lundi 12 octobre 2009
A la gloire du 4e régiment du Génie
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Paru dans le Radical des Alpes n°31 du 29 juillet 1916.
A LA GLOIRE DU 4e GÉNIE
Les Compagnies 14/5 et 14/15 porteront la fourragère
Le
général commandant en chef les armées françaises vient de décider que les
sapeurs des deux compagnies du 4e génie 14/5 et 14/15 porteraient la
fourragère en exécution de la circulaire ministérielle n°49 du 21 avril 1916.
L’avis
ministériel qui porte officiellement, à la connaissance de tous, la liste des
régiments et unités formant corps auxquels la fourragère a été conférée donnent
sur ces deux compagnies du 4e génie les indications suivantes :
Compagnie
14/5 du 4e régiment du génie. — « Affectée à une
division d’infanterie placée pendant 3 mois dans un secteur particulièrement
difficile, en butte aux attaques incessantes d’un ennemi extrêmement agressif,
a contribué largement à la reprise de l’ascendant moral, en menant une guerre
de sape et de mine sans répit (Ordre du 14 janvier 1915). »
— « Placée
pendant plus de trois mois dans un secteur difficile, a contribué, sous la
direction de ses chefs, le lieutenant Pomeau et les sous-lieutenants Lagier et
Schulz, au prix de grandes fatigues, vaillamment supportées et de pertes
sérieuses, à prendre l’avantage dans une guerre de sapes et de mines sans merci
sur un adversaire actif et entreprenant. (Ordre du 4 mars 1915) »
Compagnie
14/15 du 4e régiment du génie. — « Sous les ordres du
capitaine Gunther et des sous-lieutenants Falard et Jamet, chargée depuis
plusieurs mois des travaux d’attaque d’une position fortifiée, a montré une
endurance exceptionnelle au cours de travaux pénibles et périlleux. Lors de l’attaque,
a fait preuve pendant les quatre jours de combat, d’un entrain et d’une
bravoure remarquable. (Ordre du 7 mars 1915). »
— « Sous
la puissante impulsion du capitaine
Gunther, a donné des preuves d’un dévouement absolu et du plus grand courage,
en organisant, par un travail soutenu de nuit et de jour, sous un feu de
mousqueterie et d’artillerie des plus violent. (Ordre du 21 octobre 1915). »
L’attribution
de cet insigne réservé aux
corps d’élite, plusieurs fois cités à l’ordre du jour, doit être accueillie avec
fierté, par tous, au 4e génie.
Notre
corps est, avec le 6e génie, le seul qui jusqu’à présent, ait vu cette
haute récompense honorer deux de ses unités.
Ainsi
dans la grande guerre 1914-1916, comme autrefois à Madagascar et en Indochine, le
4e génie se distingue par son héroïsme, pour son esprit de sacrifice
dans les combats et les travaux de l’arme du Génie.
Fiers
de ce passé glorieux, les sapeurs du 4e génie se montreront dignes de
leur réputation et en toute occasion, suivant les traces de leurs frères d’armes,
contribueront à la victoire finale et recueilleront pour leur corps de nouveaux
lauriers.
Nous
ne saurions rien ajouter aux éloges magnifiques et autorisés qui accompagnent l’octroi
de la fourragère aux deux compagnies de notre 4e génie composé en grande
partie de savoyards.
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Signature du Lieutenant Pomeau |
Signature du Capitaine Gunther |
Position des compagnies
citées :
La compagnie 14/5 du 4e
génie est alors en Artois dans le secteur de Roclincourt.
La compagnie 14/15 du 4e génie est alors en Argonne dans le secteur des Eparges
jeudi 24 septembre 2009
Le président Poincaré et le 11e B.C.A.
Toujours
le président de la république Raymond Poincaré dont il avait été question ici :
http://chamois.canalblog.com/archives/2005/08/27/754678.html
Cette
fois il s’agit de deux articles parus dans le même numéro du Radical des Alpes,
journal distribué essentiellement en Tarentaise.
Paru le 9 octobre
1915 dans « Le Radical des Alpes » :
- Bourg Saint Maurice
M. Poincaré
et le 11e chasseurs.
Le chef de bataillon,
commandant le 11e chasseurs, a reçu de M. le président de la
République, la lettre autographe suivante :
Mon cher commandant t,
Laissez-moi vous envoyer, une
fois de plus, mes vives félicitations à vous et à vos braves chasseurs.
Je sais que notre
cher bataillon s’est encore tout récemment couvert de gloire, que vous
avez-vous-même dirigé les opérations de la manière
la plus brillante et, qu’avec vous, le commandant Foret et les capitaines
d’Auber, de Peyrelongue, Belmont et Mazade ont mérité de magnifiques citations
à l’ordre de l’armée.
Je suis fier de mon
ancien bataillon et de mes vaillants camarades.
J’ai appris aussi
avec joie la belle conduite du sergent Johanny, des chasseurs
Billot et Perrier et tant d’autres.
Recevez mes
chaleureux compliments et croyez à mes sentiments dévoués.
Poincaré.
- Le 11e chasseurs au feu
Sont cités à l’ordre
de l’armée, pour leur brillante conduite face à l’ennemi, les officiers,
sous-officiers et chasseurs du 11e bataillon dont les noms
suivent :
Les lieutenants A.
Berlon, E. Clavel, E. Brachet, J. Sibeyrand ; le médecin-major de 2e
classe Romand-Monnier ; les sous-lieutenants A. Scellier, A. Clerc, J.-H.
Romain, J. Johanny, G. Vyrolle, E. Verdan, E. Ranchail, G. Bollon, A.
Chapand ; le médecin-aide-major J.-E. Aspesberro ; les
adjudants-chefs A. Barrier, E. Parrain ; les adjudants G. Lebard, J.-B.
Léry, F. Cantand ; Les sergents E. Cossard, L. Bruhole, F. Curton, J.
Duvilalrd, E. Destable, F. Rousset, J. Delaire, R. Deschamps, J. Arnaud, G.
Bernard, M. Bertin, J. Comte ; le caporal-fourrier J. Pierre ; les
caporaux A. Fournier, N. Agostini, J. Lorial, A, Comangle, E. Hemtier, F.
Fumex, J. Sage ; les chasseurs F. Berthier, A. Lugrin, P. Favier, E.
Verchery, P. Nardin, E. Bruchet, R. Philippe, V. Heustache, C. Pernet-Sollier,
M. Béranger, J. Chapuis, M. Gauthier, M. Dumas, T. Babier, L. Duc, J. Cararo,
G. Ledu, J. Vialaran, G. Sallaz, J. Jamont, G. Gaumont, J. Parent, P. Gallioz.
Nos félicitations à tous ces braves dont la plupart sont des enfants du pays.
mercredi 23 septembre 2009
Cibles de tir forain
De façon classique il existe la pipe en terre à détruire dans les baraques de tir forain.
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Peut-être avant le premier conflit mondial mais aussi durant celui-ci, certaines baraques de tir forain proposaient non pas de casser une pipe mais de dégommer (dans l’ordre arbitraire ci-dessous) Guillaume II, le Kronprinz, François-Joseph et le Sultan.
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Ces petits sujets de terre cuite de 80 millimètres sont creux et présentent un petit trou d'environ 1 millimètre à la base afin de les fixer sur une petite tige.
Un ami chambérien a acquis ces quatre figurines-cibles lors d'un déballage à Langres. Elles provenaient d'un très vieux magasin de quincaillerie et droguerie.
Dans le genre mauvais-goût, nous n'étions pas mauvais, mais très bons aussi pour la mise en condition des populations et des recrues.
Toujours dans l’ordre :
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mardi 22 septembre 2009
En 1918, la grippe et la grippe espagnole
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Le
journal « Le Petit Savoyard qui avait succédé en 1917 au « Radical
des Alpes » a publié en 1918 deux articles intéressants.
Le
premier en janvier concerne une réclame vantant les mérites d’une poudre
permettant d’enrayer la grippe « classique ».
Le
deuxième article concerne directement la grippe espagnole et les
recommandations permettant de lutter contre ce fléau.
Paru le 19 janvier 1918 dans « Le Petit
savoyard » :
La
Grippe
La
grippe n’est redoutable que par
ses complications pulmonaires. Elle laisse, en effet, des lésions qui
produisent, à la lognue, une affection chronique des bronches comme l’asthme, le
catarrhe, l’emphysème. Pour enrayer le mal, un remède est réellement efficace.
C’est la poudre Louis Legras, qui a obtenu la plus haute récompense à l’Exposition
Universelle de 1900, Elle calme instantanément et guérit progressivement l’asthme,
le catarrhe et l’oppression.
Une
boîte est expédiée contre mandat de 2
fr. 35 (impôt compris), adressé à Louis Legras, 139, Boulevard Magenta, à
Paris.
Paru le 27 juillet 1918 dans « Le Petit
savoyard » :
Lettre d’un Savoyard : la Grippe
Espagnole.
Voilà un titre qui n’a pas l’air très savoyard, mais vous me permettrez cependant de dire quelques mots de cette maladie qui menace sérieusement notre région.
Puissent, les conseils qui suivent, préserver de son atteinte, les lecteurs du Petit Savoyard, leurs amis et les amis de leurs amis, tout le monde quoi !
Cette épidémie, dont on ne saurait trop faire ressortir la réelle gravité, sévit, à l’heure actuelle avec intensité à nos portes, à Genève où les décès dépassent de beaucoup la centaine ; elle a même passé la frontière et à Thonon, on signale déjà de nombreux cas.
Le service genevois d’hygiène attire l’attention des chefs d’industrie et d’administration sur
cette épidémie dont le mode de propagation frappe d’inefficacité la plupart des
moyens prophylactiques employés contre d’autres affections transmissibles. Il
ajoute que la réunion de nombreux individus dans des espaces restreints en
favorise la propagation. Or, nous connaissons, dans diverses villes de notre
département, des bureaux dans lesquels les employés sont littéralement entassés.
Il est même certains bureaux dits d’hygiène
qui donnent à ce point de vue, le plus déplorable exemple.
Passons... pour l’instant.
En ce qui concerne les écoles, la question est heureusement résolue par
le licenciement à l’occasion des vacances.
C’est un point important. En
ce qui concerne les mesures prophylactiques qui peuvent être employées contre ce mal très dangereux, nous insistons, et mortel
dans un grand nombre de cas, voici les conseils qui sont donnés :
« Il faut rappeler au personnel l’importance de son hygiène
générale qui maintient la résistance de l’organisme à l’infection et
éventuellement à la maladie, la nécessité des soins de propreté, les avantages
d’une saine et abondante alimentation et les dangers des excès de toutes
natures.
Il convient d’inviter les
ouvriers et employés à s’abstenir de veilles
prolongées qui fatiguent et débilitent et de séjours au milieu d’agglomérations
humaines qui exposent à la contagion et
qui la favorisent (foules, assemblées publiques, spectacles, cafés, etc.).
Aseptiser les voies
respiratoires et digestives supérieures au moyen d’inhalations et
de gargarismes antiseptiques appropriés. L’usage de produits divers, au thymol,
au formol, à l’acide salicylique, à l’eucalyptus est indiqué dans ce but.
Et il faut dès que l’on se sent atteint recourir d’emblée aux soins du médecin,
garder la maison jusqu’à la guérison et disposer pour la convalescence de tout
le temps nécessaire a un entier rétablissement.
Toute infraction à ces dernières recommandations ne constitue qu’une dangereuse bravade
qui expose à de graves complications. »
Ces prescriptions sont
simples, elles sont faciles à suivre Nous espérons, d’autre part, que les administrations compétentes
prendront sans retard des mesures énergiques contre cette attaque boche d’un
nouveau genre, car d’est encore à « Fritz » que nous devons ce
microbe.
Allons,
ceux de l’arrière, tous à
votre poste pour la contre-offensive.
