Nos 23 Bataillons de Chasseurs, comportant sept demi-brigades, sept brelans d’as, et deux Bataillons motorisés, montent, souples et nerveux, la garde à nos frontières, au seuil de la Patrie.

Ils y maintiennent les Traditions de l’Arme, celles des Chasseurs de Vincennes et d’Orléans.

Innombrables sont, en effet, les citations dont se parent leurs fanions et leurs poitrines. Quant à leur unique Drapeau, titulaire de quelque 200 palmes, il n’en porte qu’une à sa hampe, la palme collective de l’Arme, et ce Drapeau, il n’est jamais tombé aux mains de l’ennemi, en dépit des viles calomnies d’outre Rhin.

Le PREMIER DRAPEAU fut remis le 4 Mai 1841, aux Tuileries parle Roi Louis-Philippe, en présence des 10 Bataillons (de 1 à 10), au 2e de l’Arme, Commandant Froment-Coste – futur Commandant du Bataillon Sidi-Brahim, le 8e d’Orléans, l’ancêtre de l’actuel 8e de Toul – en garnison à Vincennes. Selon la tradition qui s’institue alors, il est confié au Bataillon de Vincennes (Donjon). Le 7 Octobre 1844, le 2e Bataillon, désigné pour tenir garnison à Metz, remet le Drapeau au 4e qui, le 5 Novembre 1847, le passe à son tour au 6e, et ainsi de suite...

Le DEUXIÈME DRAPEAU est, après la chute de Louis-Philippe, remis le 20 Avril 1848, à l’Arc de Triomphe, par Dupont de l’Eure, président du Gouvernement Provisoire.

Le TROISIÈME DRAPEAU est remis le 10 Mai 1852, au Champ-de-Mars, par le Prince-Président Louis-Bonaparte, au Commandant de Castagny, commandant le 6e, puis, confié au Commandant Auzouy, commandant le 5e.

Il est décoré de la Légion d’Honneur le 15 Décembre 1859, à Vincennes, par le Maréchal Magnan, Commandant en chef l’Armée de Paris, en présence des 4e, 11e, 19e Bataillons, et du Sergent Garnier, du 10e, pour consacrer la prise à Solferino, le 24 Juin 1859, par les Sergents Fournier et Garnier, du 10e Bataillon, du Drapeau du 60e Régiment d’Infanterie Autrichien, actuellement appendu à la voûte de la Chapelle des Invalides, à Paris, depuis 1860.

A la Guerre de 1870, le Drapeau des Bataillons Bleus n’est pas emporté en campagne, mais déposé, par le 7e, qui en assure alors la garde, à l’Etat-Major de la Place de Paris. Après la chute du Second Empire, il est versé le 19 Septembre 1870, au Dépôt Central d’Artillerie. Il est conservé au Musée de l’Armée.

Le QUATRIÈME DRAPEAU est remis le 14 Juillet 1880, à la revue de Longchamp par le Président de la République Jules Grévy, au Commandant du 25e Bataillon.

Le 26e Bataillon en assure la garde au Donjon de Vincennes jusqu’en Octobre 1913 ; le Commandant Vidalon le remet alors au 4e Bataillon, de Saint-Nicolas-de-Port, Commandant Lacapelle, qui le mène à Lunéville où M. Etienne, Ministre de la Guerre, le remet solennellement au 10e Bataillon, de Saint-Dié, Commandant Eveno.

Le 25 Septembre 1914, il est à. la garde du 10e Bataillon (Sous-Lieutenant Zeller, Porte-Drapeau), lorsqu’au Bois des Wacques, région de Suippe, il est blessé à la hampe d’un éclat d’obus.

Le 20 Octobre 1914, à Gouy-en-Gohelle, à quelques centaines de mètres des premières lignes, le Général De Maud’huy décore le Drapeau de la Médaille Militaire, en présence des 1er, 3e, 10e, 31e, Bataillons et de délégations des 17e, 20e, 21e, pour consacrer la prise du premier drapeau ennemi, celai du 132e R. I. allemand, le 14 Août 1914, à Plaine-Saint-Blaise, à la Ferme Niargoutte, par le « Premier », Commandant Tabouis (Sergent Foulfoin, Chasseur Laboube).

Le CINQUIÈME DRAPEAU est remis le 20 Septembre 1925, sur le plateau de Kall, près de Schewen, en Rhénanie, au 30e Bataillon, par le Haut Commissaire de la République Française en Rhénanie, M. Paul Tirard, ancien capitaine au 66e Bataillon, en présence du Général Guillaumat, Commandant en chef l’Armée Française du Rhin et des Bataillons Bleus de l’Armée du Rhin.

L’Ancien Drapeau, le quatrième, le glorieux et cher « Vieux », tout en loques, que protège une résille d’or, est remis le 24 Décembre 1925, par le Commandant Hervieux, ancien des 4e, 17e et 120e Bataillons, Président de la Fédération Nationale des Chasseurs à Pied, Alpins et Cyclistes, au Général Gouraud, Gouverneur Militaire de Paris, ancien Gouverneur de Strasbourg, ancien des 3e et 21e Bataillons, puis, officiellement, au Musée de l’Armée, le 14 janvier 1926, par le Maréchal Franchet d’Espérey ancien commandant en chef de l’Armée d’Orient, ancien commandant du 18e Bataillon.

Quant à l’Aigle du « Bataillon de Chasseurs de la Garde », créé par Décret impérial du 1er mai 1854, elle fut remise le 30 mars 1855 par l’Empereur Napoléon III et décorée de la Croix de la Légion d’Honneur le 25 juillet 1859, par le Maréchal Régnault de Saint-Jean d’Angély, Commandant en chef la Garde Impériale, à Milan, sur le Corso, pour consacrer la prise, à Solferino le 24 juin 1859, par le Chasseur Montellier (3e Cie, Lieutenant Monéglia), du drapeau du 48e R. I. Hongrois, appendu actuellement, depuis le 29 mai 1860, à la voûte de la Chapelle des Invalides, à Paris.

