En ce temps là, le record de France des 1 000 mètres était détenu par H. ARNAUD qui l’avait couru en 2 m. 33 s. le 22 mai 1912 . Il était également recordman de France du 1 500 mètres.

Il appartenait au CASG. (Club athlétique de la société générale).

Voilà, c’est tout, pas même son prénom, H.

Voici du mois de mai 1915, une lettre de lui :

« Voilà bientôt huit mois que la guerre est commencée et je n’ai encore rien fait. Mais je me vois, malgré tout, obligé de donner de me nouvelles aux sportifs.

Je croyais pouvoir me distinguer, puisque j’appartiens à l’active. Je n’ai pu le faire encore. Par contre, ce grand honneur est revenu à mon frère, qui a été cité à l’ordre de l’armée et proposé pour la médaille militaire.

Presque au début des hostilités, je suis parti comme volontaire. Je ne pouvais plus tenir en place entre les quatre murs du fort où je me trouvais : il me fallait les champs, la plaine. J’entrevoyais la guerre sous un autre aspect que celui que j’allais voir.

Dès mon arrivée dans mon nouveau régiment, le ... d’infanterie, on me conduisit aux tranchées avancées que ma compagnie occupait. Après un court séjour dans nos taupinières, j’étais encore plus impatient que jamais.

Pour me dérouiller les jambes, j’étais obligé de parcourir des boyaux sinueux, souvent dans l’obligation de courber le corps en avant pour m’abriter des coups de fusil.

(Je recommande aux athlètes actuellement dans les tranchées d’utiliser ces couloirs pour prendre des départs de vitesse ! ! )

C’était donc la nouvelle guerre à laquelle nous conviaient les vandales ! J’avais quitté un fort pour tomber dans un fortin. Je ne m’en plaignais pas malgré tout, car j’étais plus près des bandits et disposé à accepter la lutte. Mais cela me chagrinait de ne pouvoir combattre de façon plus noble, plus chevaleresque. Depuis, j'ai continué, de tranchée en tranchée, changeant continuellement de demeure, comme tout bon touriste qui se respecte, tantôt à la villa des Goélands ou à la villa Jeannette, en passant par la villa de l'Espérance.

Chaque petit coin de notre belle Lorraine laissera en moi un souvenir inoubliable, même plus tard, lorsque le paysan aura fermé les blessures faites à ses champs, lorsque les vestiges de cette guerre seront enfouis, le voile jeté sur le passé, le souvenir vivra, indélébile.

De temps en temps, on fera appel à la mémoire et l’on sera fier d'avoir souffert, d'avoir contribué à faire une France forte et belle.

Je suis actuellement en Woëvre, près du village où tomba glorieusement Jean BOUIN. J'ai vu et j’ai parlé à ses camarades de combat. Notre pauvre Jean dort près du château de Bouconville, à deux kilomètres en arrière de l’endroit où il trouva la mort. A ses côtés repose le capitaine de sa compagnie.

Gloire à ceux tombés pour notre chère Patrie ! »

Et voici une image de lui :

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Nota : Jean Bouin est mort à Xivray (Meuse).