J.
Martinière.
mercredi 8 avril 2009
Soeurs de Saint-Joseph de Chambéy en Russie
BERLIOZ (Claudia), Sr Marie-Joseph, des Sœurs de St-Joseph de Chambéry.
Née à Chindrieux, le 5 mai 1878; prof, à Stockholm. Services rendus à la cause française. Off. Académie, 23 janv. (J. O., 24 janv. 1922).
BERTHET (Séraphie), Sr St-Victor, des Sœurs de St-Joseph de Chambéry.
Née à Entremont, le 1er mai 1867 ; inf. Hôp. Fr. Pétrograd.
Méd. Rec. Fr. argent (J. O., 11 juill. 1919) : « A fait preuve du plus grand dévouement au cours des événements qui se sont déroulés en Russie depuis 1914, particulièrement à Pétrograd en 1917-1918, ne se bornant pas à assurer le service qui lui était confié mais parcourant les rues de la ville malgré la grande insécurité qui y régnait, pour veiller ou ensevelir ceux des Français atteints ou décédés du typhus ou du choléra qui décimaient Petrograd. »
BERTHIER (Célestine), Sr Constance, des Sœurs de St-Joseph de Chambéry.
Née à Bettonnet, le 22 mai 1849 ; inf. Hôp. Fr. de Petrograd.
Méd. Rec. Fr. argent (J. O., 11 juill. 1919) : « A fait preuve du plus grand dévouement au cours des événements qui se sont déroulés en Russie, prodiguant ses soins aux malades de la colonie française pendant l'épidémie de typhus et de choléra qui a décimé Petrograd. »
BERTHIER (Joséphine-Franceline), Sr Stanislas, des Sœurs de St-Joseph de Chambéry.
Née à Domessin, le 17 mars 1879 ; inf. Ambulance de campagne française au front russe (août 1914) ; prisonnière (12 févr. 1915) ; libérée trois mois après et affectée à l'Hôp. français de Petrograd.
1° Croix Hon. Croix-Rouge russe.
2° Croix de Guerre française, (ordre Régiment) : « Partie à la mobilisation avec l'ambulance française de campagne, a été faite prisonnière, le 12 févr. 1915, avec cette formation ; rendue à la liberté trois mois après, est revenue à l'hôpital français de Petrograd, où, comme elle l’avait fait au milieu des dangers courus journellement au front, elle continua a donner en territoire étranger un nouvel exemple du dévouement et de l'abnégation des femmes de France. »
3° Méd. Recon. Fr. argent (J. O., 11 juill. 1919) : « A fait, preuve du plus grand dévouement au cours des événements qui se sont déroulés en Russie depuis 1911, particulièrement à Petrograd en 1917-1918, ne se bornant pas à assurer le service qui lui était confié, mais parcourant les rues de la ville, malgré l'insécurité qui y régnait, pour veiller ou ensevelir ceux des Français atteints ou décédés du typhus on du choléra qui décimaient Petrograd. »
BERUARD (Amélie), Sr Marie-Modeste, des Sœurs de St-Joseph de Chambéry.
Née à Verrens-Arvey, le 19 oct. 1860 ; direct. Hôp. aux. franco-belge n° 118 de Courbevoie (191A-1918.
1° Méd. Hon. Ep. argent, 27 oct. (J. O., 9 nov. 1917). Le diplôme porte : « A. fait preuve d'un inlassable dévouement auprès des blessés et des malades. »
2° Méd. Reine Elisabeth de Belgique, 25 juill. 1918.
3° Méd. C. R. F. or, 22 mars 1919.
4° Palme C. R. F. or, 16 oct. 1919.
BÉTEMPS (Marie-Louise-Françoise), Sr Marie-Cécilia, des Sœurs de St-Joseph de Chambéry.
Née à Saint-Baldoph, le 12 déc. 1885 ; inf. Hop. français de Petrograd.
Méd. Rec. Fr. argent (J. O., 11 juill.1919) : « A fait preuve du plus grand dévouement au cours des événements qui se sont déroulés en Russie, prodiguant ses soins aux malades de la colonie française pendant l'épidémie de typhus et de choléra qui a décimé Petrograd ; a contracté une grave maladie au cours de ses fonctions. »
CARLOZ (Amélie), Sr Emilie de Jésus, des sœurs de St-Joseph de Chambéry.
Née à Saint-Jean-de Maurienne, le 17 juillet 1869 ; infirmière Hôpital municipal d’Aix-les-Bains.
Palme C.R.F. argent, 28 octobre 1919.
DÉJAY (Claudia), Sr Marie-Adèle, des Sœurs de Saint-Joseph de Chambéry.
Née à Rumilly (Hte-Savoie), le 24 oct. 1862; dir. à Moscou (Russie).
Méd. Rec. Fr. vermeil, 14 nov. (J. O., 21 déc. 1919) : « S'est distinguée par son courage et son dévouement en venant au secours de nos compatriotes ; a été incarcérée et soumise à toutes les tracasseries et vexations des autorités bolchevistes. »
DIVAT (Céline-Justine), Sr Anastasie, des Sœurs de St-Joseph de Chambéry.
Née à Miribel-les-Echelles (Isère), le 17 janv. 1882 ; inf. Hôp. français de Petrograd (Russie).
Med. Rec. Fr. argent (J. O., 11 juill. 1919) : « A fait preuve du plus grand dévouement envers les malades et les blessés de la colonie française de Petrograd, sans se soucier des dangers de la contagion, au cours de l'épidémie de typhus et de choléra qui décimait Petrograd ».
GINET (Marie), Sr Marie-Péronne, des Sœurs de St-Joseph de Chambéry.
Née à Albens (Savoie), le 4 avr. 1866 ; inf. Hôp. municipal Aix-les-Bains ; à La Biolle.
Palme C. R. F. argent, 28 oct. 1919 : « Soins dévoués aux blessés français. »
GIRARD (Marguerite), Sr Anastasie, des Sœurs de St-Joseph de Chambéry.
Née à St-Jeoire (Savoie), le 3 juin 1872 ; dir. Ecole franc, à Petrograd ; à Chambéry.
Chev. Lég. Hon. {Min. Aff. Etr.), sept. 1922 : « S'est distinguée par son courage et son dévouement en venant au secours de nos compatriotes et en gardant la direction de l'école française jusqu'aux dernières limites de ses forces. Incarcérée deux fois pendant des périodes assez longues, soumise aux tracasseries des bolchevistes, n’a pas renoncé à conserver aux élèves qui fréquentaient l’école la culture française ».
GIRARD, Sr Geneviève, des Sœurs de St-Joseph de Chambéry.
Née à Montmélian (Savoie), le 10 févr. 1848 ; sup. à Copenhague.
1° Med. « Pour le Mérite » du Danemark or, 20 avr. 1923.
2° Méd. Rec.Fr. vermeil, avr. 1923.
GIRARDY (Franceline-Louise), Sr Louise, des Sœurs de St-Joseph de Chambéry.
Née à Serrières (Savoie), le 7 avr. 1860 ; inf. Hôp. franc, à Petrograd ; à Chambéry.
Méd. Rec. Fr. argent (J. O., 11 juill. 1919) : « A fait preuve du plus grand dévouement au cours des événements qui se sont déroulés à Petrograd, en 1917-1918, ne se bornant pas à assurer le service qui lui était confié, mais parcourant les rues de la ville malgré la grande insécurité qui y régnait pour veiller ou ensevelir ceux des Français atteints ou décédés du typhus ou du choléra qui décimaient Petrograd. »
MORENS (Marie-Jeanne), Sr Joséphine-Emilie, des Sœurs de St-Joseph de Chambéry.
Née à Héry-sur-Alby (Savoie), le 1er mars 1875 ; sup. Ecole Pierre-et-Paul à Moscou, Russie (1914-1918) ; inf. à Etterbeek, Bruxelles (Belgique).
1° « Méd. Rec. Fr. vermeil, 14 nov. (J. O., 21 déc. 1919 : « S'est distinguée pendant la guerre par ses sentiments français et sa charité, donnant l'hospitalité dans son établissement à tous ceux de nos compatriotes qui s'y présentaient ; arrêtée sous l'inculpation de commerce avec les alliés, a subi trois mois de prison au cours desquels elle a pu, par la noblesse de son attitude, relever bien des courages abattus. »
2° Méd. commémorative 1914-1918, 1919.
PÉGAZ (Annette-Sidonie), Sr Marie-Sidonie, des Sœurs de St-Joseph de Chambéry.
Née à Saint-Innocent (Savoie), le 20 déc. 1864 ; dir. Hop. français de Petrograd, Russie (1914-1918) ; dir. Hop. de Rumilly (Hte-Savoie).
1° Méd. Hon. Ep. or, 3 juill. 1914. Le diplôme porte : « Pour dix-huit ans de services rendus aux malades de l'asile français de Petrograd. »
2° Méd. Hon. Ep. bronze, 1er mai (J. O., 2 juin 1918) Le diplôme porte : « A fait preuve d'un dévouement inlassable et d'une abnégation absolue auprès des blessés et des malades. »
3° Méd. Reine Elisabeth de Belgique, 12 mars 1919.
4° Méd. Rec. Fr. vermeil (J. O., 11 Juill. 1919) : « A fait preuve du plus grand dévouement au cours des événements qui se sont déroulés en Russie depuis 1914, particulièrement à Petrograd en 1917-1918, ne se bornant pas à assurer le service qui lui était confié, mais parcourant les rues de la ville, malgré la grande insécurité qui y régnait, pour veiller ou ensevelir ceux des Français atteints ou décédés du typhus ou du choléra qui décimaient Petrograd. »
PÉGAZ (Sabine), Sr Jeanne-Laurentine, des Sœurs de St-Joseph de Chambéry.
Née à Saint-Innocent (Savoie), le 28 sept. 1881 ; inf. Hôp. Aix-les-Bains.
1° Palme C. R. F. or, 28 oct. 1919.
2° Méd. commémorative 1914-1918, 1919.
PERRET (Franceline-Marie), Sr Marie-Hélène, des Sœurs de St-Joseph de Chambéry.
Née à Saint-Christophe-la-Grotte (Savoie), le 20 juin 1874 ; inf. Hôp. français Petrograd (Russie).
1° Méd, Rec. Fr. argent (J. 0., 11 juill. 1919) : « A fait preuve du plus grand dévouement au cours des événements qui se sont déroulés en Russie, donnant ses soins aux malades de la colonie française, au cours de l'épidémie de typhus et de choléra, sans crainte de la contagion ni des dangers de toutes sortes que comportaient les sorties en ville. »
2° Méd. commémorative 1914-1918, 1919.
QUÉNARD (Joséphine), Sr Marie-de-la-Résurrection, des Sœurs de Saint-Joseph de Chambéry
Née à Chignin (Savoie), le 19 févr. 1884 ; inf. à Chambéry (1914) ; inf. Hôp. Jeanne-d'Arc, à Chambéry.
1° Palme C. R. F. or, 28 oct. 1919.
2° Insigne spécial S. S., 1919.
3° Méd. commémorative 1914-1918, 1919.
ROUX (Anastasie), Sr Marguerite, des Sœurs de St-Joseph de Chambéry.
Née à Saintt-Jean-d'Arvey (Savoie), le 23 avr. 1867 ; inf. Hôp. français de Petrograd ; demeurée à Petrograd (1914-1918).
1° Méd. Rec. Fr. argent (J. O., 11 juill. 1919) : « A fait preuve du plus grand dévouement au cours des événements qui se sont déroulés en Russie depuis 1914, particulièrement à Petrograd en 1917-1918, ne se bornant pas à assurer le service qui lui était confié, mais parcourant les rues de la ville malgré la grande insécurité qui y régnait, pour veiller ou ensevelir ceux des Français atteints ou décédés du typhus ou du choléra qui décimaient Petrograd. »
2° Méd. commémorative 1914-1918, 1919.
