rien que de repos et de silence.
jeudi 1 juillet 2010
Rapide passage de Sylvestre Martini à Revigny-sur-Ornain
« On ne séjournait jamais longtemps dans cet hôpital du front, la clientèle était nombreuse et se renouvelait sans cesse, la bataille de Verdun battait son plein, il fallait donc faire de la place pour d’autres arrivants. Sept à huit jours après ma rentrée on m’a transporté à Revigny, la gare la plus proche, par quels moyens ?
Baraquements de l’hôpital de Revigny-sur-Ornain
« Je ne m’en souviens plus, probablement par camions aménagés en ambulance. Là on a déposé les brancards de blessés dans la salle d’attente. De là encore un bon souvenir m’est resté. J’avais très soif – la fièvre assurément – j’ai demandé à boire, ça ne venait pas. Finalement une âme charitable m’a apporté un verre de limonade. Que cette limonade était bonne ! ! Le nectar des dieux olympiens ne pouvait être plus délicieux ni avoir meilleur goût !
mercredi 30 juin 2010
Sylvestre Martini reçoit la Médaille Militraire et déguste une orange
« Je me souviens seulement d’une chose. Cela a dû se passer le 26 ou le 27 mai [1916]. Je me trouvais sur mon lit d’hôpital encore à demi inconscient, lorsque plusieurs militaires, fortement galonnés, se sont approchés de mon lit, ont prononcé quelques paroles dont je n’ai rien compris et ils m’ont décoré de la médaille militaire. Ces messieurs ont dû se dire qu’il leur fallait se dépêcher de me décorer afin de me procurer une dernière joie avant de disparaître. Je dois avouer que cela m’a laissé totalement indifférent.
« Un autre souvenir, plaisant celui-là. Cela s’est passé quatre ou cinq jours après. J’étais couché dans mon lit avec beaucoup d’autres grands blessés comme moi. J’allai déjà mieux et j’avais repris toute ma connaissance. Deux dames s’approchent de mon lit, m’apportent quelques paroles de réconfort et me remettent quelques oranges. Ne pouvant me servir de mes mains, car la main gauche était entièrement bandée, elles en ont épluchée une et me l’ont fait sucer. Oh ! Que c’était bon ! Je n’ai jamais trouvé rien de plus délicieux. C’étaient deux institutrices du village voisin ; elles avaient sans doute appris que j’étais instituteur et que je venais d’Afrique du Nord : des oranges étaient sans doute la meilleure chose qu’elles puissent m’offrir. C’est tout de même beau la solidarité corporative !
mardi 29 juin 2010
Evaluation de l'état sanitaire de l'adjudant Martini
« Après quelques moments de repos on nous a replacés dans une autre ambulance un peu plus confortable – pas beaucoup plus – et nous sommes repartis par une route moins dure parce que pas exposée.
« Nous sommes arrivés, à la tombée du jour, à l’Hôpital de campagne de l’armée. C’était toute une série de très grandes tentes en toile. L’installation devait être aussi parfaite que possible pour l’époque.
« Aussitôt descendus des ambulances nous avons été pris en charge par des infirmières qui ont commencé par nous faire un peu de toilette nous en avions besoin. Ce qui s’est passé ensuite je n’en ai conservé aucun souvenir car je ne devais avoir qu’un tout petit reste de connaissance et de vie. J’ai appris par la suite que j’ai été opéré dans la nuit même. Cela a été ma première montée sur le « billard ». Il y en a eu bien d’autres après. J’ai su par la suite que le premier chirurgien qui m’a pris en charge était un professeur de la faculté de Paris qui avait le grade de commandant. Il est certain que je lui ai donné du travail et qu’il a dû mettre un certain temps, peut-être des heures pour me rafistoler. Pensez donc !
1° J’avais la jambe droite dans un triste état ; elle avait reçu de nombreux éclats, tellement que l’un d’eux a été oublié et il n’a été enlevé que bien plus tard – un mois après environ – à Châtillon-sur-Seine après mon amputation ; en outre la cheville de la jambe droite était broyée. On ne faisait pas de radiographie à l’époque. Quand il y avait un trou, on cherchait, quelque peu à l’aveuglette, l’objet qui l’avait fait.
2° Un éclat était entré dans le ventre, du côté droit, il avait eu la bonne idée d’aller se loger dans la hanche droite sans toucher aucun organe essentiel, un éclat intelligent en somme ! Toutefois il a occasionné une large et longue cicatrice.
3° Un éclat était entré dans l’épaule gauche, près de la clavicule sans la toucher, est passé sous l’omoplate sans abîmer ni l’os ni le poumon et il a terminé son parcours dans le dos à fleur de peau. Encore un éclat intelligent comme tous ceux qui m’ont frappé.
4° Un éclat avait atteint la joue gauche, juste en dessous de l’œil, il avait été se loger sous la peau du cou juste sous la mâchoire sans faire de gros dégâts. On n’a constaté sa présence que près de deux mois plus tard à Châtillon où il a été enlevé. Je l’ai conservé comme pièce à conviction.
5° Un éclat s’était logé dans le poignet gauche, à fleur de peau, sans briser le poignet.
6° Un autre, plus méchant, avait atteint la jointure de la phalange de l’index de la main gauche ce qui a amené le chirurgien à enlever la première articulation de ce doigt. Chose curieuse, les nerfs moteurs de ce doigt ont été préservés de sorte que je peux remuer ce doigt raccourci d’une phalange.
« Vous représentez-vous le travail que devait être le pansement de tout cela dans les jours qui suivirent la première opération ? Pour ma part, je n’en sais rien et pour une raison bien simple. On devait, à chaque fois, me replacer sur la table d’opération, sous anesthésie. Je me souviens cependant d’une chose, peut-être parce que cela m’a fait particulièrement mal et parce que l’anesthésie n’était pas totale : une longue mèche de gaze trempée dans de la teinture d’iode m’a été introduite dans le trou de l’épaule et faite ressortir par celui du dos comme si l’on ramonait une cheminée. Combien de fois ai-je été étendu sur le billard au cours de cette période ? Je l’ignore absolument, plusieurs fois assurément.































