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AUX MEURISSONS

Chanson d’Argonne chantée par l’auteur sur le front.

Air : A Biribi.

I. – Les Meurissons, c’est en Argonne,
Dans la forêt,
Un long ravin qu’ presque personne
Ne connaissait
De temps à autre, quelques troupes
De bûcherons,
Venaient seules faire des coupes
Aux Meurissons. (bis)

II. – Alors, quand l’ printemps chaque année
Rev’ nait joyeux,
Les p’ tits oiseaux sous la feuillées
Chantaient nombreux ;
Mais aujourd’hui, c’est l’épouvante,
En fait d’ pinsons,
Y a pus qu’ la mi traille qui chante !
Aux Meurissons. (bis)

III. – En haut de la pente perchée,
Devant l’ ravin,
Creuse et puissante, la tranchée
Se dresse enfin,
Les ball’ s font souvent sur sa crête
Comm’ des sillons,
Il n’ fait pas bon trop l’ ver la tête
Aux Meurissons. (bis)

IV. – Mais peu importe la camarde !
Des jours durant,
Par son créneau, chacun regarde
Attentiv’ ment.
C’est qu’ nous savons quell’ juste cause
Nous défendons,
Que le Kaiser vienne s’il ose !
Aux Meurissons. (bis)

V. - Crapouillots, marmites et bombes
Pleuvent par tas,
Il en vient jusque sur les tombes.
Des pauvres gas.
On a beau, n’ pas avoir la flemme,
Nous traversons
De rudes moments tout de même !
Aux Meurissons. (bis)

VI. – Allons, malgré tout, du courage !
La paix viendra ;
Le ciel d’Europe après l’orage
S’éclaircira. Puissiez-vous être de la fête
Bons compagnons,
C’est, de grand cœur que j’ vous l’ souhaite
Aux Meurissons. (bis)

MAURICE DOUBLIER
Argonne, 1915.