ROUX (Anastasie), Sr Marguerite, des Sœurs de St-Joseph de Chambéry.
Née à St-Jean6d’Arvey (Savoie), le 23 avr. 1867 ; inf. Hôp. Français de Petrograd ; demeurée à Petrograd (1914-1918).
1° Méd. Rec. Fr. argent (J. O, 11 juillet 1919) : « A fait preuve du plus grand dévouement au cours des évènements qui se sont déroulés en Russie depuis 1914, particulièrement à Petrograd en 1917-1918, ne se bornant p)as à assurer le service qui lui était confié, mais parcourant les rues de la ville malgré la grande insécurité qui y régnait, pour veiller ou ensevelir ceux des Français atteints ou décédés du typhus ou du choléra qui décimaient Petrograd. »
2° Méd. Commémorative 1914-1918, 1919.
SANDROZ (Sophie-Antoinette), Sr Geneviève, des Sœurs de St-Joseph de Chambéry.
Née à Arvillard (Savoie), le 24 mars 1873 ; inf. Hôp. français de Petrograd (Russie) ; actuellement à Albens (Savoie).
1° « Méd. Rec. Fr. argent (J. O., 11 juill. 1919) : « A fait preuve du plus grand dévouement au cours des événements qui se sont déroulés en Russie, donnant ses soins aux malades de la colonie française au cours de l’épidémie de typhus et de choléra, sans crainte de la contagion ni des dangers de toutes sortes que comportaient les sorties en ville. »
2° Insigne spécial S. S., 1919.
3° Méd. commémorative 1914-1918, i9iS\.
SIBUET (Marie), Sr Marie-Mathilde, des Sœurs de St-Joseph de Chambéry.
Née à Cléry (Savoie), le 27 avr. 1887 ; inf. Hop. Aix-les-Bains (1914-1918) ; en résidence à Stockholm (Suède).
1° Palme C. R. F. or, 28 oct. 1919.
2° Insigne spécial S. S., 1919.
3° Méd. commémorative 1914-1918, 1919.
SIMON (Marie-Nathalie), Sr Nathalie, des Sœurs de Saint-Joseph de Chambéry.
Née à Aix-les-Bains (Savoie), le 1er mars 1870 ; inf. Hop. français de Petrograd (1914) ; inf. Amb. de campagne française au front russe (août 1914) ; prisonnière (12 févr. 1915) ; libérée, trois mois après et affectée Hôp. français de Petrograd.
1° Croix de guerre française {Ordre du Régiment) : « Partie à la mobilisation avec l’ambul. française de campagne, a été faite prisonnière le 12 févr. 1915 avec cette formation ; rendue à la liberté trois mois après, est revenue à l'Hôp. français de Pétrograd, où, comme elle l'avait fait au milieu des dangers, courus journellement au front, elle continue à donner en territoire étranger un nouvel exemple du dévouement et de l'abnégation des femmes de France. »
2° Méd. Rec. Fr. argent (J. O., 11 juill. 1919) : « A fait preuve du plus grand dévouement au cours des événements qui se sont déroulés en Russie depuis 1914, particulièrement à Petrograd en 1917-1918, ne se bornant pas à assurer le service qui lui était confié, mais parcourant les rues de la ville, malgré la grande insécurité qui y régnait pour veiller ou ensevelir ceux des Français atteints ou décédés du typhus ou du cholera qui décimaient Petrograd. »
Les soeurs de Saint-Joseph de Chambéry à Petrograd
Les sœurs-infirmières et médecins de l'hôpital français de Petrograd.
Au centre le docteur Cresson.
A sa droite Sœur Marie-Sidonie Pégaz.
A gauche une des religieuses qui avait été faite prisonnière par les Allemands, Sœur Louise-Nathalie Simon.
mardi 7 avril 2009
Les soeurs de Saint-Joseph de Chambéry
Fin 2003, la Société Savoisienne d'Histoire et d'Archéologie (S.S.H.A.) a publié des textes et récits présentés par le M. le professeur Christian Sorrel.
Cette très intéressante publication concerne les sœurs de la congrégation de Saint-Joseph de Chambéry. L'histoire de cette congrégation religieuse est rapportée, sont également traités sa vocation mondiale, son dévouement lors de la grande-guerre et le drame des sœurs emprisonnées après la révolution russe.
mercredi 12 novembre 2008
Décoration de Mademoiselle Moreau
Voici pour moi l'occasion de publier cette photo de l'héroïne de Loos, Emilienne Moreau, juste après qu'elle ait été décorée par le général de Sailly.
Vous pouvez voir un article bien documenté sur le site de l'Ordre de la Libération,
Mais également ICI.

lundi 20 octobre 2008
Dans les campagnes françaises, femmes tenant la charrue
Les paysannes de France participent à l'effort de guerre.
Depuis le début de la guerre, la femme française a fait l'admiration du monde entier pour son énergie, sa patience, sa résistance au travail, mais nulle part ces qualités ne sont déployées aussi complètement qu'à la campagne où les travaux sont particulièrement durs. A jour de la Victoire, à côté des poilus il ne faut pas oublier de remercier et de célébrer les femmes car elles auront beaucoup fait pour hâter le jour de cette Victoire que le monde entier nous souhaite.
dimanche 19 octobre 2008
Les femmes de Bretagne à la peine
Le véritable titre de cette photographie est "Les femmes de Bretagne aux obus".
En voici la description et la présentation de l'époque (probablement 1916) :
Humbles bretonnes habituées à d'humbles travaux, il a fallu forcer leur timidité pour les décider à se rendre aux usines. Mais elles ont songé aux souffrances de leurs fils et de leurs frères sur l'Yser et aux terribles rafales de fer qui ont écrasé Ypres et Dixmude, sans que les gars de Bretagne aient pu y répondre autrement qu'avec leur cœur et leurs bras. Ils y ont d'ailleurs bien répondu. Que serait-ce s'ils avaient des canons en abondance ? Il faut qu'ils en aient. Alors les voilà qui font ce qu'elles peuvent pour leur en donner. Elles manient avec une naïve stupeur les gros engins de mort, elles les peignent et les dorlotent comme des objets sacrés dont la protection les aidera à retrouver le bonheur et la paix.
vendredi 17 octobre 2008
Les beaux lingots de Savoie
La Savoie était un
important fournisseur d’aluminium, métal rare à l’époque nécessitant beaucoup d’énergie
électrique pour sa production. Nous sommes à Saint-Jean-de-Maurienne :
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Voici le commentaire
accompagnant cette photographie :
« Jamais la France n'a fourni un effort aussi considérable ni aussi soutenu que celui qu'elle a consenti depuis le début de la guerre. Partout se sont élevées de nouvelles usines non seulement pour le travail de guerre, mais encore pour le travail civil car il ne faut pas seulement que l'armée vive, mais tout le pays. Cet effort fait l'admiration de tous ceux qui ont visité les usines, les ateliers si modernes si perfectionnés qui ont surgi du sol français. »
jeudi 16 octobre 2008
Un artiste dans une creute
Le
hasard d’une lecture concernant le 97e Régiment d’Infanterie Alpine m’a
permis d’attribuer à un véritable artiste le cartouche visible à la carrière
Mallet.
L’artiste
dont il s’agit, René Gaillard-Lala (dans le civil), peintre-décorateur à
Chouastrac (Tarn-et-Garonne), était connu et nommé au 97e R.I.A.
comme René Lala.
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Voici
le texte qui m’a mis sur la bonne piste : " Excellent dessinateur et
joyeux compagnon, qui nous racontait avec le plus grand sérieux les histoires
les plus drôles. Après l’affaire du 30 mars 1918, au Plessier-de-Roye, l’I.D. s’était
réinstallée dans les grottes au-dessus de Bellinglise. Le Capitaine Gailliard
cherchait un sculpteur pour faire graver sur le roc du P.C. une inscription qui
rappellerait qu’en cet endroit le Colonel Simpson, de l’artillerie anglaise,
avait été décoré de la croix de guerre par le Colonel Fournier. A tout hasard,
je désignai Lala au Capitaine Gailliard. Et mon Lala se révéla aussi adroit
sculpteur qu’il était bon dessinateur. J’ai longtemps charrié, dans mon fourgon
de T.S.F., une grosse boîte de gouache lui appartenant et ses cartons à dessin.
Un beau jour il m’écrivit du Corps ou de l’Armée (où il était passé
dessinateur) pour que je lui expédie son matériel."
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Nous trouvons la trace de René Gaillard-Lala en cliquant ICI.
mercredi 25 juin 2008
Emile Despax, sous-préfet, sous-lieutenant, mort pour la France
EMILE DESPAX
1881-1915
Emile
Despax est né à Dax en septembre 1881. Il a été tué à la ferme de Metz, en
janvier 1915.
Il fit
ses études au lycée de Bordeaux, puis vint préparer l’École Normale supérieure
à Paris, au lycée Henri IV, à une époque où l’on croyait que l’Ecole Normale
était la meilleure garantie de réussite dans les lettres.
Il fut
refusé. Alors, il fit son droit. En même temps, il était secrétaire particulier
d’un sénateur, qui devint ministre des Colonies, ce qui permit à Emile Despax,
— tel est le jeu des impondérables, — de devenir chef du cabinet d’un
gouverneur de l’Indo-Chine.
Il
revint d’Hanoï en 1911, pourvu d’états de service suffisants pour être nommé sous-préfet
à Oloron. C’est dans ce poste que la guerre vint le surprendre.
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Le sous-préfet Emile Despax |
Le sous-lieutenant Emile Despax |
Il
partit en janvier 1915, sous-lieutenant au 49e d’infanterie. Le jour
où il rejoignit, sur l’Aisne, son régiment, la compagnie à laquelle il était
affecté se trouvait au repos ; le lendemain matin, à quatre heures, elle
monta en première ligne. Arrivé dans la tranchée, Despax prit sa jumelle pour
examiner à travers un créneau la tranchée adverse. Une balle ennemie l’abattit,
le crâne traversé. Il repose dans le petit cimetière de Verneuil.
Il laisse deux livres : Au Seuil de la Lande, plaquette parue en 1903, et la
Maison des Glycines, que le
Mercure de France publia en
1905. Des vers, rien que des vers.
En
1924, une enquête a été ouverte : des écrivains ont été sollicités de dire
quel était, à leur sens, le chef d œuvre inconnu ; la comtesse de Noailles
a voté pour la Maison des Glycines.
Quand Emile
Despax avait vingt ans, dans cette maison de la Crouts qui nous voyait, aux vacances, réunis tous
deux, sous les pins landais qu’il chérissait
et sur le murmure desquels s’est accordée la lyre trop tôt brisée, au bord de
ces étangs sylvestres où son image se réfléchira toujours pour moi, il me
parlait de la seule chose qu’il aura aimée, la poésie. Il me nommait les élus de
son cœur : Bion, Sapho, Théocrite Méléagre de Gadara, Virgile, Racine,
Chénier, cette Desbordes-Valmore pour laquelle il eut toujours un culte, le
Leconte de Lisle du Manchy ;
je m’en voudrais de ne pas ajouter à ces morts les noms de trois vivants :
Mme de Noailles, Henri de Régnier, Gérard d’Houville.
Mêlons
les qualités de tous ces inspirés, et nous aurons tout de suite une idée de la
poésie d’Emile Despax. Mais dix couleurs diverses qui fusionnent peuvent en
procurer une onzième, différente. Elle fut l’originalité de cet élégiaque. L’Amaryllis des Bucoliques et la Myrto du golfe de Tarente se réunissent
pour devenir la Marylis de
la Maison des Glycines.
On accède
à la maison de la Crouts par
un sombre sentier sablonneux marqué des trous « du sabot sec des chèvres ».
