mercredi 14 mai 2008
Débats à propos de l'amnistie lors du congrès de l'Union fédérale des associations françaises de blessés, mutilés, réformés
Congrès de Nancy de l’Union fédérale des
associations françaises de blessés, mutilés, réformés, anciens-combattants de
la Grande-Guerre et de leurs veuves, orphelins et ascendants, tenu les 15, 16
et 17 mai 1921
Chapitre
« AMNISTIE » pages 74 à 84.
AMNISTIE
Rapporteur :
FONTENAILLE
FONTENAILLE donne
lecture de son rapport
A DINAN, qui réclame
pour tous les anciens combattants une amnistie pleine et entière, les autres
associations opposent l’exclusion du principe même de l’amnistie des soldats
condamnés pour désertion, trahison ou crime
de droit commun.
S’appuyant donc sur
les cas où les conseils de guerre ont condamne rapidement des combattants
inculpés de peccadilles dénommées « incidents de combat », les
associations repoussent le projet d’amnistie voté par la Chambre des députés
qui, dit l’Union des Mutilés de Lyon, « ne distribue la clémence qu’au
compte-gouttes, tandis que les profiteurs de la guerre ou de l’après-guerre
vivent dans la tranquillité la plus parfaite ». Elles réclament alors une
loi d’oubli plus large, plus humaine et plus généreuse en faveur des soldats
condamnés du 2 août 1914 au 11
novembre 1918, et des sanctions énergiques contre les membres des conseils de
guerre coupables d’avoir condamné des innocents. La Fédération tarnaise, à ce
vœu général, ajoute une motion spéciale tendant à la révision du procès des
mutins de la Mer Noire et la mise en liberté des accusés (l’officier-mécanicien
Marty compris) : la Fédération bretonne voudrait la révision de toutes les
condamnations qui ont entraîné la mort des condamnés.
COLIN,
de Nice. — Messieurs, j’estime que l’amnistie, si elle fut trop large pour les criminels de droit commun, n’a pas été
assez large pour les crimes spéciaux prévus par le Code de justice militaire,
en raison des erreurs judiciaires trop nombreuses provoquées par l’application
de ce code vieillot, suranné, désuet, qui n’était pas conforme aux conditions
de la guerre moderne.
Avant
d’entrer dans ces explications, je tiens tout d’abord à vous dire que je ne
fais nullement profession d’antimilitarisme, ni ne voudrais vous inciter à l’antimilitarisme.
Je suis Vosgien ;
à quarante ans, je me suis présenté le premier comme volontaire territorial
pour renforcer les régiments actifs. Après la guerre en rase campagne, en
Lorraine j’ai fait deux ans de tranchées ; j’ai ensuite rempli pendant deux ans les fonctions
de commissaire rapporteur aux armées et j’ai
pu constater, soit comme officier d’infanterie, soit comme commissaire
rapporteur, les vices du Code de justice militaire, qui ont été la cause d’erreurs
très regrettables.
Je dis donc que le
Code de justice militaire n’était plus conforme aux conditions de la guerre
moderne, soit au point de vue des
articles visant les crimes et les délits soit au point de vue des articles
visant l’organisation de la justice militaire.
Au point de vue des
articles visant les crimes et les délits je veux vous faire apparaître immédiatement
la non-conformité de ces dispositions aux conditions de la guerre moderne, en
prenant pour exemple le refus d’obéissance et l’abandon de poste en présence de
l’ennemi.
Que
signifient ces termes « en présence de l’ennemi »? C’était clair, net
et précis dans la guerre en rase campagne.
Les termes « en
présence de l’ennemi », dans la dernière guerre de tranchées, manquèrent
de précision et prêtèrent à des interprétations différentes, contradictoires et
trop souvent regrettables.
Quelques vieux
officiers disaient : « En présence de l’ennemi signifie lorsque la troupe
est en formation de combat » ; d’autres soutenaient : « Un
soldat se trouve en présence de l’ennemi lorsqu’il est en tranchée de première
ligne, en soutien de première ligne » ; d’autres allaient plus loin
et prétendaient que le soldat était en présence de l’ennemi lorsqu’il se
trouvait en tranchée de deuxième ligne, de troisième, même en réserve en cas d’attaque.
Bref, personne n’était
d’accord et on est arrivé à ce résultat monstrueux : c’est que par exemple
un militaire qui abandonnait son poste dans une tranchée de première ligne, d’un
calme parfait, alors que l’ennemi ne manifestait aucune activité, pour aller
serrer la main de son frère dont il avait appris l’arrivée récente dans la
tranchée voisine, était condamné comme coupable d’abandon de poste en présence
de l’ennemi (mort), tandis qu’un artilleur d’une batterie en position à quinze
kilomètres de là, à quinze kilomètres du front, qui fuyait son poste parce que
sa batterie était soumise à un bombardement violent, n’était reconnu coupable
que d’abandon de poste sur un territoire en état de guerre.
Autre
exemple : un militaire qui refusait de porter la soupe à ses camarades de
tranchée, parce que ce n’était pas son tour, alors que la vie de tranchée était
devenue vie de caserne en raison de l’inactivité prolongée de l’ennemi dans ce
secteur, était condamné comme coupable de refus d’obéissance en présence de l’ennemi
(mort), tandis qu’un soldat faisant partie d’un centre d’aviation et refusant d’obéir
au moment de l’attaque d’une escadrille ennemie n’était considéré que comme
coupable de refus d’obéissance sur un territoire en état de guerre.
Ne trouvez-vous pas
que c’est inique et que les articles qui contiennent les termes « en
présence de l’ennemi » sont à réviser parce qu’imprécis ?
En attendant cette révision,
puisque la loi d’amnistie n’a pas
compris les crimes de refus d’obéissance et d’abandon de poste en
présence de l’ennemi, nous devons demander au Gouvernement d’étendre l’application
de l’article 20 bis de la loi d’amnistie
a tous les conseils de guerre, pour permettre la révision des condamnations
prononcées pour ces crimes, révision à laquelle il sera procède par une
commission de magistrats civils composée le plus possible d’anciens
combattants, chargée d’étudier les dossiers et de soumettre au garde des sceaux
ceux qui paraîtraient devoir faire l’objet de la procédure de l’article 20bis
de la loi d’amnistie, étendue à tous les conseils de » guerre et non plus
seulement réservée aux cours martiales.
C’est d’autant plus
nécessaire qu’il est arrive que des condamnations pour mutilations volontaires
(abandon de poste devant l’ennemi) ont été prononcées par erreur.
Comme commissaire
rapporteur, j’ai été témoin des faits suivants :
Certains
soldats de ma division avaient été blessés a Verdun a courte distance ;
dès qu’ils étaient arrivés dans les hôpitaux d’arrière, les médecins militaires
s’écriaient : « Blessure à courte distance, mutilation volontaire. »
J’ai instruit ainsi à
l’égard de nombreux soldats qui avaient été transférés des hôpitaux d’arrière
comme prévenus de mutilation volontaire parce que blessés à courte distance ;
heureusement, au cours de mes informations, j’ai pu découvrir des témoins qui m’ont
affirmé que ces soldats avaient été blessés soit par leur imprudence, soit par
l’imprudence de leurs camarades, soit par les Boches.
Je crois vous avoir
suffisamment démontré par ces exemples que le Code de justice militaire ne s’adapte
plus aux conditions de la guerre moderne, au point de vue des articles visant
les crimes et les délits.
