FLEURS D’ARGONNE

Chanson d’Argonne chantée par l’auteur sur le front.

Chantée à Paris, par Madame Dunan-Deglesne, de la Chanson du Peuple

Air : Mimi d’Amour.

I. – L’autre jour, de notre tranchée,
En regardant parmi les prés
Les premières fleurs de l’année
Dans l’herbe riante se montrer ;
En nos cœurs sevrés de tendresse,
Il nous semblait qu’une caresse
Venait lentement se glisser,
Effluve émouvant du Passé !
Chansons d’amour
Et frimousses joyeuses,
Divins contours
Et lèvres prometteuses,
C’est tout cela, ô fleurettes ,joyeuses !
Que rappelait en nous votre retour.

II. – Hélas ! au fracas de la guerre,
Les oiseaux se sont envolés,
Et les Ninettes de naguère
Ont aussi fui ces lieux désolés.
La Mort y triomphe, brutale,
Et la triste chanson des balles
En a chassé pour de longs mois
Celles si douces d’autrefois.
Chansons d’amour
En étreintes finies,
Joyeux séjour
Des tonnelles amies,
C’est tout cela, ô fleurettes jolies !
Qui fait eu nous chanter votre retour.

III. – Tandis qu’en nos lettres glissées,
Au loin, vos corolles souvent,
Verront des lèvres adorées
Sur elles se poser tendrement ;
Ici, chaque tombe nouvelle aura sa gerbe fraternelle
Hommage et souvenir émus
A ceux, hélas ! qui ne sont plus.
Chansons d’amour
A jamais envolées,
Bonheur d’un jour,
Espérances brisées...
Ah ! puissiez-vous, ô fleurettes aimées !
Sur ces tombeaux durer, durer toujours !

MAURICE DOUBLIER.
Argonne, 1916.