Quand le temps est clair, on voit les Pyrénées, au fond de l’horizon, « dresser
leur azur cru ». Tout près est le moulin de Lagardère,
Et,
reflétant le vol en cercle des milans,
L’eau
verte où les poissons luisants glissent et flottent.
Peut-être
est-ce sur ce sentier que j’ai compris le mieux la leçon française, qui veut qu’avec
d’aussi minces éléments on puisse faire un chef-d’œuvre.
Pierre
BENOIT.
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La fiche du site Mémoire des hommes concernant Emile Despax, sous-lieutenant dfu 249e R.I. tué à Moussy |
Je revois
un réfectoire du lycée Henri IV, le jour de la Saint-Charlemagne,
il y a plus de vingt ans, et dans ce réfectoire un jeune homme très mince,
serré dans sa redingote de lycéen, qui récite d’une voix chantante, un peu
traînarde, mais musicale, un poème que je trouve remarquable — j’avais quinze
ans — sur la belle Aude et Roland : ce jeune homme s’appelle Emile Despax,
et nous allons devenir très amis parce que nous jouons ensemble au foot-ball.
Il me montrera des vers qu’il écrit en étude,
car nous ne sommes ni l’un ni l’autre des élèves très réguliers,
et il me racontera qu’il connaît des gens célèbres, Marcel Schwob, Moreno. Rachilde,
Henri de Régnier… Je ne voudrai pas avoir l’air très épaté, mais je le serai
tout de même.
Ah charmant
Despax, secrétaire fantaisiste d’un ministre des Colonies autrefois marchand
drapier dans une petite ville de province, comme vous aviez raison de vous
intéresser au poète Léonard, aux jolies femmes qui venaient solliciter le
ministre, et aux graveurs allemands du XVIe siècle ! Votre
petit bureau d’angle du pavillon de Flore, donnant sur ce magnifique jardin, on
y venait l’après-midi parler de poésie, encore de poésie, rien que de poésie.
Vous aviez des théories, des idées précises sur ce que l’on devait écrire, sur
la façon d’écrire. Moi, je n’avais pas de théories, mais je vous disais de me
lire des vers, et je m’étendais sur les canapés du gouvernement pour écouter
votre accent toujours le même et votre voix timbrée me rythmer des vers, encore
des vers, de longs alexandrins qui bercent. Le soir était comme un dahlia. — « Monsieur
le Secrétaire Particulier ne recevra pas cet après-midi : il est pris chez
le Ministre », telle était la consigne dès que j’arrivais ; et le
garçon à gilet rouge me souriait, car il n’était pas dupe.
Et vous
êtes mort, d’une balle au front, dans la tranchée, près de Soissons, quelques
heures après être arrivé du dépôt. Je vois cela d’ici : l’imprudence
héroïque, tout de suite, pour montrer qu’on n’est pas froussard et qu’on a le
droit de porter un galon de sous-lieutenant sur la manche. Je ne vous approuve
pas, mais je vous comprends. C’est la France, ça, et vous étiez Français, de
toute votre élégance, votre charme de poète… Vous êtes mort à la française, en
vous découvrant, la tête haute.
Louis THOMAS.
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Tombe d’Emile Despax sous les glycines à Moussy |
Tombe d’Emile Despax sous les glycines à Moussy |
BIBLIOGRAPHIE
Au Seuil de
la Lande (Plaquette de vers hors commerce, 1903, épuisé).
La Maison
des Glycines, poèmes (Éditions du Mercure de France, Paris, 1905, épuisé).).
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Présentation d’Emile Despax à Moussy - Cette plaque émaillée présente deux extraits de correspondance inédite d'Émile Despax... Où se trouvent ces correspondances ? |
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LE RETOUR AUX GLYCINES
Plein de remous, l’Adour allait dans le soir
triste.
La cloche du collège a monté dans le soir
Et gravi le coteau pesant des Lazaristes.
Le Boudigau faisait dans le vent un bruit noir.
L’heure où notre âme souffre et pleure est
éternelle.
Il a pourtant suffi du passage d’une aile,
(Chauve-souris qui va, heurtant la nuit d’été),
De cette cloche au fond de cette obscurité
Et des sifflets enfuis qui, par instants, s’élancent
Des trains fous emportés à travers le silence,
Pour que, se réveillant soudain, mon cœur flottant
Comprît qu’il n’étreignait qu’un atome du temps,
Qu’une heure de douleur n’est rien, dans la durée
Des mondes bleus épris d’une course azurée ;
Qu’il valait mieux quitter pour un jour simplement
Cet orgueil de poète et ces douleurs d’amant
Dont tour à tour mon cœur s’illumine et se voile,
Pour rêver, ébloui d’immortelles clartés,
Et, loin des bois troués de pas humains, compter
Les pas de Dieu marqués dans le ciel des étoiles.
Le silence se fit plus profond. Et je fus
Tout à coup, de nouveau, par les halliers confus,
Pareil au bois tout plein d’hésitations noires.
Alors, ô mon ami, j’ai
béni ta mémoire.
L’eau près de moi brillait et j’ai revu le puits
Dans la cour, près du puits les portes des trois
granges,
La maison, le bureau qu’embaumaient des oranges
Et le jardin de sable entre des rangs de buis.
Et je m’en suis allé vers l’ombre du village.
On devinait parfois des toits sous le feuillage.
Tous les chiens aboyaient au passage. J’allais.
J’ai passé la prairie aux osiers violets,
J’ai vu sur le chemin l’ombre du presbytère
Humblement s’allonger à mes pieds, sur la terre,
Et j’ai marché sur elle et je m’en suis venu.
Maintenant, je suis là. J’ai posé mon front nu
Sur la pierre. Le vent, dans mes cheveux, ondule.
Rien ne vit plus dans la maison. On n’entend pas
Le moindre bruit. Pas même un chien. Pas même un
pas
De servante ou le balancier d’une pendule.
Dors-tu sans un remords dans ta nuit, au tombeau ?
Mon ami, qu’as-tu fait ? Ta maison était
belle.
O souvenir ! Il est cruel qu’on se rappelle.
En septembre, le soir, quand le ciel était beau,
Les étoiles pointaient aux grappes de la treille.
Cette maison n’est plus à ta maison pareille.
La pierre reste
froide et me glace le front.
Mon ami, qu’as-tu fait ? D’autres hommes
viendront
Boire et rire à la
place où rêvèrent nos âmes.
Qu’as-tu fait ? Qu’as-tu fait ? La plus
belle des femmes
Viendrait dorer
ce seuil obscur de sa gaîté,
Que son rire serait misérable, à côté
De la grande douleur
qui t’accabla naguère.
Rien ici ne vit plus.
Et j’ai froid sur la pierre.
La mort ne t’effraya jamais. O souvenir !
Tu disais : Il faudra, puisque tout doit
finir,
M’en aller sans fermer moi-même ma demeure.
Mais, avec moi, que rien de ces choses ne meure.
O rêveur !
Quelle
nuit ! Rien n’y vit-il encor ?
Non, le bourg est baigné par la lune et tout dort.
Mais, là-bas, loin, le front dressé sur le ciel d’or,
Un homme, en sifflotant, s’éloigne sur la route.
Et moi je me souviens, hélas ! et moi j’écoute
L’ami, mort aujourd’hui, me parler de la mort.
SOIR
Le soir est triste sur la source et sur la mousse ;
Il est le frère malheureux de l’aube douce,
Triste et doux à peu près de la même douceur,
Mais, orphelin qui n’a jamais connu sa sœur,
Le soir rosé a rêvé du rosé de l’aurore.
Il sent pourtant qu’il lui faudra mourir encore
Sans connaître l’amour de son grand baiser d’or.
Et le soir s’abandonne à la mort sans effort,
Et le soir s’abandonne à sa blonde agonie
Et les cloches disent pour lui leur litanie
Et le bois mêle à leurs prières sa rumeur.
O le soir qui jamais ne naît et toujours meurt !
A PIERRE BENOIT
Te voilà riche, ami, de l’odeur
du pin noir,
De l’ombre du pin vert,
de l’éclat du pin rouge,
Suivant qu’à l’horizon
marin l’aurore bouge
Ou que midi s essouffle
ou que tombe le soir.
Moi, j’avais bien Paris,
l’Aisne et l’Oise françaises,
Le printemps frais, l’odeur
agréable des fraises…
Mais, malgré la douceur
de leurs rosés de mai,
Pour ceux qui, tels que
moi, pleurent de trop aimer,
Il faut mieux, pour
pouvoir endormir sa souffrance,
Que l’horizon charmant
des collines de France.
Il faut de ces couchants
si longs où les couleurs
Se laissent envahir d’une douce
agonie ;
Il faut, entre l’azur et l’homme,
une harmonie
Où la douleur du soir parle à notre
douleur.
Tu posséderas, seul, cet
horizon d’Espagne,
Ces chants que dans la
nuit les parfums accompagnent,
Cet infini de ciel, cet
infini de mer,
Ces lacs où dort le vol
des oiseaux de passage
Et, plus loin que le
rauque et profond paysage
Des pins, la dune fauve
et les golfes amers.
C’est là que je suis né. C’est là,
devant la lande,
Qu’il faudra, quelque jour, amis, nous
retrouver,
Devant ces infinis qui
font l’âme si grande
Que l’on ne sait plus vivre à
force d’en rêver.
Ici j’entends marcher si lourdement les
heures
Que je sens mon cœur vide
à mourir, et je pleure.
Ce jour fut
morne, sourd, inquiétant et gris
Ma lampe veillera cette
nuit sur Paris ;
La ville aux bruits
heurtés se creuse de silence.
Mon livre est là, devant
mes yeux. O patience !
O rêves ! O travail !
Espoir d’hier ! Revers
De demain !
Mon ami, cher ami de mes vers,
Je n’irai même pas, ce
soir, à l’heure bleue,
Regarder s allumer dans l’ombre
la banlieue,
Où la Seine qui tourne et
fuit à l’horizon
Laisse glisser sur l’eau
ses feux, comme la pluie
Fait glisser son eau
tiède aux vitres des maisons.
O soirs de solitude et de
mélancolie !
Un tramway passe. Un
fiacre roule… Ces départs !
Nous nous retrouverons, n’est-ce
pas, quelque part,
Devant la mer, après ces
mois de grande absence ?
Je te dirai : J’ai
plus souffert qu’on ne le pense,
Plus que nul ne le sait,
plus que nul ne la cru.
La vague sous nos pieds
fera son bruit bourru.
Ce sera quelque nuit de
marée et de lune
Radieuses. Et moi, me
penchant sur la dune,
Je laisserai couler de
mon poing, doucement,
Les grains silencieux
pris à l’arène humide,
Pour qu’avec lui mes yeux
et mon âme se vident
De l’orgueil du poète et
des pleurs de l’amant.
A UNE JEUNE FILLE
Je songe à vous. La lune
est là. La lune écoute
Dans le soir attiédi des
soupirs et des voix ;
Les cloches des troupeaux
grelottent sur la route.
— Etes-vous
triste encor ? Vous pleuriez autrefois.
Vous souffriez. De qui ?
Peut-être de vous seule.
Vous pleuriez en disant
qu’on ne vous aimait pas.
— Le vent,
qui fait voler les pailles de l’éteule,
Mêle à leur or léger le
parfum des lilas.
L’hymne des tout petits
emplit toute la lande.
— Je vois votre
profil sur le ciel clair et bas. —
Ce silence est très grand,
mais mon âme est plus grande,
Ce chant silencieux ne la
remplirait pas.
Votre profil léger pesait
pourtant sur l’ombre
Qui rampait en rongeant le
bord des coteaux bleus.
Autour de votre front le ciel
clair était sombre,
Et des étoiles d’or
tremblaient dans vos cheveux.
Vous souvient-il ? Vous
souvient-il ? Vous étiez belle,
Et c’est pourquoi mon rêve est
beau, ce soir, et doux.