J’en arrive,
Messieurs, aux articles qui organisent la justice militaire.
Pendant cette guerre,
les généraux avaient des pouvoirs de droit et des pouvoirs de fait encore plus
grands.
Le
pouvoir de droit consistait en l’ordre d’informer donné par les généraux. Mais
trop souvent on appliquait l’article 156, qui permettait de donner un ordre de
mise en jugement sans instruction préalable. La citation était faite
immédiatement. Le conseil se réunissait après le délai de vingt-quatre-heures.
C’était
une procédure trop sommaire qui donnait des résultats pratiques déplorables, l’accusé n’ayant pas le temps de préparer sa défense,
son défenseur n’ayant pas le temps de consulter le dossier et de faire procéder
a toutes mesures d’informations utiles.
Cette procédure
dangereuse s’aggravait en raison des pouvoirs de fait des généraux qui
pouvaient choisir et désigner eux-mêmes les juges qui devaient composer le
conseil.
Etaient trop souvent
écartés les officiers à titre temporaire.
Le
général convoquait ensuite le président du conseil et lui faisait part,
malheureusement souvent, de ses conceptions et de ses désirs, pour ne pas
employer une autre expression.
Donc le conseil de
guerre était trop sous la dépendance du commandement. Et M. MATTER, chef de la
justice militaire, qui fit de fréquentes inspections, a pu s’en rendre compte.
Il en était de même
des commissaires rapporteurs.
La plupart étaient
des officiers de carrière. Qui dit officiers
de carrière veut dire par cela même des hommes de devoir et de droiture mais
forcés de ménager leur carrière et par suite subissant trop facilement l’influence
de leurs chefs ; d’hommes ignorant d’ailleurs le droit ou ne le comprenant
pas, parce qu’ils ne distinguent pas bien ce qui différencie les sanctions disciplinaires et les sanctions
judiciaires. J’ai entendu un certain commissaire discuter la préméditation au
sujet d’un homicide par imprudence.
Il convient donc de
demander au Gouvernement de modifier l’organisation des tribunaux militaires et
de créer un corps autonome d’officiers de justice militaire.
CHARREY. — Après les
explications que vient de nous donner le camarade COLIN, je viens vous parler d’une
affaire que vous connaissez bien. C’est l’affaire d’hommes qui, innocents, ont
été condamnés à mort. Vous savez que Vichy a eu l’insigne honneur de faire
casser par la Cour de cassation le jugement concernant l’affaire de Vingré. Il
faut que nous obtenions la révision des procès qui ont condamné de nombreux innocents…
Bien qu’ils soient
morts, il reste un point excessivement pénible (ils auraient pu être tués dans
les combats) : c’est que les veuves, les orphelins et les vieux parents qu’ils
ont laissés ont sur leur conscience un déshonneur qui est inadmissible. Je vous
demanderai, par conséquent, afin d’être très bref, et aussi étant donné les
difficultés que nous avons rencontrées, de sentir que l’Union fédérale tout
entière est derrière nous pour obtenir du Gouvernement non seulement que la révision
de tous les procès soit faite, mais aussi que tous ceux qui ont participé à la
condamnation des innocents soient chassés de l’armée. Je vous demanderai tout
simplement d’accepter le vœu que nous avons adressé au Ministère de la Guerre,
de façon que l’Union fédérale soit derrière nous pour nous appuyer de toutes
ses forces. Voici le vœu que nous avons émis :
« Le Congrès
déclare solennellement prendre d’abord en considération le vœu des camarades de
Vichy, libellé ainsi qu’il suit :
« Vu l’arrêt de
la Cour de cassation, aux termes duquel les six martyrs de Vingré ont été
reconnus innocents ;
« Vu le jugement
de réhabilitation démontrant d’une façon formelle que ces Français, condamnés à
faux par un conseil de guerre, n’ont été mis à mort que par manière de
représailles ;
« Considérant
que cet arrêt tardif, bien que conforme à une saine justice, ne » saurait
réparer entièrement les souffrances morales et le préjudice causé à l’honneur
de ces hommes héroïques, ni effacer les angoisses et les larmes versées par
leurs veuves, leurs petits orphelins et leurs vieux parents ;
« Considérant
que la vie d’un citoyen, serait-il soldat, ne doit pas être à la merci des
supérieurs à qui leur irresponsabilité confère tous les droits ;
« Considérant
que seules des sanctions appliquées avec la dernière sévérité montreront l’abus
à ceux qui portent sur leur conscience la mort des six braves du 298e
régiment d’infanterie ;
« Le Congrès
adresse aux pouvoirs publics les vœux suivants :
« 1° Que le
chef de bataillon G... et le lieutenant P..., dont la culpabilité est
démontrée, soient de suite destitués de leur grade, radiés de l’armée et de l’ordre
de la Légion d’honneur, sans préjudice des actions pénales à exercer contre
eux ;
« 2° La
mise en disponibilité immédiate des membres du conseil de guerre ayant prononcé
la condamnation à mort par ordre et leur mise en jugement ;
« 3° Qu’à l’avenir,
pour prévenir le renouvellement d’injustices aussi irritantes, il soit inscrit
en gros caractères sur tous les règlements des Ministères de la Guerre et de la
Marine la préface suivante :
« Officiers de tous grades, qui avez à charge
l’éducation militaire des hommes placés sous vos ordres, rappelez-vous
toujours, si vous avez à prendre une sanction contre eux, qu’il faut vingt ans
à un père et à une mère pour faire un soldat »
« En outre, le
Congrès,
« Considérant
que le Code de justice militaire utilisé pendant la guerre de 1914 à 1918 a pu
être interprété par les conseils de guerre de façon tout à fait différente, ses
articles n’étant pas adaptés aux conditions de la guerre moderne,
« Demande :
« 1° La
révision de toutes les condamnations non amnistiées prononcées pendant la
guerre par des conseils de guerre, au sein d’une commission siégeant au
Ministère de la Justice et composée de juges civils anciens combattants ;
« 2° La
refonte complète du Code de justice militaire ;
« 3° Des
sanctions pénales et disciplinaires contre les auteurs responsables des
condamnations injustifiées ;
« 4° L’amnistie
très large pour les anciens combattants non coupables de crimes de droit
commun, à l’exception des insoumis, des déserteurs à l’étranger et des
traîtres ;
« Décide :
« Qu’au cas où
le Gouvernement ne prendrait pas l’initiative de la révision de la législation
en vigueur, les associations de l’Union fédérale s’abstiendraient de prendre part
aux fêtes officielles à caractère militaire. »
DEROCHE,
de Montluçon. —Je demande » que ces discours soient sténographiés et
envoyés à tous nos députés.
VINÇON. — Chers amis,
nous venons d’entendre des exposés que certains camarades qui se prétendent
défenseurs de la cause des mutilés au Parlement auraient bien fait de méditer
auparavant. J’estime que ce que nous faisons la — émettre des vœux sur une loi
qui vient d’être votée — est inopérant. Comment ferez-vous pour faire réviser
tous ces cas ? Cela va entraîner l’Union fédérale, sachez-le, à faire
elle-même quelque chose ; et je suis sûr que vous êtes d’accord avec moi
pour demander que l’Union fédérale prenne a son compte la révision des cas qui
lui seront signalés dans les fédérations. De deux choses l’une : vous
allez demander la révision de la loi d’amnistie, vous allez avoir affaire aux
camarades qui sont au Parlement. Je voudrais bien demander l’explication d’une
seule au camarade About : l’article 113 de la loi d’amnistie. La question
de confiance a été posée à la Chambre ; le camarade VIDAL s’est empressé
de voter contre tous les discours que vous venez d’entendre aujourd’hui Vous
voyez que si l’Union fédérale ne prend pas à son compte la révision des procès
et ne se pose pas en partie civile pour les familles, c’est une chose
inopérante.
