Le Diable au Cor est un petit journal publié par les chasseurs alpins. Il a été adressé à M. Raymond Poincaré, capitaine de chasseurs alpins, qui s’est empressé de répondre par la lettre suivante :

Mes chers camarades.

Je vous remercie de m’adresser régulièrement le Diable au Cor. Je vous remercie surtout de me l’expédier dans une enveloppe où, sous mon nom, figure ce titre qui m’est cher et me rattache à vous : « Capitaine de chasseurs alpins. »

Chaque fois que je décachette votre enveloppe, je sens un petit sursaut au cœur et j’éprouve une émotion très vive, où se mêlent la joie et la mélancolie. Je suis heureux de penser que vous me considérez toujours comme un des vôtres, mais je me console mal de ne pas être effectivement, dans ces heures tragiques, à la tête d’une de nos vaillantes compagnies.

Si je n’étais retenu par d’autres devoirs, avec quelle fierté j’aurais revêtu votre uniforme de « diables bleus » ! Aussitôt que je me retrouve au milieu de vous, je suis sur le point de céder à la tentation de ne plus vous quitter.

Lundi dernier, lorsque j’ai visité, dans les Vosges, la 3e brigade de chasseurs alpins, votre accueil a encore avivé en moi ces sentiments. Vous m’avez reçu aux accents de la Sidi-Brahim ; vous avez fait retentir à mes oreilles le refrain de mon ancien bataillon ; vous avez pavoisé les maisons des villages et jusqu’aux arbres des routes ; vous avez dressé de jolis arcs de triomphe, où la mousse des forêts se mariait aux engins de guerre ; vous avez dessiné de charmantes décorations avec des fils de fer barbelés qui, demain, seront tendus devant les tranchées ; vous vous êtes, en un mot, ingéniés à fêter en moi le représentant de la République et de al France.

Mais vous avez mis dans ces démonstrations de sympathie un empressement si cordial et si familier – vous y avez mis, pour tout dire, tant d’esprit de corps, ou, si vous préférez, tant d’esprit de cor – que vous avez immédiatement enlevé à notre entrevue tout caractère de cérémonie et toute contrainte officielle.