Sur le peuplier droit dort une
tourterelle.
Endormez-vous, tous mes regrets,
endormez-vous.
A LA MÊME
Dans le ciel vert le jour va naître,
Il fait très doux ;
L’aube blanchit votre fenêtre,
Eveillez-vous.
Voyez : la ligne des collines
Est d’or, là-bas ;
Ecoutez au front des glycines
Et des lilas,
Ecoutez au profond des treilles
Et des roseaux,
Ecoutez toutes les abeilles
Tous les oiseaux.
La vie est là qui vous appelle ;
Voyez : tout luit.
La vie est là, la vie est belle,
Souriez lui.
Car pour vous, enfant, vont éclore
Au bleu du jour
Toutes les roses de l’aurore
Et de l’amour.
LE LAURIER
Octobre est riche encor
de fruits et de rayons.
Le lézard azuré
dort, au chaud, sur la haie,
L’alouette huppée
au frais dans le sillon ;
Des muscats
violets se rident sur des claies,
Et le vent des
chemins chasse des tourbillons.
L’arbre a souffert l’hiver,
la gelée et les gommes,
Pour te donner
les fruits dont les rameaux sont lourds
Moi, j’ai souffert
l’orgueil et le dédain des hommes,
Pour te donner aussi mon
œuvre et mon amour.
Viens. Mon amour est
mûr. Il faut que tu le cueilles.
Mais, pour l’œuvre,
mon cœur na pas assez souffert.
Prends soin de ce
laurier ; il faudra que ses feuilles
Couronnent, quelque
jour, ce fruit de mon hiver.
mercredi 14 mai 2008
Débats à propos de l'amnistie lors du congrès de l'Union fédérale des associations françaises de blessés, mutilés, réformés
Congrès de Nancy de l’Union fédérale des
associations françaises de blessés, mutilés, réformés, anciens-combattants de
la Grande-Guerre et de leurs veuves, orphelins et ascendants, tenu les 15, 16
et 17 mai 1921
Chapitre
« AMNISTIE » pages 74 à 84.
AMNISTIE
Rapporteur :
FONTENAILLE
FONTENAILLE donne
lecture de son rapport
A DINAN, qui réclame
pour tous les anciens combattants une amnistie pleine et entière, les autres
associations opposent l’exclusion du principe même de l’amnistie des soldats
condamnés pour désertion, trahison ou crime
de droit commun.
S’appuyant donc sur
les cas où les conseils de guerre ont condamne rapidement des combattants
inculpés de peccadilles dénommées « incidents de combat », les
associations repoussent le projet d’amnistie voté par la Chambre des députés
qui, dit l’Union des Mutilés de Lyon, « ne distribue la clémence qu’au
compte-gouttes, tandis que les profiteurs de la guerre ou de l’après-guerre
vivent dans la tranquillité la plus parfaite ». Elles réclament alors une
loi d’oubli plus large, plus humaine et plus généreuse en faveur des soldats
condamnés du 2 août 1914 au 11
novembre 1918, et des sanctions énergiques contre les membres des conseils de
guerre coupables d’avoir condamné des innocents. La Fédération tarnaise, à ce
vœu général, ajoute une motion spéciale tendant à la révision du procès des
mutins de la Mer Noire et la mise en liberté des accusés (l’officier-mécanicien
Marty compris) : la Fédération bretonne voudrait la révision de toutes les
condamnations qui ont entraîné la mort des condamnés.
COLIN,
de Nice. — Messieurs, j’estime que l’amnistie, si elle fut trop large pour les criminels de droit commun, n’a pas été
assez large pour les crimes spéciaux prévus par le Code de justice militaire,
en raison des erreurs judiciaires trop nombreuses provoquées par l’application
de ce code vieillot, suranné, désuet, qui n’était pas conforme aux conditions
de la guerre moderne.
Avant
d’entrer dans ces explications, je tiens tout d’abord à vous dire que je ne
fais nullement profession d’antimilitarisme, ni ne voudrais vous inciter à l’antimilitarisme.
Je suis Vosgien ;
à quarante ans, je me suis présenté le premier comme volontaire territorial
pour renforcer les régiments actifs. Après la guerre en rase campagne, en
Lorraine j’ai fait deux ans de tranchées ; j’ai ensuite rempli pendant deux ans les fonctions
de commissaire rapporteur aux armées et j’ai
pu constater, soit comme officier d’infanterie, soit comme commissaire
rapporteur, les vices du Code de justice militaire, qui ont été la cause d’erreurs
très regrettables.
Je dis donc que le
Code de justice militaire n’était plus conforme aux conditions de la guerre
moderne, soit au point de vue des
articles visant les crimes et les délits soit au point de vue des articles
visant l’organisation de la justice militaire.
Au point de vue des
articles visant les crimes et les délits je veux vous faire apparaître immédiatement
la non-conformité de ces dispositions aux conditions de la guerre moderne, en
prenant pour exemple le refus d’obéissance et l’abandon de poste en présence de
l’ennemi.
Que
signifient ces termes « en présence de l’ennemi »? C’était clair, net
et précis dans la guerre en rase campagne.
Les termes « en
présence de l’ennemi », dans la dernière guerre de tranchées, manquèrent
de précision et prêtèrent à des interprétations différentes, contradictoires et
trop souvent regrettables.
Quelques vieux
officiers disaient : « En présence de l’ennemi signifie lorsque la troupe
est en formation de combat » ; d’autres soutenaient : « Un
soldat se trouve en présence de l’ennemi lorsqu’il est en tranchée de première
ligne, en soutien de première ligne » ; d’autres allaient plus loin
et prétendaient que le soldat était en présence de l’ennemi lorsqu’il se
trouvait en tranchée de deuxième ligne, de troisième, même en réserve en cas d’attaque.
Bref, personne n’était
d’accord et on est arrivé à ce résultat monstrueux : c’est que par exemple
un militaire qui abandonnait son poste dans une tranchée de première ligne, d’un
calme parfait, alors que l’ennemi ne manifestait aucune activité, pour aller
serrer la main de son frère dont il avait appris l’arrivée récente dans la
tranchée voisine, était condamné comme coupable d’abandon de poste en présence
de l’ennemi (mort), tandis qu’un artilleur d’une batterie en position à quinze
kilomètres de là, à quinze kilomètres du front, qui fuyait son poste parce que
sa batterie était soumise à un bombardement violent, n’était reconnu coupable
que d’abandon de poste sur un territoire en état de guerre.
Autre
exemple : un militaire qui refusait de porter la soupe à ses camarades de
tranchée, parce que ce n’était pas son tour, alors que la vie de tranchée était
devenue vie de caserne en raison de l’inactivité prolongée de l’ennemi dans ce
secteur, était condamné comme coupable de refus d’obéissance en présence de l’ennemi
(mort), tandis qu’un soldat faisant partie d’un centre d’aviation et refusant d’obéir
au moment de l’attaque d’une escadrille ennemie n’était considéré que comme
coupable de refus d’obéissance sur un territoire en état de guerre.
Ne trouvez-vous pas
que c’est inique et que les articles qui contiennent les termes « en
présence de l’ennemi » sont à réviser parce qu’imprécis ?
En attendant cette révision,
puisque la loi d’amnistie n’a pas
compris les crimes de refus d’obéissance et d’abandon de poste en
présence de l’ennemi, nous devons demander au Gouvernement d’étendre l’application
de l’article 20 bis de la loi d’amnistie
a tous les conseils de guerre, pour permettre la révision des condamnations
prononcées pour ces crimes, révision à laquelle il sera procède par une
commission de magistrats civils composée le plus possible d’anciens
combattants, chargée d’étudier les dossiers et de soumettre au garde des sceaux
ceux qui paraîtraient devoir faire l’objet de la procédure de l’article 20bis
de la loi d’amnistie, étendue à tous les conseils de » guerre et non plus
seulement réservée aux cours martiales.
C’est d’autant plus
nécessaire qu’il est arrive que des condamnations pour mutilations volontaires
(abandon de poste devant l’ennemi) ont été prononcées par erreur.
Comme commissaire
rapporteur, j’ai été témoin des faits suivants :
Certains
soldats de ma division avaient été blessés a Verdun a courte distance ;
dès qu’ils étaient arrivés dans les hôpitaux d’arrière, les médecins militaires
s’écriaient : « Blessure à courte distance, mutilation volontaire. »
J’ai instruit ainsi à
l’égard de nombreux soldats qui avaient été transférés des hôpitaux d’arrière
comme prévenus de mutilation volontaire parce que blessés à courte distance ;
heureusement, au cours de mes informations, j’ai pu découvrir des témoins qui m’ont
affirmé que ces soldats avaient été blessés soit par leur imprudence, soit par
l’imprudence de leurs camarades, soit par les Boches.
Je crois vous avoir
suffisamment démontré par ces exemples que le Code de justice militaire ne s’adapte
plus aux conditions de la guerre moderne, au point de vue des articles visant
les crimes et les délits.
J’en arrive,
Messieurs, aux articles qui organisent la justice militaire.
Pendant cette guerre,
les généraux avaient des pouvoirs de droit et des pouvoirs de fait encore plus
grands.
Le
pouvoir de droit consistait en l’ordre d’informer donné par les généraux. Mais
trop souvent on appliquait l’article 156, qui permettait de donner un ordre de
mise en jugement sans instruction préalable. La citation était faite
immédiatement. Le conseil se réunissait après le délai de vingt-quatre-heures.
C’était
une procédure trop sommaire qui donnait des résultats pratiques déplorables, l’accusé n’ayant pas le temps de préparer sa défense,
son défenseur n’ayant pas le temps de consulter le dossier et de faire procéder
a toutes mesures d’informations utiles.
Cette procédure
dangereuse s’aggravait en raison des pouvoirs de fait des généraux qui
pouvaient choisir et désigner eux-mêmes les juges qui devaient composer le
conseil.
Etaient trop souvent
écartés les officiers à titre temporaire.
Le
général convoquait ensuite le président du conseil et lui faisait part,
malheureusement souvent, de ses conceptions et de ses désirs, pour ne pas
employer une autre expression.
Donc le conseil de
guerre était trop sous la dépendance du commandement. Et M. MATTER, chef de la
justice militaire, qui fit de fréquentes inspections, a pu s’en rendre compte.
Il en était de même
des commissaires rapporteurs.
La plupart étaient
des officiers de carrière. Qui dit officiers
de carrière veut dire par cela même des hommes de devoir et de droiture mais
forcés de ménager leur carrière et par suite subissant trop facilement l’influence
de leurs chefs ; d’hommes ignorant d’ailleurs le droit ou ne le comprenant
pas, parce qu’ils ne distinguent pas bien ce qui différencie les sanctions disciplinaires et les sanctions
judiciaires. J’ai entendu un certain commissaire discuter la préméditation au
sujet d’un homicide par imprudence.
Il convient donc de
demander au Gouvernement de modifier l’organisation des tribunaux militaires et
de créer un corps autonome d’officiers de justice militaire.