ROBERT. — Je demande
une précision ; je demande au Congrès d’ajouter au vœu du camarade de
Vichy la formule suivante : « Si satisfaction ne nous est pas donnée
de la révocation des officiers en question qu’on vient de nommer, le 14
juillet, à 9 heures du matin, toutes les sociétés affiliées à l’Union fédérale
organiseront une protestation d’ensemble ». Il faut quelque chose d’énergique,
ce sont les vœux du tombeau.
FONTENAILLE,
rapporteur. — Nous sommes tous d’accord avec le camarade de Vichy et avec le
camarade ROBERT. Quant à ce qui me concerne, puisque j’ai à m’occuper de la
question, je suis saisi, d’après mandat du Conseil d’administration, d’une demande de révision de condamnation au
sujet de la condamnation du soldat Marcel Eloi, du 106e R. I., qui a
été condamné pour s’être maquillé et qui ne s’était pas maquillé ; d’ailleurs
son capitaine, qui avait témoigné contre lui, malgré les témoignages de
camarades, s’est suicidé deux jours après. Ce sera la première démarche de l’Union
fédérale à propos de la loi d’amnistie, ce sera un précédent que nous allons
faire, aussi bien pour les fusillés de Vingré — l’affaire du 336e n’est
pas classée, elle est réclamée. La Cour va avoir à se prononcer. Nous faisons
nôtre le vœu de Vichy et ses conclusions, aussi bien que nous prenons l’engagement
de soutenir le principe de la révision de toutes les condamnations qu’on nous
signalera, mais il faudra nous présenter des dossiers complets.
CHARREY
— Est-ce que l’Union fédérale va prendre l’initiative de présenter des demandes
de révision du Code de justice militaire, afin que pour les condamnations
prononcées à tort, des dispositions soient prises contre les auteurs responsables,
parce que vous admettrez qu’à l’heure actuelle, ayant la classe 1919 sous les
armes, il y a de malheureux jeunes gens qui vont passer devant les conseils de guerre,
il faut que les juges aient conscience de leur responsabilité et ne condamnent
pas les innocents à tort.
PERNET.
— Est-ce que la proposition de notre camarade ROBERT sera à l’ordre du
jour ? Parce qu’en somme : protestations, manifestations, j’ai bien
peur qu’à cette occasion des organisations qui n’ont rien du tout de
combattants et de mutilés profitent de cette manifestation, dans laquelle nous
aurons, nous, mis un caractère qui nous concerne et pourraient, elles, l’accaparer
et la faire dégénérer en autre chose. Je demanderai plutôt l’abstention de nos
associations de toutes les organisations, manifestations et fêtes similaires,
défilés, etc. Comprenez-vous, c’est pour que, dans la rue, nous n’arrivions pas
à une émeute, et que ce que nous faisons dans un but de justice ne puisse se
transformer en une manifestation politique déplacée, de façon à ce que nous
gardions personnellement les responsabilités de notre disposition.
BAT. — Le camarade ABOUT
est occupé à la Commission des pensions et il m’a chargé de vous dire
ceci : « Vous ne pouvez rien faire en ce qui concerne la loi d’amnistie,
parce qu’elle est ratifiée par le Sénat ; vous pouvez simplement demander
au Gouvernement de l’appliquer dans un esprit très large. »
JOHANN. — Nous avons
adressé un vœu de semblable importance, un vote à tous nos députés, je puis le
dire, l’année dernière, lors du vote de la loi d’amnistie. Trois de nos députés
avaient voté pour. Cette fois, ils ont voté à cinq l’article 113 ; il y a
eu seulement 40 voix de différence, dans lesquelles MAGINOT et VIDAL ont voté
contre. Si toutes les associations avaient fait effort, comme la Nièvre, nous
aurions obtenu la majorité. Il faudrait donner dans toutes les associations la
conduite à suivre. J’ai su cela par Victor REGNIER. Il m’a dit que la loi d’amnistie
ne pouvait pas passer au moment où il avait été appelé par le ministre de la
Guerre. Le moment était très mal choisi pour appeler le vote sur l’amnistie.
VINÇON.. — Je demande
que la Commission se prononce sur le fait qu’un camarade refuse de venir s’expliquer.
Le PRÉSIDENT. — Je
demande qu’on passe immédiatement au vote du vœu proposé par le camarade de
Vichy en ajoutant celui du camarade de l’Isère et en précisant qu’on
manifestera en refusant de se présenter à toute fête militaire, non pas à Paris
seulement, mais dans toute la France.
ROBERT. — Je me rallie
aux deux propositions. Le préfet vient de prendre un arrêté interdisant toute
manifestation pour laquelle on n’a pas l’autorisation préfectorale. Le préfet
va nous serrer les flancs. Nous sommes les promoteurs, nous ne l’organiserons
pas.
COLONGES.
— Je me rallie à cette proposition, mais j’ajoute que le Congrès pourrait bien
demander à toutes les sociétés qui ont l’intention de participer à ces fêtes
des décorations du 14 juillet de ne pas prendre part aux revues du 14 juillet
si les officiers responsables de l’affaire de Vingré ne sont pas révoqués.
BARTHELEMY.
— J’ajoute ceci : c’est que je fais partie de l’association générale des
Officiers de complément. Cette association a demandé la même chose.
ROBERT.
— Il nous arrive une idée excellente qui dit que nous devons déjà prendre
position pour cette campagne et que demain, avant d’aller au banquet, nous
allions par ordre en cortège régulier, sans rien dire du tout, déposer nos vœux
au préfet de Meurthe-et-Moselle.
LONGERON. — Nous parlons
manifestation. Quoique vous n’ayez pas été mis au courant, — je l’ai d’ailleurs
regretté à la réunion du Conseil d’administration, c’est-à-dire samedi soir, —
je dois vous dire que je me suis fait attraper de belle façon. Puisque l’occasion
vient d’en parler, eh bien, dans une réunion précédente, le 17 mars, nous
avions décidé, au moins en principe, qu’il y aurait peut-être une manifestation
par l’Union fédérale, manifestation où seraient conviées, non pas seulement
toutes les fédérations, mais toutes les sociétés de province, manifestation qui
s organiserait sur la place du Trocadéro et se rendrait au Parlement soumettre
aux commissions, aux députés, toutes les questions qui nous intéressent et qui
n’ont pas été résolues. Elles sont nombreuses, parce que, depuis l’année
dernière, beaucoup de lois ont été mises sur le chantier et aucune n’est encore
sortie aujourd’hui. La question de l’amnistie vient se lier aux autres
questions. Tout à l’heure, vous aurez à décider. Lorsque je l’ai demandé à CASSIN,
on m’a répondu ceci : que si les projets ABOUT, en ce qui concerne les
pensions, et les projets sur les emplois réservés ne venaient pas en discussion
avant le 20 mai, nous devions faire une manifestation. C’est pourquoi il paraît
que cela viendra en discussion après la rentrée de la Chambre. Vous aurez donc
à prendre une décision là-dessus. Je vous demanderai donc de réserver cette
question de manifestation au moins jusqu’à l’assemblée plénière, et c’est au
ministre qui doit venir demain, c’est à lui qu’il faut prouver notre vitalité,
parce qu’il est le délégué du Gouvernement. Il portera au Gouvernement vos
sentiments. Il dira : « Je suis allé dans un congrès de mutilés ;
je m’attendais à recevoir des fleurs, j’ai glissé sur une pelure d’orange. »
On a voté une loi où le Gouvernement est intervenu. Eh bien ! Cette loi d’amnistie
ne donne pas satisfaction aux mutilés parce que, comme toujours, on continue à
taper sur les petits. Et pour les gros, on passe dessus, on laisse marcher, et
de toutes les affaires que vous avez mises dans les journaux, il y a déjà
quelque temps, aujourd’hui vous n’entendez plus parler. Si vous voulez, à l’assemblée
plénière, décider votre manifestation, nous pourrions décider aussi que l’Union
fédérale s’engage par des votes, par des tracts, à prendre position, notamment là-dessus.
