ibels_robert_andre_01

 

 

 

 

ibels_robert_andre_02

 

 

Comme tous les jeunes gens fauchés par la guerre, Robert ne fit que passer dans la vie et, si son nom ne peut périr, s'il s'inscrit en lettres indélébiles parmi ceux de ses camarades, il le doit, hélas ! à sa fin qui fut, selon le mot du poète, « éblouissante et brève ».
Né à Paris le 11 février 1895, il manifesta de bonne heure un vif penchant pour les questions artistiques. Il avait, il est vrai, de qui tenir, étant le fils de ce hardi dessinateur qu'est H. G. Ibels.
Robert Ibels fut reçu au concours de l'école Estienne avec le n° 1. Autour de lui se répandait une atmosphère d'heureuse camaraderie et cette atmosphère, charmante et bien française, fut la même quand le jeune homme se trouva transporté tout à coup, de l'école à la guerre parmi les simples soldats d'une compagnie d'infanterie.
Il prit part — avec quel entrain ! — à l'attaque de septembre 1915, en Champagne. Il était alors tout jeune caporal au 411e R. I. et, la veille de l'offensive, il écrivait à ses parents une lettre hâtive qui se terminait par ces mots admirables :
« Nous partons confiants, tranquilles, joyeux d'être les premiers à monter à l’assaut, sûrs d'aller à la gloire, si cruels qu'en soient les chemins. »
Dans le même régiment qui vit ses débuts, il gagna ses galons. Il était sous-lieutenant quand, le 19 février 1917, il fut cité en ces termes de l'armée :
« Un de ses hommes ayant été tué à quelques pas d'un poste allemand, et la patrouille dont cet homme faisait partie ne parvenant pas à le ramener en raison du feu intense de l’ennemi, est allé lui même et a réussi, malgré les plus grosses difficultés et au prix des plus grands dangers, à ramener le corps jusqu à la tranchée française.
Officier très brave payant toujours de sa personne et donnant le plus bel exemple. »

Robert Ibels fut tué, le 19 août 1917, à la côte du Poivre, en avant de Verdun. Pour prendre part à l'attaque, il avait abrégé sa permission alors en cours. Avant d'expirer, il trouva la force dernière de crier : Courage, mes enfants ! Jurez-moi de nous venger ! »Un de ses hommes l'enleva dans ses bras en pleurant de douleur.
L’œuvre encore inédite de Robert Ibels se compose de petits poèmes écrits au front.
Roger RÉGIS.

LA TRISTESSE DE  LA  LUNE

Phœbé, pour qui briller en ces jours de rancœur,
Puisque tes blancs rayons n’éclairent que des tombes ?
Puisque ce n’est partout qu’atroces hécatombes,
Pour qui donc ce sourire indulgent et vainqueur ?

Ne te souviens~tu pas de ces joyeux amants
Qui s’en allaient ardents au bras de leurs maîtresses ?
Ce n’était que baisers, ce n’était que caresses,
Et le vent, dans la nuit, te portait leurs serments.

Regarde maintenant ces corps jonchant la plaine,
Regarde ce soldat et vois ce capitaine :
Tu les as reconnus, ton sourire se navre.

Et la nuit frissonnante a senti dans ses voiles
La brise d’autrefois mêler jusqu’aux étoiles
A l’odeur du printemps un relent de cadavre.
Septembre 1916.

FUSÉES
La tranchée s’est drapée du linceul des ténèbres.
Pas une étoile au ciel. Le vent hurle à la mort.
Son chant semble l'écho de cent appels funèbres.
Le canon gronde au loin. Je suis seul, et tout dort.

Eblouissant épi soudain jailli de l'ombre,
Une fusée s'élance et monte dans la nuit.
Elle éclaire un instant les cadavres sans nombre,
Retombe lentement, et meurt sans aucun bruit.

Comme elle ma pensée parfois monte, rapide,
Vers la nuit du passé, qui s'éclaire, livide,
Sur le corps douloureux des anciens souvenirs.

Vers les champs de l'Oubli, où dorment pour toujours
Nos rêves envolés, nos espoirs, nos amours,
Que de fusées sous forme de soupirs !

Robert IBELS.
Né à Paris le 11 février 1895. Tué à la Côte du Poivre le 19 août 1917.
Robert Ibels repose tombe n°1063 de la nécropole nationale « Glorieux »

       

 

 

glorieux_origine

 

 

 

 

glorieux_ce_jour_d_hui

 

 

 

 

ibels_robert_andre_sepulture_03

 

 

 

 ibels_robert_andre_sepulture_02

 

Merci à Jean-Luc Kaluzko pour la qualité du reportage sur le site de « Glorieux »