CHARREY. — Après les
explications que vient de nous donner le camarade COLIN, je viens vous parler d’une
affaire que vous connaissez bien. C’est l’affaire d’hommes qui, innocents, ont
été condamnés à mort. Vous savez que Vichy a eu l’insigne honneur de faire
casser par la Cour de cassation le jugement concernant l’affaire de Vingré. Il
faut que nous obtenions la révision des procès qui ont condamné de nombreux innocents…
Bien qu’ils soient
morts, il reste un point excessivement pénible (ils auraient pu être tués dans
les combats) : c’est que les veuves, les orphelins et les vieux parents qu’ils
ont laissés ont sur leur conscience un déshonneur qui est inadmissible. Je vous
demanderai, par conséquent, afin d’être très bref, et aussi étant donné les
difficultés que nous avons rencontrées, de sentir que l’Union fédérale tout
entière est derrière nous pour obtenir du Gouvernement non seulement que la révision
de tous les procès soit faite, mais aussi que tous ceux qui ont participé à la
condamnation des innocents soient chassés de l’armée. Je vous demanderai tout
simplement d’accepter le vœu que nous avons adressé au Ministère de la Guerre,
de façon que l’Union fédérale soit derrière nous pour nous appuyer de toutes
ses forces. Voici le vœu que nous avons émis :
« Le Congrès
déclare solennellement prendre d’abord en considération le vœu des camarades de
Vichy, libellé ainsi qu’il suit :
« Vu l’arrêt de
la Cour de cassation, aux termes duquel les six martyrs de Vingré ont été
reconnus innocents ;
« Vu le jugement
de réhabilitation démontrant d’une façon formelle que ces Français, condamnés à
faux par un conseil de guerre, n’ont été mis à mort que par manière de
représailles ;
« Considérant
que cet arrêt tardif, bien que conforme à une saine justice, ne » saurait
réparer entièrement les souffrances morales et le préjudice causé à l’honneur
de ces hommes héroïques, ni effacer les angoisses et les larmes versées par
leurs veuves, leurs petits orphelins et leurs vieux parents ;
« Considérant
que la vie d’un citoyen, serait-il soldat, ne doit pas être à la merci des
supérieurs à qui leur irresponsabilité confère tous les droits ;
« Considérant
que seules des sanctions appliquées avec la dernière sévérité montreront l’abus
à ceux qui portent sur leur conscience la mort des six braves du 298e
régiment d’infanterie ;
« Le Congrès
adresse aux pouvoirs publics les vœux suivants :
« 1° Que le
chef de bataillon G... et le lieutenant P..., dont la culpabilité est
démontrée, soient de suite destitués de leur grade, radiés de l’armée et de l’ordre
de la Légion d’honneur, sans préjudice des actions pénales à exercer contre
eux ;
« 2° La
mise en disponibilité immédiate des membres du conseil de guerre ayant prononcé
la condamnation à mort par ordre et leur mise en jugement ;
« 3° Qu’à l’avenir,
pour prévenir le renouvellement d’injustices aussi irritantes, il soit inscrit
en gros caractères sur tous les règlements des Ministères de la Guerre et de la
Marine la préface suivante :
« Officiers de tous grades, qui avez à charge
l’éducation militaire des hommes placés sous vos ordres, rappelez-vous
toujours, si vous avez à prendre une sanction contre eux, qu’il faut vingt ans
à un père et à une mère pour faire un soldat »
« En outre, le
Congrès,
« Considérant
que le Code de justice militaire utilisé pendant la guerre de 1914 à 1918 a pu
être interprété par les conseils de guerre de façon tout à fait différente, ses
articles n’étant pas adaptés aux conditions de la guerre moderne,
« Demande :
« 1° La
révision de toutes les condamnations non amnistiées prononcées pendant la
guerre par des conseils de guerre, au sein d’une commission siégeant au
Ministère de la Justice et composée de juges civils anciens combattants ;
« 2° La
refonte complète du Code de justice militaire ;
« 3° Des
sanctions pénales et disciplinaires contre les auteurs responsables des
condamnations injustifiées ;
« 4° L’amnistie
très large pour les anciens combattants non coupables de crimes de droit
commun, à l’exception des insoumis, des déserteurs à l’étranger et des
traîtres ;
« Décide :
« Qu’au cas où
le Gouvernement ne prendrait pas l’initiative de la révision de la législation
en vigueur, les associations de l’Union fédérale s’abstiendraient de prendre part
aux fêtes officielles à caractère militaire. »
DEROCHE,
de Montluçon. —Je demande » que ces discours soient sténographiés et
envoyés à tous nos députés.
VINÇON. — Chers amis,
nous venons d’entendre des exposés que certains camarades qui se prétendent
défenseurs de la cause des mutilés au Parlement auraient bien fait de méditer
auparavant. J’estime que ce que nous faisons la — émettre des vœux sur une loi
qui vient d’être votée — est inopérant. Comment ferez-vous pour faire réviser
tous ces cas ? Cela va entraîner l’Union fédérale, sachez-le, à faire
elle-même quelque chose ; et je suis sûr que vous êtes d’accord avec moi
pour demander que l’Union fédérale prenne a son compte la révision des cas qui
lui seront signalés dans les fédérations. De deux choses l’une : vous
allez demander la révision de la loi d’amnistie, vous allez avoir affaire aux
camarades qui sont au Parlement. Je voudrais bien demander l’explication d’une
seule au camarade About : l’article 113 de la loi d’amnistie. La question
de confiance a été posée à la Chambre ; le camarade VIDAL s’est empressé
de voter contre tous les discours que vous venez d’entendre aujourd’hui Vous
voyez que si l’Union fédérale ne prend pas à son compte la révision des procès
et ne se pose pas en partie civile pour les familles, c’est une chose
inopérante.
ROBERT. — Je demande
une précision ; je demande au Congrès d’ajouter au vœu du camarade de
Vichy la formule suivante : « Si satisfaction ne nous est pas donnée
de la révocation des officiers en question qu’on vient de nommer, le 14
juillet, à 9 heures du matin, toutes les sociétés affiliées à l’Union fédérale
organiseront une protestation d’ensemble ». Il faut quelque chose d’énergique,
ce sont les vœux du tombeau.
FONTENAILLE,
rapporteur. — Nous sommes tous d’accord avec le camarade de Vichy et avec le
camarade ROBERT. Quant à ce qui me concerne, puisque j’ai à m’occuper de la
question, je suis saisi, d’après mandat du Conseil d’administration, d’une demande de révision de condamnation au
sujet de la condamnation du soldat Marcel Eloi, du 106e R. I., qui a
été condamné pour s’être maquillé et qui ne s’était pas maquillé ; d’ailleurs
son capitaine, qui avait témoigné contre lui, malgré les témoignages de
camarades, s’est suicidé deux jours après. Ce sera la première démarche de l’Union
fédérale à propos de la loi d’amnistie, ce sera un précédent que nous allons
faire, aussi bien pour les fusillés de Vingré — l’affaire du 336e n’est
pas classée, elle est réclamée. La Cour va avoir à se prononcer. Nous faisons
nôtre le vœu de Vichy et ses conclusions, aussi bien que nous prenons l’engagement
de soutenir le principe de la révision de toutes les condamnations qu’on nous
signalera, mais il faudra nous présenter des dossiers complets.
CHARREY
— Est-ce que l’Union fédérale va prendre l’initiative de présenter des demandes
de révision du Code de justice militaire, afin que pour les condamnations
prononcées à tort, des dispositions soient prises contre les auteurs responsables,
parce que vous admettrez qu’à l’heure actuelle, ayant la classe 1919 sous les
armes, il y a de malheureux jeunes gens qui vont passer devant les conseils de guerre,
il faut que les juges aient conscience de leur responsabilité et ne condamnent
pas les innocents à tort.
PERNET.
— Est-ce que la proposition de notre camarade ROBERT sera à l’ordre du
jour ? Parce qu’en somme : protestations, manifestations, j’ai bien
peur qu’à cette occasion des organisations qui n’ont rien du tout de
combattants et de mutilés profitent de cette manifestation, dans laquelle nous
aurons, nous, mis un caractère qui nous concerne et pourraient, elles, l’accaparer
et la faire dégénérer en autre chose. Je demanderai plutôt l’abstention de nos
associations de toutes les organisations, manifestations et fêtes similaires,
défilés, etc. Comprenez-vous, c’est pour que, dans la rue, nous n’arrivions pas
à une émeute, et que ce que nous faisons dans un but de justice ne puisse se
transformer en une manifestation politique déplacée, de façon à ce que nous
gardions personnellement les responsabilités de notre disposition.
BAT. — Le camarade ABOUT
est occupé à la Commission des pensions et il m’a chargé de vous dire
ceci : « Vous ne pouvez rien faire en ce qui concerne la loi d’amnistie,
parce qu’elle est ratifiée par le Sénat ; vous pouvez simplement demander
au Gouvernement de l’appliquer dans un esprit très large. »
JOHANN. — Nous avons
adressé un vœu de semblable importance, un vote à tous nos députés, je puis le
dire, l’année dernière, lors du vote de la loi d’amnistie. Trois de nos députés
avaient voté pour. Cette fois, ils ont voté à cinq l’article 113 ; il y a
eu seulement 40 voix de différence, dans lesquelles MAGINOT et VIDAL ont voté
contre. Si toutes les associations avaient fait effort, comme la Nièvre, nous
aurions obtenu la majorité. Il faudrait donner dans toutes les associations la
conduite à suivre. J’ai su cela par Victor REGNIER. Il m’a dit que la loi d’amnistie
ne pouvait pas passer au moment où il avait été appelé par le ministre de la
Guerre. Le moment était très mal choisi pour appeler le vote sur l’amnistie.
VINÇON.. — Je demande
que la Commission se prononce sur le fait qu’un camarade refuse de venir s’expliquer.
Le PRÉSIDENT. — Je
demande qu’on passe immédiatement au vote du vœu proposé par le camarade de
Vichy en ajoutant celui du camarade de l’Isère et en précisant qu’on
manifestera en refusant de se présenter à toute fête militaire, non pas à Paris
seulement, mais dans toute la France.
ROBERT. — Je me rallie
aux deux propositions. Le préfet vient de prendre un arrêté interdisant toute
manifestation pour laquelle on n’a pas l’autorisation préfectorale. Le préfet
va nous serrer les flancs. Nous sommes les promoteurs, nous ne l’organiserons
pas.
COLONGES.
— Je me rallie à cette proposition, mais j’ajoute que le Congrès pourrait bien
demander à toutes les sociétés qui ont l’intention de participer à ces fêtes
des décorations du 14 juillet de ne pas prendre part aux revues du 14 juillet
si les officiers responsables de l’affaire de Vingré ne sont pas révoqués.
BARTHELEMY.
— J’ajoute ceci : c’est que je fais partie de l’association générale des
Officiers de complément. Cette association a demandé la même chose.
ROBERT.
— Il nous arrive une idée excellente qui dit que nous devons déjà prendre
position pour cette campagne et que demain, avant d’aller au banquet, nous
allions par ordre en cortège régulier, sans rien dire du tout, déposer nos vœux
au préfet de Meurthe-et-Moselle.
LONGERON. — Nous parlons
manifestation. Quoique vous n’ayez pas été mis au courant, — je l’ai d’ailleurs
regretté à la réunion du Conseil d’administration, c’est-à-dire samedi soir, —
je dois vous dire que je me suis fait attraper de belle façon. Puisque l’occasion
vient d’en parler, eh bien, dans une réunion précédente, le 17 mars, nous
avions décidé, au moins en principe, qu’il y aurait peut-être une manifestation
par l’Union fédérale, manifestation où seraient conviées, non pas seulement
toutes les fédérations, mais toutes les sociétés de province, manifestation qui
s organiserait sur la place du Trocadéro et se rendrait au Parlement soumettre
aux commissions, aux députés, toutes les questions qui nous intéressent et qui
n’ont pas été résolues. Elles sont nombreuses, parce que, depuis l’année
dernière, beaucoup de lois ont été mises sur le chantier et aucune n’est encore
sortie aujourd’hui. La question de l’amnistie vient se lier aux autres
questions. Tout à l’heure, vous aurez à décider. Lorsque je l’ai demandé à CASSIN,
on m’a répondu ceci : que si les projets ABOUT, en ce qui concerne les
pensions, et les projets sur les emplois réservés ne venaient pas en discussion
avant le 20 mai, nous devions faire une manifestation. C’est pourquoi il paraît
que cela viendra en discussion après la rentrée de la Chambre. Vous aurez donc
à prendre une décision là-dessus. Je vous demanderai donc de réserver cette
question de manifestation au moins jusqu’à l’assemblée plénière, et c’est au
ministre qui doit venir demain, c’est à lui qu’il faut prouver notre vitalité,
parce qu’il est le délégué du Gouvernement. Il portera au Gouvernement vos
sentiments. Il dira : « Je suis allé dans un congrès de mutilés ;
je m’attendais à recevoir des fleurs, j’ai glissé sur une pelure d’orange. »
On a voté une loi où le Gouvernement est intervenu. Eh bien ! Cette loi d’amnistie
ne donne pas satisfaction aux mutilés parce que, comme toujours, on continue à
taper sur les petits. Et pour les gros, on passe dessus, on laisse marcher, et
de toutes les affaires que vous avez mises dans les journaux, il y a déjà
quelque temps, aujourd’hui vous n’entendez plus parler. Si vous voulez, à l’assemblée
plénière, décider votre manifestation, nous pourrions décider aussi que l’Union
fédérale s’engage par des votes, par des tracts, à prendre position, notamment là-dessus.