L’an dernier, nous avions déjà demandé que l’amnistie soit faite d’une façon
très large. Laissez de côté la question de droit commun. Eh bien ! Il n’y
a rien été fait. En effet, le général D..., je crois est encore en Algérie et
aucune sanction n’a été prise contre lui. Par conséquent, je vous engage à
attendre l’assemblée plénière et à décider ensuite s’il y a lieu de faire une
manifestation ; d’ailleurs, ROGÉ nous donner son avis là-dessus. Mais je
ne crois pas qu’il sera possible de faire dès aujourd’hui, comme le disait
ROBERT, une manifestation plutôt platonique pour aller porter un cahier de revendications au préfet, alors que
demain nous aurons le ministre.
BENASSY. — L’année dernière on a demandé qu’on ne
comprenne pas les déserteurs à l’étranger, les insoumis. Je vous demande qu’une
proposition soit faite, parce que les déserteurs à l’étranger et les insoumis ne peuvent pas être mis avec les déserteurs.
En Suisse et ailleurs nous avons, en effet, des déserteurs qui ne
demandent qu’à revenir en France « pour se fiche de notre
gueule » ; ils se sont reposés pendant que nous étions au front.
COLIN. — Ces déserteurs ne sont pas intéressants. Il y
a une différence énorme entre les déserteurs à l’étranger qui n’ont jamais fait
la guerre, qui ont fui au moment de la mobilisation, et les déserteurs du
front, ceux qui ont été condamnés tantôt pour désertion en présence de l’ennemi
ou à l’ennemi. Les éléments caractéristiques de ces deux crimes sont les mêmes
par une défectuosité du Code.
En effet, rappelons-nous un mot du maréchal NEY :
« Quel est le couillon qui peut se vanter de n’avoir jamais eu
peur ? » Un soldat qui a toujours été un vaillant combattant peut
fléchir à un moment donné ; il mérite des circonstances atténuantes ;
il mérite d’être pardonné par l’amnistie », s’il a fait son devoir
auparavant.
Je vais plus loin au
sujet des condamnés pour désertion à l’ennemi, car pour quelques-uns il n’a pas
toujours été établi que, s’ils se sont rendus, ce soit de leur faute.
Vous savez tous ce
que c’est qu’un petit poste ; deux hommes s’y trouvent ; ils peuvent
être facilement enlevés. S’ils ont été placés en l’air par la faute du
commandement, le commandement ne dira naturellement pas : « C’est de
ma faute. » Il affirmera, au contraire, qu’ils sont passés à l’ennemi et
ils seront condamnés.
Nous devons donc
demander l’extension de l’article 20 de la loi d’amnistie même en faveur des
déserteurs à l’ennemi.
DANIEL. — Messieurs,
vous demandez la révision parce qu’il faut avant tout la faire. Je voudrais
que, de même qu’on a fait pour la Commission FAYOLLE, je voudrais qu’à l’appui
du vœu du camarade, il puisse y avoir de nos camarades dans ces commissions.
HÉRAUD. — Je prie nos
camarades de ne pas faire de surenchère Nous sommes en train de nous plaindre
des juges qui ne sont pas compétents et nous allons demander à d’autres juges,
pas plus qualifiés, de réviser les jugements ? Il y a là une erreur de
tactique. Si les juges militaires ont mal jugé, c’est que, d’une part, ils n’y
connaissaient rien. C’étaient des gens de bonne foi, souvent, et souvent aussi
ils croyaient que les ordres supérieurs devaient influer sur leur conscience de
juges. D’autre part, vous ne vous rendez pas compte combien il est difficile d’étudier
un dossier. Ils ne sauraient pas faire cette révision. Ne demandez pas des
choses qui sont simplement des motions condamnées à un enterrement de première
classe.
FONTENAILLE. — Je
demande que les dossiers soient confiés à un ancien combattant et que les juges
soient des anciens combattants. (Suite de la lecture du rapport.)
1° La question
est adoptée.
2° La question
est adoptée.
3° La question
est adoptée.
4° La question
est adoptée.
VINÇON. — Votre ordre
du jour est très bien, mais je serais de l’avis de beaucoup, pour savoir si on
aura au moins, demain, une parole autorisée du ministre des Pensions, qui a
voté contre, s’il s’engage devant le Congrès à défendre le projet devant le
Conseil des ministres.
THOMAS. — L’exclusion
de toutes manifestations où nous sommes invités par des municipalités à
accompagner une cérémonie militaire.
LE PRÉSIDENT. — Je
mets aux voix l’ensemble de l’ordre du jour.
VINÇON. — Vous allez
donner un ordre du jour à un monsieur qui a voté contre il y a huit jours, et
alors, en cas de refus, que ferez-vous ?
VAILLANT. — Quelles
mesures prendrez-vous ?
VINÇON. — Ne pas
assister au banquet officiel.
CHAREY. —Je me rallie
au vœu du camarade VINÇON. Dans le cas où le ministre ne voudrait pas nous
soutenir, que nous placions le banquet sous la présidence d’honneur de toutes
les victimes des conseils de guerre.
PÉRET. — II ne faut
pas mettre en demeure le ministre, il n’y a qu’à lui remettre l’ordre du jour ;
il nous donnera l’engagement de le soutenir auprès du Parlement.
UN DÉLÉGUÉ de Montluçon.
— Je vous demande que nous envoyions l’ordre du jour au ministre des Pensions
avec la copie du discours du camarade qui a été commissaire rapporteur et qui a
assisté très longtemps aux jugements des conseils de guerre, et que la copie du
camarade soit envoyée appuyée par toutes les fédérations, de façon à ce qu’on
prenne position avec tous les députés anciens combattants pour arriver à un
résultat.
ROBERT. — Vous
invitez le ministre à présider votre banquet ; je crois qu’on obtient
davantage par la persuasion. Si, dans l’Isère, nous avons l’effectif que nous
avons aujourd’hui, si nous avons obtenu des résultats, c’est très souvent en
renversant les encriers sur les bureaux ; mais j’en tire la conclusion
que, par la persuasion, on arrive à beaucoup de choses. Eh bien ! Demain,
qu’on invite le ministre ou qu’on ne l’invite pas, un représentant de la République
ne peut pas vous dire : « Je peux défendre votre cause. » Vous
ne pouvez faire qu’une chose : lui remettre l’ordre du jour en espérant qu’il
le défendra, comme vous le feriez si vous le portiez au préfet, mais vous ne
pouvez pas lui demander son avis en plein banquet.
