popote___la_manoeuvre

Envoi de Jean Thaumiaux, caporal-fourrier. (1916)

A l’ami Laplanche.

Dans un hangar ouvert à tous les vents du ciel,

Entouré de tes plats, en ce temple du ventre,

Je t’aperçois, cuistot, toi qui vis en cet antre

Que trop pompeusement l’on nomme ton « hôtel ».

Tu sais, fort congrûment, en dispensant le sel,

Assaisonner, d’un mot, le profane qui entre

Attiré par l’odeur d’un mets que tu concentres.

Tu frises Ragueneau en surpassant Vatel !

Inspirant le respect, ta veste jadis blanche

Souvent sur un ragoût se déploie et se penche

Comme un vieux parchemin scellé de sceaux bien noirs...

Et tout autour de toi, une foule amassée

Tendant des quarts, s’agite et s’égrène, empressée

Te regardant verser, modeste, le Pinard.