L’an dernier, nous avions déjà demandé que l’amnistie soit faite d’une façon
très large. Laissez de côté la question de droit commun. Eh bien ! Il n’y
a rien été fait. En effet, le général D..., je crois est encore en Algérie et
aucune sanction n’a été prise contre lui. Par conséquent, je vous engage à
attendre l’assemblée plénière et à décider ensuite s’il y a lieu de faire une
manifestation ; d’ailleurs, ROGÉ nous donner son avis là-dessus. Mais je
ne crois pas qu’il sera possible de faire dès aujourd’hui, comme le disait
ROBERT, une manifestation plutôt platonique pour aller porter un cahier de revendications au préfet, alors que
demain nous aurons le ministre.
BENASSY. — L’année dernière on a demandé qu’on ne
comprenne pas les déserteurs à l’étranger, les insoumis. Je vous demande qu’une
proposition soit faite, parce que les déserteurs à l’étranger et les insoumis ne peuvent pas être mis avec les déserteurs.
En Suisse et ailleurs nous avons, en effet, des déserteurs qui ne
demandent qu’à revenir en France « pour se fiche de notre
gueule » ; ils se sont reposés pendant que nous étions au front.
COLIN. — Ces déserteurs ne sont pas intéressants. Il y
a une différence énorme entre les déserteurs à l’étranger qui n’ont jamais fait
la guerre, qui ont fui au moment de la mobilisation, et les déserteurs du
front, ceux qui ont été condamnés tantôt pour désertion en présence de l’ennemi
ou à l’ennemi. Les éléments caractéristiques de ces deux crimes sont les mêmes
par une défectuosité du Code.
En effet, rappelons-nous un mot du maréchal NEY :
« Quel est le couillon qui peut se vanter de n’avoir jamais eu
peur ? » Un soldat qui a toujours été un vaillant combattant peut
fléchir à un moment donné ; il mérite des circonstances atténuantes ;
il mérite d’être pardonné par l’amnistie », s’il a fait son devoir
auparavant.
Je vais plus loin au
sujet des condamnés pour désertion à l’ennemi, car pour quelques-uns il n’a pas
toujours été établi que, s’ils se sont rendus, ce soit de leur faute.
Vous savez tous ce
que c’est qu’un petit poste ; deux hommes s’y trouvent ; ils peuvent
être facilement enlevés. S’ils ont été placés en l’air par la faute du
commandement, le commandement ne dira naturellement pas : « C’est de
ma faute. » Il affirmera, au contraire, qu’ils sont passés à l’ennemi et
ils seront condamnés.
Nous devons donc
demander l’extension de l’article 20 de la loi d’amnistie même en faveur des
déserteurs à l’ennemi.
DANIEL. — Messieurs,
vous demandez la révision parce qu’il faut avant tout la faire. Je voudrais
que, de même qu’on a fait pour la Commission FAYOLLE, je voudrais qu’à l’appui
du vœu du camarade, il puisse y avoir de nos camarades dans ces commissions.
HÉRAUD. — Je prie nos
camarades de ne pas faire de surenchère Nous sommes en train de nous plaindre
des juges qui ne sont pas compétents et nous allons demander à d’autres juges,
pas plus qualifiés, de réviser les jugements ? Il y a là une erreur de
tactique. Si les juges militaires ont mal jugé, c’est que, d’une part, ils n’y
connaissaient rien. C’étaient des gens de bonne foi, souvent, et souvent aussi
ils croyaient que les ordres supérieurs devaient influer sur leur conscience de
juges. D’autre part, vous ne vous rendez pas compte combien il est difficile d’étudier
un dossier. Ils ne sauraient pas faire cette révision. Ne demandez pas des
choses qui sont simplement des motions condamnées à un enterrement de première
classe.
FONTENAILLE. — Je
demande que les dossiers soient confiés à un ancien combattant et que les juges
soient des anciens combattants. (Suite de la lecture du rapport.)
1° La question
est adoptée.
2° La question
est adoptée.
3° La question
est adoptée.
4° La question
est adoptée.
VINÇON. — Votre ordre
du jour est très bien, mais je serais de l’avis de beaucoup, pour savoir si on
aura au moins, demain, une parole autorisée du ministre des Pensions, qui a
voté contre, s’il s’engage devant le Congrès à défendre le projet devant le
Conseil des ministres.
THOMAS. — L’exclusion
de toutes manifestations où nous sommes invités par des municipalités à
accompagner une cérémonie militaire.
LE PRÉSIDENT. — Je
mets aux voix l’ensemble de l’ordre du jour.
VINÇON. — Vous allez
donner un ordre du jour à un monsieur qui a voté contre il y a huit jours, et
alors, en cas de refus, que ferez-vous ?
VAILLANT. — Quelles
mesures prendrez-vous ?
VINÇON. — Ne pas
assister au banquet officiel.
CHAREY. —Je me rallie
au vœu du camarade VINÇON. Dans le cas où le ministre ne voudrait pas nous
soutenir, que nous placions le banquet sous la présidence d’honneur de toutes
les victimes des conseils de guerre.
PÉRET. — II ne faut
pas mettre en demeure le ministre, il n’y a qu’à lui remettre l’ordre du jour ;
il nous donnera l’engagement de le soutenir auprès du Parlement.
UN DÉLÉGUÉ de Montluçon.
— Je vous demande que nous envoyions l’ordre du jour au ministre des Pensions
avec la copie du discours du camarade qui a été commissaire rapporteur et qui a
assisté très longtemps aux jugements des conseils de guerre, et que la copie du
camarade soit envoyée appuyée par toutes les fédérations, de façon à ce qu’on
prenne position avec tous les députés anciens combattants pour arriver à un
résultat.
ROBERT. — Vous
invitez le ministre à présider votre banquet ; je crois qu’on obtient
davantage par la persuasion. Si, dans l’Isère, nous avons l’effectif que nous
avons aujourd’hui, si nous avons obtenu des résultats, c’est très souvent en
renversant les encriers sur les bureaux ; mais j’en tire la conclusion
que, par la persuasion, on arrive à beaucoup de choses. Eh bien ! Demain,
qu’on invite le ministre ou qu’on ne l’invite pas, un représentant de la République
ne peut pas vous dire : « Je peux défendre votre cause. » Vous
ne pouvez faire qu’une chose : lui remettre l’ordre du jour en espérant qu’il
le défendra, comme vous le feriez si vous le portiez au préfet, mais vous ne
pouvez pas lui demander son avis en plein banquet.
ROGÉ. — Je suis
obligé d’être poli, puisque je reçois le ministre. Je demande une chose très
simple, c’est que les camarades qui veulent nous faire faire des commissions
galeuses veuillent se charger de les faire eux-mêmes. Je sais quand il faut
taper ferme ; on a rappelé tout à l’heure certaine carafe et certain verre
d’eau ; je suis prêt à recommencer, mais je ne voudrais pas que vous nous
mettiez dans l’obligation d’être incorrects. Il ne faut pas nous obliger à
prendre une attitude belliqueuse, il faut vous mettre à notre place ;
lorsque nous avons des revendications, il est difficile de les présenter et
plus difficile encore de les faire triompher. Il faut nous laisser la possibilité
d’être durs quand il le faut et polis et corrects quand il faut l’être.
VAILLANT. — Nous
sommes saisis de plusieurs idées :1° Il faut remettre demain au
ministre l’ordre du jour que nous venons de voter.
LONGERON. — Je
comprends très bien ce que vient de nous alléguer ROGÉ, c’est très juste. Le
ministre est invité aujourd’hui. Si nous lui télégraphions notre ordre du jour,
il hésitera à venir, et ce serait très fâcheux. Il y a quelque chose : cet
ordre du jour est lié à tous les ordres du jour ; il n’y a pas que cette
question qui est intéressante, toutes les questions sont intéressantes, c’est
le cahier entier des revendications qu’il faut que nous remettions demain entre
les mains du ministre, puisque les revendications seront terminées, et lui
demander l’engagement de le défendre tout entier.
VAILLANT.
— 2° Remettre au ministre le cahier des revendications générales. ROGÉ
fait un discours ; dans ce discours il précise quelles sont les
revendications générales de l’Union fédérale, il peut toucher un mot de la
question de l’amnistie que nous venons de poser, de façon que le ministre soit
obligé de nous donner son opinion à ce sujet.
ROBERT.
— Si nous ouvrons le débat, vous allez présenter un banquet de désunion et nous
allons recommencer, à ce banquet, l’assemblée plénière.
HÉRAUD.
— Je vous demande de laisser à votre président le soin de savoir ce qu’il dira
ou ne dira pas dans son discours. La remise du cahier de revendications s’impose,
mais dans d’autres commissions il y a eu aussi des questions très importantes
que nos camarades considèrent comme plus importantes que la loi d’amnistie.
Faisons confiance à notre président, quel qu’il soit demain ;
remettons-nous en à lui, ce sera un homme intelligent qui présidera, et surtout
pas d’incidents, on n’invite pas les gens à venir déjeuner pour les mettre en
accusation.
VAILLANT.
— Je vous propose d’adopter la proposition de Marcel HÉRAUD.
Adoptée
à l’unanimité.
mardi 13 mai 2008
Congrès de Nancy en 1921
Les 15, 16 et 17 mai 1921, s'est tenu à Nancy le congrès de l'Union fédérale des associations françaises de blessés, mutilés, réformés anciens combattants de la Grande-Guerre et de leurs veuves, orphelins et ascendants.
mardi 18 mars 2008
Hommage aux infirmières à l'Hôtel des Invalides
Sur un des piliers de la nef de l'église Saint-Louis des Invlaides se trouve apposée une plaque, hommage des soldats français à leurs infirmières :
mercredi 30 janvier 2008
Le monument national aux infirmières à Pierrefonds (Oise)
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C'est le 20 août 1918 qu'un
bombardement aérien tua Melle Jeanne Jalaguier, infirmière militaire à
l'hôpital chirurgical. Cet hôpital ambulance n°226 était installé dans le parc
de l'ancien Hôtel des Bains à Pierrefonds. Rares sont les sépultures militaires
d'infirmières.
Pour commémorer ce moment
douloureux dela
Grande-Guerre, les anciens-combattants ont élevé place de
l'hôtel de ville de Pierrefonds un monument national "aux
infirmières", qui rappelle tout spécialement le sacrifice de Jeanne
Jalaguier.
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Voici la façon dont fut
annoncée la constitution d’un Comité du Souvenir en vue de l’érection du monument
national aux infirmières :
« … Vous possédez au plus haut degré les nobles et traditionnelles
qualités de l’Infirmière qui sait où commence son devoir et ne sait jamais où
finit son dévouement… »
Ces notes extraites du livret d’une Infirmière de la Grande-Guerre, tuée à
son poste alors qu’elle réconfortait par sa présence, son calme et son courage,
les blessés de son ambulance, ne sont-elles pas, pour ceux qui ont fait la
guerre, un réconfortant souvenir ?