ROGÉ. — Je suis
obligé d’être poli, puisque je reçois le ministre. Je demande une chose très
simple, c’est que les camarades qui veulent nous faire faire des commissions
galeuses veuillent se charger de les faire eux-mêmes. Je sais quand il faut
taper ferme ; on a rappelé tout à l’heure certaine carafe et certain verre
d’eau ; je suis prêt à recommencer, mais je ne voudrais pas que vous nous
mettiez dans l’obligation d’être incorrects. Il ne faut pas nous obliger à
prendre une attitude belliqueuse, il faut vous mettre à notre place ;
lorsque nous avons des revendications, il est difficile de les présenter et
plus difficile encore de les faire triompher. Il faut nous laisser la possibilité
d’être durs quand il le faut et polis et corrects quand il faut l’être.
VAILLANT. — Nous
sommes saisis de plusieurs idées :1° Il faut remettre demain au
ministre l’ordre du jour que nous venons de voter.
LONGERON. — Je
comprends très bien ce que vient de nous alléguer ROGÉ, c’est très juste. Le
ministre est invité aujourd’hui. Si nous lui télégraphions notre ordre du jour,
il hésitera à venir, et ce serait très fâcheux. Il y a quelque chose : cet
ordre du jour est lié à tous les ordres du jour ; il n’y a pas que cette
question qui est intéressante, toutes les questions sont intéressantes, c’est
le cahier entier des revendications qu’il faut que nous remettions demain entre
les mains du ministre, puisque les revendications seront terminées, et lui
demander l’engagement de le défendre tout entier.
VAILLANT.
— 2° Remettre au ministre le cahier des revendications générales. ROGÉ
fait un discours ; dans ce discours il précise quelles sont les
revendications générales de l’Union fédérale, il peut toucher un mot de la
question de l’amnistie que nous venons de poser, de façon que le ministre soit
obligé de nous donner son opinion à ce sujet.
ROBERT.
— Si nous ouvrons le débat, vous allez présenter un banquet de désunion et nous
allons recommencer, à ce banquet, l’assemblée plénière.
HÉRAUD.
— Je vous demande de laisser à votre président le soin de savoir ce qu’il dira
ou ne dira pas dans son discours. La remise du cahier de revendications s’impose,
mais dans d’autres commissions il y a eu aussi des questions très importantes
que nos camarades considèrent comme plus importantes que la loi d’amnistie.
Faisons confiance à notre président, quel qu’il soit demain ;
remettons-nous en à lui, ce sera un homme intelligent qui présidera, et surtout
pas d’incidents, on n’invite pas les gens à venir déjeuner pour les mettre en
accusation.
VAILLANT.
— Je vous propose d’adopter la proposition de Marcel HÉRAUD.
Adoptée
à l’unanimité.
mardi 13 mai 2008
Congrès de Nancy en 1921
Les 15, 16 et 17 mai 1921, s'est tenu à Nancy le congrès de l'Union fédérale des associations françaises de blessés, mutilés, réformés anciens combattants de la Grande-Guerre et de leurs veuves, orphelins et ascendants.
mardi 18 mars 2008
Hommage aux infirmières à l'Hôtel des Invalides
Sur un des piliers de la nef de l'église Saint-Louis des Invlaides se trouve apposée une plaque, hommage des soldats français à leurs infirmières :
mercredi 30 janvier 2008
Le monument national aux infirmières à Pierrefonds (Oise)
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C'est le 20 août 1918 qu'un
bombardement aérien tua Melle Jeanne Jalaguier, infirmière militaire à
l'hôpital chirurgical. Cet hôpital ambulance n°226 était installé dans le parc
de l'ancien Hôtel des Bains à Pierrefonds. Rares sont les sépultures militaires
d'infirmières.
Pour commémorer ce moment
douloureux dela
Grande-Guerre, les anciens-combattants ont élevé place de
l'hôtel de ville de Pierrefonds un monument national "aux
infirmières", qui rappelle tout spécialement le sacrifice de Jeanne
Jalaguier.
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Voici la façon dont fut
annoncée la constitution d’un Comité du Souvenir en vue de l’érection du monument
national aux infirmières :
« … Vous possédez au plus haut degré les nobles et traditionnelles
qualités de l’Infirmière qui sait où commence son devoir et ne sait jamais où
finit son dévouement… »
Ces notes extraites du livret d’une Infirmière de la Grande-Guerre, tuée à
son poste alors qu’elle réconfortait par sa présence, son calme et son courage,
les blessés de son ambulance, ne sont-elles pas, pour ceux qui ont fait la
guerre, un réconfortant souvenir ?
Plus de 50 000 femmes et jeunes filles ont, dans un élan du plus
pur patriotisme, sacrifié le bien-être d’un foyer pour se consacrer au
soulagement de nos malheureux camarades, les uns gravement blessés, les autres
atteints de maladies souvent contagieuses.
Aucune tâche ne les a repoussées et, avec un dévouement infini, une
abnégation stoïque, elles accomplissaient, toujours et sans bruit, leur devoir
et parfois les plus pénibles besognes.
Elles appartenaient à toutes les classes de la société et toutes
étaient animées d’un élan de charité vers la souffrance et rappelaient au
Poilu, par leur douceur et leur abnégation : une mère, une épouse, une sœur.
Parmi tant de dévouement librement consenti, sait-on que plus de 250
Infirmières sont mortes pour la France, les unes tuées par bombardement, les
autres décédées des suites de maladies contagieuses contractées au chevet de
leurs malades ?
Jusqu’à ce jour aucun monument n’a été élevé à la mémoire de ces héroïques
françaises mais, sur l’initiative d’un groupe d’Anciens Combattants de
Pierrefonds, un Comité d’Action vient de se constituer pour réparer cette
omission et faire élever un Monument National aux Infirmières Françaises mortes
pour la France.
Il s’adresse à tous les Anciens Combattants sans distinction d’Associations,
d’idées politiques, de religion ; aux riches comme aux modestes ; aux
simples Poilus comme aux Officiers ; aux Ascendants ; aux Veuves ;
à tous ceux qui doivent un tribu de reconnaissance à ces admirables femmes.
Les temps sont difficiles, dira-t-on, mais le sacrifice consenti n’en
sera que plus méritoire. Le Comité est certain que vain ne sera pas son appel
et que tous les Français voudront s’associer à cette Œuvre du Souvenir.
Siège : 1, rue de Compiègne, à PIERREFONDS (Oise)
TRÉSORIER GÉNÉRAL : Comte PILLET-WILL, 31, rue de Lisbonne, Paris
(8e)
Source : Almanach du Combattant 1934.
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lundi 28 janvier 2008
Réinstallation du tableau "Le Départ" à la Gare de l'Est
C’est le 18 janvier 2008 que le tableau d’Albert Herter a
été réinstallé dans le « hall Alsace » de la gare de l’Est. Je
connaissais aussi ce hall sous l’appellation « Départ Grandes Lignes ».
Après restauration il trouve une place où il est mis en
valeur.
Vous pouvez vous documenter ici : ICI
samedi 24 novembre 2007
Sous-lieutenant Robert IBELS 1895-1917 du 411e R.I.
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Comme
tous les jeunes gens fauchés par la guerre, Robert ne fit que passer dans la
vie et, si son nom ne peut périr, s'il s'inscrit en lettres indélébiles parmi
ceux de ses camarades, il le doit, hélas ! à sa fin qui fut, selon le mot du
poète, « éblouissante et brève ».