L’Aigle des Chasseurs de la Garde flotte le 16 août 1870 à Rezonville et le 7 octobre à Ladonchamp. Elle est brûlée à Metz le 28 octobre 1870 ; la croix, sauvée par le Commandant de Ligniville, commandant le « Bataillon de Chasseurs de la Garde », remise, après la mort da Commandant, par sa veuve, au général de Monard, est offerte par ce dernier au 24e Bataillon de Chasseurs Alpins (ex-Garde), qui la conserve pieusement à sa Salle d’Honneur de Villefranche-sur-Mer. L’étoffe, incomplètement brûlée, retirée des cendres par un ouvrier de l’Arsenal, Antoine Laurent, est reconstituée et versée au Musée de l’Armée.

L’unique Drapeau des Chasseurs, orné de la fourragère aux couleurs de la Légion d’honneur, porte à sa hampe, dans l’ordre chronologique de réception, les décorations suivantes : la Croix de la Légion d’Honneur, la Médaille du Cinquantenaire de Solferino (décernée en 1909 par le Gouvernement Royal Italien) ; la Médaille Militaire ; la Valeur Militaire Italienne ; la Croix de Guerre, dont le ruban (aux couleurs de la Médaille Commémorative de Sainte-Hélène) n’est barré que d’une simple palme de bronze, modeste symbole des 240 citations gagnées durant la Grande Guerre par les 78 Bataillons Bleus.

Il porte les inscriptions suivantes :

à l’avers :

RÉPUBLIQUE FRANÇAISE

HONNEUR ET PATRIE

au revers :

ISLY 1844

SIDI-BRAHIM 1845

SEBASTOPOL 1854-55

SOLFERINO 1859

EXTRÊME-ORIENT 1884-85

MADAGASGAR 1895

MAROC 1908-1913

GRANDE GUERRE 1914-1918

Il est à remarquer que le Drapeau des Chasseurs est, avec celui de la LÉGION ÉTRANGÈRE, le seul de l’Armée Française qui porte en ses plis le nom d’une bataille qui ne fut pas une victoire, mais dont l’incomparable éclat demeure si prestigieux, qu’il fut, à juste titre, considéré comme digne de passer à la postérité. SIDI-BRAHIM : 23, 24, 25 Septembre 1845, qui vit l’héroïsme des Chasseurs du 8e d’Orléans du Commandant Froment-Coste, des Capitaines Dutertre (Adjudant-Major), Burgard (2e Cie), de Chargère (6e Cie), de Géreaux (8e Cie, Carabiniers), des Lieutenants de Raymond (7e Cie), de Chappedelaine (8e Cie), du Sous-Lieutenant Larrazet (3e Cie), du Médecin Aide-Major Rozagutti, du Caporal Lavayssière, du Clairon Rolland, etc... et des Hussards du 2e Régiment du Colonel de Montagnac et du Commandant Courby de Cognord.

CAMERONE (Mexique) 30 Avril 1863, où la 3e Cie du ler Bataillon de la Légion, Capitaine Danjou, Sous-Lieutenants Vilain et Maudet, forte de soixante-deux Légionnaires, résista jusqu’aux trois derniers, capturés debout, les armes à la main, à plus de 3 000 Mexicains du Général Milan ; SIDI-BRAHIM, CAMERONE ! L’incomparable et folle bravoure, la défense prodigieuse, coûte que coûte, le serment tenu, de tenir, jusqu’au bout.

Tous les ans, au mois d’août, la Garde du Drapeau est confiée à tour de rôle à l’un des Bataillons suivants : 6e (Grenoble), 8e (Toul), 16e (Toul), 27e (Annecy), 30e (Saint-Nicolas-de-Port), titulaires de la Fourragère aux couleurs de la Légion d’Honneur, et Premier (Strasbourg), 10e (Saverne), 24e (Villefranche-sur-Mer), qui ont chacun pris un drapeau à l’ennemi.

« L’Esprit Chasseur » a dit Lyautey « c’est la rapidité dans l’exécution de gens qui pigent et qui galopent. C’est l’allant, c’est l’allure, c’est le chic. C’est, pour les chefs, le SENS SOCIAL DANS LE COMMANDEMENT, c’est l’accueil aimable. C’est servir, avec le sourire, la discipline qui vient du cœur. C’est le dévouement absolu qui sait aller, lorsqu’il le faut jusqu’au sacrifice total. »»

Joffre a écrit : « Les Bataillons de Chasseurs puisent leur esprit de corps dans leurs traditions vieilles aujourd’hui de cent ans. Qu’ils les gardent précieusement ».

Le Père des Chasseurs le général de Maud’huy, ancien commandant de l’Armée des Vosges, a dit à ses Bataillons le 11 Novembre 1918 : « Ne défroquez pas ! La France aura toujours besoin de Chasseurs » et le général GAMELIN, notre généralisme : « L’esprit chasseur c’est la coquetterie de bien servir, de bien se battre et s’il le faut, de bien mourir ! »

Les consignes des grands chefs sont observées.

Les Fils seront dignes des pères.

Les Diables Bleus vivent, agissent, rayonnent, sous le double signe de leur UNIQUE DRAPEAU et du SOLDAT INCONNU MORT POUR LA PATRIE.

En faisant face, avec le sourire, en se conformant sans cesse à la doctrine de « SIDI-BRAHIM », ils servent le Premier, en demeurant dignes du Second.

Raymond SPONY

(2e, 11e, 4e)