LES POILUS DE MON ESCOUADE

Chanson d’Argonne chantée par l’auteur sur le front.

Air : Cadet Rousselle.

I. – Je suis caporal sur le front
D’une escouade de gais lurons,
Malins tout autant que peinards
Ils sont on n’ peut plus débrouillards
Je dout’ que dans tout’ la brigade
On puiss’ trouver pareille escouade.
Ah ! ah ! ah ! oui vraiment,
Ce sont des poilus, et comment !

II. – Ils n’ont guèr’ qu’un petit défaut,
C’est d’avoir le verbe un peu haut ;
Dès qu’ils se mett’ nt à s’ disputer
Y a plus moyen d’ les arrêter.
L’ plus fort de nos parlementaires
Devant eux ne pourrait qu’ se taire.
Ah ! ah ! ah ! oui vraiment,
Ce sont des poilus, et comment !

III. – Le plus drôl’, c’est assurément
Lorsque des corvées vient, l’ moment
J’ai beau alors prendre avec eux
Mon sourir’ le plus gracieux,
Chacun comm’ le chien d’Jean Nivelle
Se fait la pair’ quand je l’appelle !
Ah ! ah ! ah ! oui vraiment,
Ce sont des poilus, et comment !

IV. – Mieux qu’ ça, au repos, dernièrement
Trois se sont fait fourrer dedans,
Les autr’ s en train de... pinarder
Sont restés deux jours sans rentrer,
J’ai dû pendant ces deux journées
Faire moi-mêm’ toues les corvées !
Ah ! ah ! ah ! oui vraiment,
Ce sont des poilus, et comment !

V. – Malgré ça, ce sont de bons fieux
Qui, sur le tas, font de leur mieux
Et, si marmit’ s et crapouillots
Font parfois chanter leurs boyaux,
Le plus souvent, c’est du délire !
Ils sont les premiers à en rire !
Ah ! ah ! ah ! oui vraiment,
Ce sont des poilus, et comment !

VI. – Les articles des journaleux
Les phrases vid’ s et les mots creux,
Les poésies d’ Monsieur Un Tel
Même si c’est un Immortel,
Blagues, boniments et pommades
Autant pour eux de rigolades !
Ah ! ah ! ah ! oui vraiment,
Ce sont des poilus, et comment !

VII. - Hohenzollern ainsi qu’Habsbourg
Sont par eux maudits chaque jour
Et leur plus doux rêve, bien sûr,
Serait de voir, collées au mur,
Ces deux gueules de cannibales
S’empourprer un jour sous leurs balles
Ah ! ah ! ah ! oui vraiment,
Ce sont des poilus, et comment !

VIII. – Enfin, s’en retourner bientôt
Retrouver famille et boulot,
Et aussi le rêv’ de beaucoup,
A un tel point qu’au prochain coup
Ils sont foutus d’avoir l’audace
D’ marcher en criant : Viv’ la classe !
Ah ! ah ! ah ! oui vraiment,
Ce sont des poilus, et comment !

MAURICE DOUBLIER.
Argonne, 1915.