Né à Paris le 11 février 1895, il manifesta de bonne heure un vif penchant pour
les questions artistiques. Il avait, il est vrai, de qui tenir, étant le fils
de ce hardi dessinateur qu'est H. G. Ibels.
Robert Ibels fut reçu au concours de l'école Estienne avec le n° 1. Autour de
lui se répandait une atmosphère d'heureuse camaraderie et cette atmosphère,
charmante et bien française, fut la même quand le jeune homme se trouva
transporté tout à coup, de l'école à la guerre parmi les simples soldats d'une
compagnie d'infanterie.
Il prit part — avec quel entrain ! — à l'attaque de septembre 1915, en
Champagne. Il était alors tout jeune caporal au 411e R. I. et, la
veille de l'offensive, il écrivait à ses parents une lettre hâtive qui se
terminait par ces mots admirables :
« Nous partons confiants,
tranquilles, joyeux d'être les premiers à monter à l’assaut, sûrs d'aller à la
gloire, si cruels qu'en soient les chemins. »
Dans le même régiment qui vit ses débuts, il gagna ses galons. Il était
sous-lieutenant quand, le 19 février 1917, il fut cité en ces termes de l'armée
:
« Un de ses hommes ayant été tué à quelques pas d'un poste allemand, et la
patrouille dont cet homme faisait partie ne parvenant pas à le ramener en
raison du feu intense de l’ennemi, est allé lui même et a réussi, malgré les
plus grosses difficultés et au prix des plus grands dangers, à ramener le corps
jusqu à la tranchée française.
Officier très brave payant toujours de sa personne et donnant le plus bel
exemple. »
Robert Ibels fut tué, le 19 août 1917, à la côte du Poivre, en avant de Verdun.
Pour prendre part à l'attaque, il avait abrégé sa permission alors en cours.
Avant d'expirer, il trouva la force dernière de crier : Courage, mes enfants !
Jurez-moi de nous venger ! »Un de ses hommes l'enleva dans ses bras en pleurant
de douleur.
L’œuvre encore inédite de Robert Ibels se compose de petits poèmes écrits au
front.
Roger RÉGIS.
LA TRISTESSE DE LA LUNE
Phœbé, pour qui briller en ces jours de rancœur,
Puisque tes blancs rayons n’éclairent que des tombes ?
Puisque ce n’est partout qu’atroces hécatombes,
Pour qui donc ce sourire indulgent et vainqueur ?
Ne
te souviens~tu pas de ces joyeux amants
Qui s’en allaient ardents au bras de leurs maîtresses ?
Ce n’était que baisers, ce n’était que caresses,
Et le vent, dans la nuit, te portait leurs serments.
Regarde
maintenant ces corps jonchant la plaine,
Regarde ce soldat et vois ce capitaine :
Tu les as reconnus, ton sourire se navre.
Et
la nuit frissonnante a senti dans ses voiles
La brise d’autrefois mêler jusqu’aux étoiles
A l’odeur du printemps un relent de cadavre.
Septembre 1916.
FUSÉES
La tranchée s’est drapée du linceul des ténèbres.
Pas une étoile au ciel. Le vent hurle à la mort.
Son chant semble l'écho de cent appels funèbres.
Le canon gronde au loin. Je suis seul, et tout dort.
Eblouissant
épi soudain jailli de l'ombre,
Une fusée s'élance et monte dans la nuit.
Elle éclaire un instant les cadavres sans nombre,
Retombe lentement, et meurt sans aucun bruit.
Comme
elle ma pensée parfois monte, rapide,
Vers la nuit du passé, qui s'éclaire, livide,
Sur le corps douloureux des anciens souvenirs.
Vers
les champs de l'Oubli, où dorment pour toujours
Nos rêves envolés, nos espoirs, nos amours,
Que de fusées sous forme de soupirs !
Robert
IBELS.
Né à Paris le 11 février 1895. Tué à la Côte du Poivre le 19 août 1917.
Robert
Ibels repose tombe n°1063 de la nécropole nationale « Glorieux »
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Merci
à Jean-Luc Kaluzko pour la qualité du reportage sur le site de « Glorieux »
dimanche 11 novembre 2007
Juillet 36 - 11 novembre 36 - Le serment de Douaumont
A l’occasion du Rassemblement
international des Anciens Combattants qui eut lieu à Verdun, en juillet 1936, des
milliers de soldats alliés et ex-ennemis prononcèrent ensemble un serment de
paix : le serment de Verdun, sur les lieux mêmes où s’étaient affrontés
leurs courages.
Pour le 11 novembre de cette même
année un carte postale magnifiait cet engagement.
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11 novembre 1936. –
Parce que ceux qui reposent ici
et ailleurs ne sont entrés dans la paix des morts que pour fonder la paix des
vivants…
Et parce qu’il nous serait
sacrilège d’admettre désormais ce que les morts ont détesté…
La paix, que nous devons à leur
sacrifice, nous jurons de la sauvegarder et de la vouloir.
« Serment de Douaumont »
Jean Suberville écrivit un magnifique poème où il exaltait cette idée généreuse. Voici quelques extraits du manuscrit de Jean Suberville publiés dans l’almanach du combattant pour l’année 197, 40 ans après.
Nous irons à Verdun en colonne
profonde,
Peuple immense poussé par le
souffle d’un Dieu ;
Trois générations des quatre
coins du monde
Se lèveront ainsi pour gravir le
haut-lieu.
Ceux qui ne viendront point délègueront leurs âmes,
Pour que nous soyons là tous
ensemble à la fois ;
Et les morts à leur tour,
veillant comme des flammes,
Nous attendront là-haut dans la
forêt des croix.
Nous partirons, vieillis, mais
forts et fiers encore,
Chacun, de son pays, du seuil de
sa maison,
A l’appel de son coq, au feu de
son aurore,
Les yeux pleins de son rêve et de
son horizon.
Les longs trains en sifflant à
travers les nuits fraîches,
De Bayonne et de Metz, de Calais
et d’Embrun,
Seront en même temps lancés comme
des flèches
Qui toutes viseront le grand cœur
de Verdun !
Mais au lieu d’un bûcher où s’immole
la France,
Verdun ne dresse plus que son
phare éternel ;
Et nous irons vers lui conduits
par l’espérance,
Tels les mages suivant l’étoile
de Noël !
Nous serons tous là, devant l’Ossuaire,
Survivants et morts, croyant au
cœur pur,
Emplissant la nef de ce sanctuaire
Fait de terre sombre et de ciel
obscur.
Ces graves plateaux couverts de
ténèbres,
Où l’orgue des vents chante un
air mortel,
Etendront sans fin leurs tertres
funèbres
Et nous serviront de table d’autel.
Et sur cet autel nous mettrons
nos haines,
Nos coups de cafard, nos amours
aussi,
Nos nuits sans sommeil, nos
sueurs, nos peines,
Toute notre angoisse en tenant
ici.
La montée au Front dans la boue
épaisse,
Ce dur va-et-vient sans plus s’arrêter,
Double noria qui tournait sans
cesse
Et versait le sang de chaque
côté!
Nous mettrons le poids des morts
misérables,
Plus d’un million de crânes
séchés ;
L’espoir de leurs fils, ces
fleurs innombrables
Qui devaient sortir des printemps
fauchés !
Nous mettrons enfin les larmes
des mères,
Des veuves ainsi que des
orphelins,
Immense marée aux vagues amères
Dont tous les pays sont encore
pleins !