Plus de 50 000 femmes et jeunes filles ont, dans un élan du plus
pur patriotisme, sacrifié le bien-être d’un foyer pour se consacrer au
soulagement de nos malheureux camarades, les uns gravement blessés, les autres
atteints de maladies souvent contagieuses.
Aucune tâche ne les a repoussées et, avec un dévouement infini, une
abnégation stoïque, elles accomplissaient, toujours et sans bruit, leur devoir
et parfois les plus pénibles besognes.
Elles appartenaient à toutes les classes de la société et toutes
étaient animées d’un élan de charité vers la souffrance et rappelaient au
Poilu, par leur douceur et leur abnégation : une mère, une épouse, une sœur.
Parmi tant de dévouement librement consenti, sait-on que plus de 250
Infirmières sont mortes pour la France, les unes tuées par bombardement, les
autres décédées des suites de maladies contagieuses contractées au chevet de
leurs malades ?
Jusqu’à ce jour aucun monument n’a été élevé à la mémoire de ces héroïques
françaises mais, sur l’initiative d’un groupe d’Anciens Combattants de
Pierrefonds, un Comité d’Action vient de se constituer pour réparer cette
omission et faire élever un Monument National aux Infirmières Françaises mortes
pour la France.
Il s’adresse à tous les Anciens Combattants sans distinction d’Associations,
d’idées politiques, de religion ; aux riches comme aux modestes ; aux
simples Poilus comme aux Officiers ; aux Ascendants ; aux Veuves ;
à tous ceux qui doivent un tribu de reconnaissance à ces admirables femmes.
Les temps sont difficiles, dira-t-on, mais le sacrifice consenti n’en
sera que plus méritoire. Le Comité est certain que vain ne sera pas son appel
et que tous les Français voudront s’associer à cette Œuvre du Souvenir.
Siège : 1, rue de Compiègne, à PIERREFONDS (Oise)
TRÉSORIER GÉNÉRAL : Comte PILLET-WILL, 31, rue de Lisbonne, Paris
(8e)
Source : Almanach du Combattant 1934.
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lundi 28 janvier 2008
Réinstallation du tableau "Le Départ" à la Gare de l'Est
C’est le 18 janvier 2008 que le tableau d’Albert Herter a
été réinstallé dans le « hall Alsace » de la gare de l’Est. Je
connaissais aussi ce hall sous l’appellation « Départ Grandes Lignes ».
Après restauration il trouve une place où il est mis en
valeur.
Vous pouvez vous documenter ici : ICI
samedi 24 novembre 2007
Sous-lieutenant Robert IBELS 1895-1917 du 411e R.I.
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Comme
tous les jeunes gens fauchés par la guerre, Robert ne fit que passer dans la
vie et, si son nom ne peut périr, s'il s'inscrit en lettres indélébiles parmi
ceux de ses camarades, il le doit, hélas ! à sa fin qui fut, selon le mot du
poète, « éblouissante et brève ».
Né à Paris le 11 février 1895, il manifesta de bonne heure un vif penchant pour
les questions artistiques. Il avait, il est vrai, de qui tenir, étant le fils
de ce hardi dessinateur qu'est H. G. Ibels.
Robert Ibels fut reçu au concours de l'école Estienne avec le n° 1. Autour de
lui se répandait une atmosphère d'heureuse camaraderie et cette atmosphère,
charmante et bien française, fut la même quand le jeune homme se trouva
transporté tout à coup, de l'école à la guerre parmi les simples soldats d'une
compagnie d'infanterie.
Il prit part — avec quel entrain ! — à l'attaque de septembre 1915, en
Champagne. Il était alors tout jeune caporal au 411e R. I. et, la
veille de l'offensive, il écrivait à ses parents une lettre hâtive qui se
terminait par ces mots admirables :
« Nous partons confiants,
tranquilles, joyeux d'être les premiers à monter à l’assaut, sûrs d'aller à la
gloire, si cruels qu'en soient les chemins. »
Dans le même régiment qui vit ses débuts, il gagna ses galons. Il était
sous-lieutenant quand, le 19 février 1917, il fut cité en ces termes de l'armée
:
« Un de ses hommes ayant été tué à quelques pas d'un poste allemand, et la
patrouille dont cet homme faisait partie ne parvenant pas à le ramener en
raison du feu intense de l’ennemi, est allé lui même et a réussi, malgré les
plus grosses difficultés et au prix des plus grands dangers, à ramener le corps
jusqu à la tranchée française.
Officier très brave payant toujours de sa personne et donnant le plus bel
exemple. »
Robert Ibels fut tué, le 19 août 1917, à la côte du Poivre, en avant de Verdun.
Pour prendre part à l'attaque, il avait abrégé sa permission alors en cours.
Avant d'expirer, il trouva la force dernière de crier : Courage, mes enfants !
Jurez-moi de nous venger ! »Un de ses hommes l'enleva dans ses bras en pleurant
de douleur.
L’œuvre encore inédite de Robert Ibels se compose de petits poèmes écrits au
front.
Roger RÉGIS.
LA TRISTESSE DE LA LUNE
Phœbé, pour qui briller en ces jours de rancœur,
Puisque tes blancs rayons n’éclairent que des tombes ?
Puisque ce n’est partout qu’atroces hécatombes,
Pour qui donc ce sourire indulgent et vainqueur ?
Ne
te souviens~tu pas de ces joyeux amants
Qui s’en allaient ardents au bras de leurs maîtresses ?
Ce n’était que baisers, ce n’était que caresses,
Et le vent, dans la nuit, te portait leurs serments.
Regarde
maintenant ces corps jonchant la plaine,
Regarde ce soldat et vois ce capitaine :
Tu les as reconnus, ton sourire se navre.
Et
la nuit frissonnante a senti dans ses voiles
La brise d’autrefois mêler jusqu’aux étoiles
A l’odeur du printemps un relent de cadavre.
Septembre 1916.
FUSÉES
La tranchée s’est drapée du linceul des ténèbres.
Pas une étoile au ciel. Le vent hurle à la mort.
Son chant semble l'écho de cent appels funèbres.
Le canon gronde au loin. Je suis seul, et tout dort.
Eblouissant
épi soudain jailli de l'ombre,
Une fusée s'élance et monte dans la nuit.
Elle éclaire un instant les cadavres sans nombre,
Retombe lentement, et meurt sans aucun bruit.
Comme
elle ma pensée parfois monte, rapide,
Vers la nuit du passé, qui s'éclaire, livide,
Sur le corps douloureux des anciens souvenirs.
Vers
les champs de l'Oubli, où dorment pour toujours
Nos rêves envolés, nos espoirs, nos amours,
Que de fusées sous forme de soupirs !
Robert
IBELS.
Né à Paris le 11 février 1895. Tué à la Côte du Poivre le 19 août 1917.
Robert
Ibels repose tombe n°1063 de la nécropole nationale « Glorieux »
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Merci
à Jean-Luc Kaluzko pour la qualité du reportage sur le site de « Glorieux »
dimanche 11 novembre 2007
Juillet 36 - 11 novembre 36 - Le serment de Douaumont
A l’occasion du Rassemblement
international des Anciens Combattants qui eut lieu à Verdun, en juillet 1936, des
milliers de soldats alliés et ex-ennemis prononcèrent ensemble un serment de
paix : le serment de Verdun, sur les lieux mêmes où s’étaient affrontés
leurs courages.
Pour le 11 novembre de cette même
année un carte postale magnifiait cet engagement.
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11 novembre 1936. –
Parce que ceux qui reposent ici
et ailleurs ne sont entrés dans la paix des morts que pour fonder la paix des
vivants…
Et parce qu’il nous serait
sacrilège d’admettre désormais ce que les morts ont détesté…
La paix, que nous devons à leur
sacrifice, nous jurons de la sauvegarder et de la vouloir.
« Serment de Douaumont »
Jean Suberville écrivit un magnifique poème où il exaltait cette idée généreuse. Voici quelques extraits du manuscrit de Jean Suberville publiés dans l’almanach du combattant pour l’année 197, 40 ans après.
Nous irons à Verdun en colonne
profonde,
Peuple immense poussé par le
souffle d’un Dieu ;
Trois générations des quatre
coins du monde
Se lèveront ainsi pour gravir le
haut-lieu.
Ceux qui ne viendront point délègueront leurs âmes,
Pour que nous soyons là tous
ensemble à la fois ;
Et les morts à leur tour,
veillant comme des flammes,
Nous attendront là-haut dans la
forêt des croix.
Nous partirons, vieillis, mais
forts et fiers encore,
Chacun, de son pays, du seuil de
sa maison,
A l’appel de son coq, au feu de
son aurore,
Les yeux pleins de son rêve et de
son horizon.
Les longs trains en sifflant à
travers les nuits fraîches,
De Bayonne et de Metz, de Calais
et d’Embrun,
Seront en même temps lancés comme
des flèches
Qui toutes viseront le grand cœur
de Verdun !
Mais au lieu d’un bûcher où s’immole
la France,
Verdun ne dresse plus que son
phare éternel ;
Et nous irons vers lui conduits
par l’espérance,
Tels les mages suivant l’étoile
de Noël !
Nous serons tous là, devant l’Ossuaire,
Survivants et morts, croyant au
cœur pur,
Emplissant la nef de ce sanctuaire
Fait de terre sombre et de ciel
obscur.
Ces graves plateaux couverts de
ténèbres,
Où l’orgue des vents chante un
air mortel,
Etendront sans fin leurs tertres
funèbres
Et nous serviront de table d’autel.
Et sur cet autel nous mettrons
nos haines,
Nos coups de cafard, nos amours
aussi,
Nos nuits sans sommeil, nos
sueurs, nos peines,
Toute notre angoisse en tenant
ici.
La montée au Front dans la boue
épaisse,
Ce dur va-et-vient sans plus s’arrêter,
Double noria qui tournait sans
cesse
Et versait le sang de chaque
côté!
Nous mettrons le poids des morts
misérables,
Plus d’un million de crânes
séchés ;
L’espoir de leurs fils, ces
fleurs innombrables
Qui devaient sortir des printemps
fauchés !
Nous mettrons enfin les larmes
des mères,
Des veuves ainsi que des
orphelins,
Immense marée aux vagues amères
Dont tous les pays sont encore
pleins !
Nous ajouterons les exploits
sublimes,
Les drapeaux hachés et les croix
d’honneur,
Toute l’épopée atteignant les
cimes
Du renoncement et de la
grandeur !
… Devant le Ciel qui nous
entend, devant les hommes
Qui devront nous entendre aussi,
Nous qui venons de tous les pays
et qui sommes
Ceux qui se battirent ici.
Au nom de ceux qui ne sont plus,
de ceux qui vivent,
Et de ceux qui naîtront demain,
Contre et malgré les destins
noirs qui nous poursuivent,
Pour prix de tout ce sang
humain :
Nous voulons
qu’à jamais soit maudite la guerre
Et que, rois, soldats ou tribuns,
Pour régler nos conflits les
maîtres de la terre
Ne fassent plus d’autres Verduns !
Nous voulons une paix qui, sans
être éternelle,
Ne soit pas une illusion ;
Que le vol des corbeaux n’étende
point son aile
Sur chaque génération !
La souffrance des purs, des
forts,
Car la grande victoire est dans
la paix du monde,
Payée au poids de tant de
morts !
Et nous, les combattants de la
dernière guerre,
Comme autrefois sur tous les
fronts,
Nous jurons de veiller sur cette
paix si chère :
Devant ces morts nous le jurons ! »
Jean Suberville.


















































