Paru le 18 février 1915 :
Parmi les sportifs tourangeaux, Charles SEROUX, de l’USF., était très sympathiquement connu, et c’est avec une pénible émotion que ses compatriotes ont appris sa mort, au Champ d’honneur.
Comme tous les autres sportifs, SEROUX a donné, à de multiples reprises, des preuves de sa vaillance et de son héroïsme.
Il est tombé en brave, et rien ne peut en donner une affirmation plus éclatante que la lettre ci-après que son capitaine a adressée à Mme SEROUX.
Madame,
J’ai eu la douleur, pendant mon absence du front, d’apprendre 1a mort de votre fils Charles. J’avais été blessé moi-même, et j’ai dû quitter 1a compagnie pendant plus d’un mois. C’est à l’hôpital que j’ai appris cette affreuse nouvelle. J’estimais, ou plutôt j’aimais beaucoup votre fils, tant j’avais trouvé chez lui de dévouement et d’abnégation. II était très brave et prêt à tous les sacrifices.
Je ne peux vous dire assez combien j’ai eu de peine de la perte que j’ai éprouvée en lui.
Il faut, Madame, que vous conserviez la douloureuse fierté d’avoir eu un fils tel que votre Charles. I1 est mort en héros pour la cause sacrée que nous défendons tous.
Le 21 au soir, pendant une attaque de nuit sur une tranchée allemande, 1e lieutenant qui commandait la compagnie a été tué près des tranchées ennemies. Notre attaque n’a pas été couronnée de succès, et votre fils s’est offert spontanément pour aller chercher le corps de son officier. C’est là, Madame, un admirable sentiment, et je suis encore touché profondément de l’abnégation dont votre fils a fait preuve. II est mort à la tâche, mais l’exemple de bravoure qu’il a donné est impérissable, et jamais je ne pourrai l’oublier.
Je n’étais pas là pendant les combats de la fin de décembre et lorsque j’ai eu connaissance des faits, j’ai voulu rendre hommage au courageux soldat qui a donné si généreusement sa vie. J’ai demandé qu’il soit cité à l’ordre de l’armée pour son héroïque conduite. J’espère, malgré mes efforts tardifs, réussir à faire récompenser votre fils, et j’ai voulu qu’un hommage complet lui soit rendu. Je voudrais aussi, Madame, que ce gage d’admiration que j’ai pour votre fils vous soit de quelque consolation, et que vous sachiez que je n’oublierai jamais sa mémoire. Le corps de votre fils a été ramené dans nos lignes, et enterré après que les derniers honneurs lui eussent été rendus. Plus tard, vous pourrez retrouver la place où il repose.
Soyez certaine, Madame, de 1a part que je prends à votre immense affliction, et soyez assurée de ma douloureuse sympathie.
En vous adressant toute mon admiration pour 1a mère qui a pu donner à son pays un fils aussi admirable, je vous prie de bien vouloir agréer, Madame, l’expression de mes sentiments les meilleurs.
Capitaine BOUDEVILLE,
66e régiment d’infanterie, 6e compagnie. 

*Seroux Charles, soldat de 2e classe au 66e régiment d’infanterie, tué à l’ennemi le 23 décembre 1914 à Gheluvelt (Belgique). Il était né le 24 avril 1893 à Angoulême (Charente). Il est inscrit à Tours (Indre-et-Loire).