Nous ajouterons les exploits
sublimes,
Les drapeaux hachés et les croix
d’honneur,
Toute l’épopée atteignant les
cimes
Du renoncement et de la
grandeur !
… Devant le Ciel qui nous
entend, devant les hommes
Qui devront nous entendre aussi,
Nous qui venons de tous les pays
et qui sommes
Ceux qui se battirent ici.
Au nom de ceux qui ne sont plus,
de ceux qui vivent,
Et de ceux qui naîtront demain,
Contre et malgré les destins
noirs qui nous poursuivent,
Pour prix de tout ce sang
humain :
Nous voulons
qu’à jamais soit maudite la guerre
Et que, rois, soldats ou tribuns,
Pour régler nos conflits les
maîtres de la terre
Ne fassent plus d’autres Verduns !
Nous voulons une paix qui, sans
être éternelle,
Ne soit pas une illusion ;
Que le vol des corbeaux n’étende
point son aile
Sur chaque génération !
La souffrance des purs, des
forts,
Car la grande victoire est dans
la paix du monde,
Payée au poids de tant de
morts !
Et nous, les combattants de la
dernière guerre,
Comme autrefois sur tous les
fronts,
Nous jurons de veiller sur cette
paix si chère :
Devant ces morts nous le jurons ! »
Jean Suberville.
jeudi 4 octobre 2007
A Laon, graffitis à l'Hôpital
Lors des journées du patrimoine 2007, le Chamois était à Laon et il a pu découvrir de modestes graffitis sur les mœllons de la porte ancienne d'accès à l'hôpital.
Graffitis émouvants, souvenirs de soldats allemands montant la garde ?
En effet à droite du portail monumental se tient un bâtiment qui semble bien la conciergerie, facilement transformable en poste de police.
mercredi 3 octobre 2007
Est-ce le prochain Quinze national ? - 12e d'infanterie
Nos poilus sélectionnent
L’équipe de rugby du 1er bataillon du 12ème d’infanterie, triée sur le volet et sérieusement mise au point par nos poilus, n’a pas encore enregistré une défaite.
Il convient d’ajouter, toutefois, que cette équipe comprend des éléments de premier ordre, et qu’elle constitue un ensemble que n’eût pas désavoué la commission centrale pour son team national.
Voici, les noms de ceux qui la composent :
1° TOULET ( Aviron Réolais ) ; 2° BELLOC ( Mont-de-Marsan ) ; 3° MAURIBOT ( Bègles ) ; 4° SERBETTE ( US. Mirandaise ) ; 5° FAURE ( Stadoceste Tarbais ) ; 6° LAROTINE ( SA. Bordeaux-Talence ) ; 7° F. HAU, capitaine ( Stadoceste Tarbais ) ; 8° R. HAU ( Stadoceste Tarbais ) ; 9° BRENJOT ( FC. Lourdais ) ; 10° LASSINE ( SA Tarbais ) ; 11° LAMAISON ( Dax ) ; 12° FERRANDIER ( Stadoceste Tarbais ) ; 13° MASSON ( Dax ) ; 14° LARRIBAU, international ( Biarritz-Stade ) ; 15° MARTIN ( SA. Bordeaux-Talence ) ; 16° DOMEC ( FC. Lourdais ).
Ce team jouera à la première occasion contre un quinze commandé par HEDEMBAIGHT, l’international de Bayonne.
mercredi 26 septembre 2007
Sonnet à mon cuistot
Envoi de Jean Thaumiaux, caporal-fourrier. (1916)
A l’ami Laplanche.
Dans un hangar ouvert à tous les vents du ciel,
Entouré de tes plats, en ce temple du ventre,
Je t’aperçois, cuistot, toi qui vis en cet antre
Que trop pompeusement l’on nomme ton « hôtel ».
Tu sais, fort congrûment, en dispensant le sel,
Assaisonner, d’un mot, le profane qui entre
Attiré par l’odeur d’un mets que tu concentres.
Tu frises Ragueneau en surpassant Vatel !
Inspirant le respect, ta veste jadis blanche
Souvent sur un ragoût se déploie et se penche
Comme un vieux parchemin scellé de sceaux bien noirs...
Et tout autour de toi, une foule amassée
Tendant des quarts, s’agite et s’égrène, empressée
Te regardant verser, modeste, le Pinard.
lundi 17 septembre 2007
Aventures de rugbyman par Arnal du Racing
Avec les Anglais les bienfaits du sport.- A quoi sert le lancement du poids,
Je suis depuis 5 mois bientôt attaché comme interprète à l'armée anglaise et j'ai la chance de me trouver dans un milieu essentiellement sportif. Un de nos lieutenants est champion de boxe du Middland ; un autre est un ex-joueur de rugby du Leicester. Aussi quand l'heure du repos arrive, en profitons-nous pour « sporter », afin de nous maintenir en forme.
Cette guerre est assommante au fond. Non pas qu'elle entame notre moral. Mais combien était plus belle, la guerre de Cent ans, où l'on se battait sans cesse corps à corps, où la valeur individuelle parlait.
Il est vrai que 100 ans ! ...
Je suis « fit and well », quoique légèrement à court d'entraînement pour la course, ce qui est fort explicable : lorsque je ne suis pas à cheval, je rampe dans les tranchées. J'ai maigri. Mais, pour ce genre de guerre, mieux vaut ne pas être gros.
Le lancement du poids m'a servi par ici. Les Anglais ont, en effet, des petites bombes explosives rondes. Nous nous amusons à les lancer sur les Boches. On ouvre des concours, on tient des paris : c'est à qui placera le plus grand nombre de ces boules dans la tranchée allemande.
Voici quatre mois que nous bataillons dans les Flandres où, récemment, dans un petit coin perdu, je suis tombé en arrêt devant Sporting. Ce fut une heureuse surprise. J'ai eu également la bonne surprise de rencontrer GAUTHIER, du Stade, et le champion CARPENTIER.
Je crois que nous ne tarderons pas à bouger et vivement ; ce sera une façon certaine d'avoir de l'inédit.
ARNAL,
Racing Club de France.
International de rugby.
dimanche 16 septembre 2007
Sport au front, rugby, le 22 juillet 1915
RUGBY
Le 257ème d’infanterie a battu le 58ème d’artillerie par 9 points à 3. Les essais du 257ème furent marqués par ANOUILH, du SBUC., LACOSTE et DUTHIL, de la Section Bordelaise. L’arbitre était notre confrère DELPON, du « Sportsman » de Bordeaux.
samedi 15 septembre 2007
Le monument de Beaune-la-Rolande (Loiret)
Voici le monument de Beaune-la-Rolande (Loiret) photographié en septembre 2007.
http://www.beaune-la-rolande.fr/
Et les listes des morts :
vendredi 14 septembre 2007
Un nouveau monument à Barcy et une chanson (Seine-&-Marne)
C'est le samedi 8 septembre 2007 qu'a été inauguré à Barcy (Seine-&-Marne) un nouveau monument dédié à tous les combattants du champ de bataille de l'Ourcq, juste à côté du monument dit "Marbeau".
A cette occasion il a été chanté la chanson retrouvée récemment aux Archives Départementales à Melun dont voici les paroles, sur l'air bien connu de "C'est un oiseau qui vient de France"
Aux héros de la bataille de l’Ourcq
ROMANCE PATRIOTIQUE
Air : C’est un oiseau qui vient de France.
