Parue le 19 décembre 1914 dans le « Patriote républicain », voici la lettre d’un guide de Bonneval, hélas anonyme. Nous avons là une indication : ils se parlent !

Voici un extrait d’une lettre écrite du front par un de nos compatriotes de Bonneval, un de ces guides dont le nom est familier à tous les alpinistes et dont le courage, le sang-froid et l’ardeur s’exercent aujourd’hui sur le front :
« Pour se ravitailler, écrit-il, nous sommes obligés de le faire la nuit et en grand silence. Une voiture nous apporte nos munitions à quelques kilomètres de la tranchée ; des hommes de bonne volonté font la corvée de transport. Dans la tranchée, il y a assez souvent des disputes assez violentes avec les Boches. Nous nous comprenons très bien. Il y en a qui causent français. Nous leur disons leurs défaites et nous leur avons passé les communiqués officiels à quelques mètres de leur tranchée. Notre petit coin a été arrosé par plus de 200 obus qui ne nous ont fait que 4 morts et 6 blessés. Jugez de notre rage, tous obligés de nous coucher, un seul homme restant debout pour voir s’ils ne nous donnaient pas l’assaut.
L’autre jour, j’étais le caporal désigné pour la corvée de ravitaillement. Nous étions de retour avec nos vivres, et voilà que ces s... nous lancent des bombes éclairantes ; on y voyait aussi clair qu’avec un projecteur ; fusillade, coups de canon. Les balles labouraient la terre autour de nous. Nous n’avons pas perdu la tête et j’ai conduit mes hommes derrière un tas de billots de bois. Nous voilà retranchés ; je fais l’appel, personne ne manque et nous avons nos vivres, sauf la bombonne de vin. Je demande ce qu’elle est devenue ; elle est restée à 20 mètres du retranchement. On grogne. Un de ma commune, qui n’est pas peureux, insulte les deux bonshommes qui ont laissé notre vin, se lève, part et ramène la bombonne. »
Bravo au Savoyard qui a sauvé le bidon !