Voici un texte paru dans le Démocrate savoisien du 2 janvier 15. Cela a l’air sérieux puisque chapeauté par le service agricole de la préfecture.

La Savoie, valeureuse autant que belle, suivant l’expression de M. Deschanel, a de nombreux enfants sur le front qui, par leur courage, méritent tous les jours, amplement ces éloges. Ils ont du cœur, et le montrent.

Rien n’est plus agréable à nos soldats que les envois du pays. Quel est celui d’entre eux qui, au fond d’une tranchée de l’Argonne, des Vosges ou de Belgique, ne se sentira doucement remué en emplissant son « quart » de vin de Savoie !

La récolte a été bonne sur bien des points, ici. Envoyons donc à nos compatriotes un peu de ce vin qui leur rappellera le pays.

Que le maire ou son représentant fasse la tournée dans chaque village ; que chaque vigneron tire au tonneau un ou plusieurs « cizelins ». Qu’on en emplisse de nombreux fûts ! Que ce vin aille directement vite à nos fils pour les réconforter. Ils y trouveront, avec le goût du terroir que seuls ils peuvent apprécier, un peu à l’image de la Savoie.

Nous indiquons ci-après comment le groupement du vin et les envois pourront être effectués.

Dans les communes viticoles, à un jour fixé par lui, et aussitôt que possible le maire ou son représentant, après avoir avisé la population par voie d’affiche, feront la tournée. Ils se procureront sur place des fûts, de préférence de 200 litres ou moins pour faciliter les transports. Ces fûts leur seront remboursés par les soins de la préfecture, s’il n’est pas possible de se les procurer gratuitement.

Le vin une fois logé, les maires qui auront avisé la préfecture ( services agricoles ) de la quantité ainsi rassemblée, attendront des instructions pour l’envoi. Le vin sera groupé par gares et les envois se feront successivement convoyés directement sur les dépôts de nos régiments de Savoie, à proximité du front. Les droits de régie seront à la charge de la Guerre.

On demande seulement aux vignerons de donner, sans dérangement pour eux, un peu de vin, de bon vin, pour les soldats savoyards. Quel est celui qui s’y refusera ?