1er COUPLET
Près du village de Barcy,
Von Klück a connu la défaite ;
Quand il croyait prendre Paris,
Maunoury le mit en retraite.
Nos soldats montant à l’assaut,
Intrépides, pleins de vaillance,
Pour la défense du drapeau,
Tous ont marché sans défaillance.
Refrain :
Dans le fracas de la bataille,
Nos soldats, à l’âme française,
Volaient chantant "la Marseillaise", (bis)
Sous les obus et la mitraille.
2e COUPLET
L’armée qui défendait Paris
Un soir reçut l’ordre suprême :
« Ne reculez à aucun prix !
Devant la mort tenez quand même. »
Le Prussien déjà crie victoire,
Mais emporté dans la retraite,
Il sent qu’il a perdu sa gloire,
Et va connaître la défaite.
Refrain :
Sur les collines de la Brie,
Tous nos gars, ces soldats sans peur,
En mourant ont sauvé l’honneur (bis)
De notre immortelle Patrie.
jeudi 13 septembre 2007
Mille, demi de l'Olympique de Marseille (paru en août 1915)
POUR S’ENTRETENIR BRAS ET JAMBES
Au point de vue sportif, je n’ai rien de bien saillant à vous signaler si ce n’est le départ de deux raids de nos escadrilles lesquelles allaient faire une promenade sur Ludwigshafen et Karlsruhe. Je vous assure que le spectacle de ces vingt ou vingt-cinq appareils était magnifique.
Je vous dirai que l’on ne peut pas trop sporter, en raison des difficultés que présente la région.
Nous tâchons de nous rattraper en creusant des tranchées, en sciant du bois, un tas de choses enfin qui entretiennent les bras et les jambes. Par contre, on fait une moyenne de 25 à 30 kilomètres à bicyclette tous les jours.
Vous verrez, pourtant, qu’en dépit de tous ces inconvénients, nous reviendrons très en forme pour les prochains grands matches.
MILLE,
Demi de l’Olympique de Marseille.
mercredi 12 septembre 2007
Un match de rugby au front (avril 1915)
UN GRAND MATCH
C’est par un temps splendide, devant une belle chambrée, exclusivement militaire, et à 2 kilomètres
Disons tout de suite que le meilleur gagna, ce dont il ne faudra pas s’étonner, si dans le team vainqueur nous lisons les noms assez connus des MULOT, ex-joueur du Stade Bordelais ; FANCHON, Stadoceste Tarbais ; SEINTILLES, international Tarbais ; INCHOSPPÉ, Stadoceste Tarbais ; CORPALÈNE, SAVÉAU, TÉPAUL, et enfin votre serviteur, tous de ce grand club de Bigorre qui pour un malheureux point, perdit l’an dernier son championnat de France. Ajoutons que notre pilier de mêlée avait nom LURIE ( champion de boxe ) et tout sera complet. C’est donc devant un team presque de premier ordre que la vaillante équipe du 24ème d’artillerie a succombé par 18 à 0, et cela n’enlève rien au mérite de ces derniers, vu les noms des champions précités. Pendant la partie ( et ceci est absolument véridique ) un Taube est venu planer au-dessus du ground, sans méchante intention, mais il dut presque aussitôt faire demi-tour, grâce aux gentils petits 75 sur lesquels il ne comptait pas.
Cette petite fête sportive était présidée par M. PÉDEBIDOU, sénateur des Hautes-Pyrénées, médecin-chef de l’hôpital Saint-Georges, à Nancy, à qui avait été confié le soin de donner le coup d’envoi, ce dont il s’acquitta avec une maestria remarquable. Etaient présents également M. le commandant BRAU, ainsi que de nombreux officiers. Tous les éloges reviennent à M. MULOT, l’organisateur de la partie.
J. CAUJOLLE,
International de rugby.
mercredi 27 septembre 2006
Le monumet d'Argis (Ain), la tombe Carlet
Photographié le 9 mai 2006, voici le monument aux morts d’Argis (Ain).
Dans le cimetière juste à côté on peut se recueillir sur une tombe particulière. C’est celle de l’abbé François CARLET, sous-lieutenant au 333e RI., tué à Vého le 25 juin 1915.
Voici la notice qui lui est consacrée dans Livre d’or de la Grande-Guerre du collège de Belley, Page 19.
Sous-lieutenant Abbé CARLET François, né à Argis, le 23 décembre 1885.
Professeur au collège de Belley depuis 1911, mobilisé le 2 août 1914, comme sergent de réserve au 333e Régiment d’Infanterie, partit immédiatement pour le front et prit part aux durs combats livrés en Lorraine, à Rozelieures et à Gerbéviller où sa belle conduite au feu lui valut les galons de sous-lieutenant, le 2 octobre 1914.
La guerre de mouvement était terminée : la guerre de tranchées commençait avec ses alternatives de service aux avants-postes, de repos à l’arrière, de reconnaissances et d’attaques. Maintes fois, on confia des missions périlleuses au jeune officier qui était toujours prêt à aller reconnaître les positions ennemies, semblant se complaire dans ces expéditions nocturnes, dont il racontait avec humour les divers incidents. Dans ce dur service, il sut toujours se montrer ce qu’il était : bon prêtre et bon chef.
Comme prêtre, il cherchait à faire du bien à l’âme de ses hommes, ne perdant aucune occasion de leur dire une bonne parole pour soutenir leur moral et réveiller en leur cœur la foi qui était assoupie. C’est pour cela qu’il avait accepté de remplir les fonctions d’aumônier du régiment.
Comme chef, il aimait ses hommes, s’intéressait à leur bien-être, à leur nourriture ; il partageait leurs misères, leurs souffrances, leurs dangers, les visitant souvent la nuit, passant souvent au milieu d’eux, son fusil d’une main et son chapelet de l’autre. Il n’agissait qu’après mûre réflexion : devait-il commander une expédition nocturne, une reconnaissance, il la préparait avec soin pour mettre de son côté le maximum de chance de réussite et épargner le sang de ses hommes.
Le 25 juin 1915, le 333° occupait le secteur Vého-Lintrey-Reillon. Depuis quatre jours, la 74e division livrait une lutte acharnée et venait d’enlever la première ligne allemande. Afin de compléter le succès, le lieutenant Carlet fut envoyé, à la tête de sa section, attaquer un ouvrage ennemi suffisamment bouleversé et rempli de mitrailleuses, et c’est au commencement de l’action qu’il tomba, le front percé par une balle. Le lendemain, quatre de ses soldats allèrent, au péril de leur vie – l’un fut tué, un autre blessé grièvement – chercher son corps.
Les funérailles de l’abbé Carlet furent splendides ; la dépouille mortelle fut accompagnée par deux de ses condisciples et amis, le lieutenant abbé Reynaud, et l’abbé Morand qui représentaient le régiment ainsi que par le colonel et un grand nombre d’officiers du 37e territorial. Il repose maintenant, dans le petit cimetière de Domjevin, au milieu des soldats qu’il aimait tant.
Le colonel Franchet d’Esperey, parlant du sous-lieutenant Carlet, faisait de lui le plus bel éloge : « Je regrette profondément la mort de Carlet. C’était un bon prêtre et je perds en lui un excellent officier. » - De plus, en souvenir de notre héros, on a donné le nom de « Bois Carlet » a un bois situé devant Reillon. (Décision du 24 juillet 1915).













































