samedi 24 novembre 2007
Sous-lieutenant Robert IBELS 1895-1917 du 411e R.I.
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Comme
tous les jeunes gens fauchés par la guerre, Robert ne fit que passer dans la
vie et, si son nom ne peut périr, s'il s'inscrit en lettres indélébiles parmi
ceux de ses camarades, il le doit, hélas ! à sa fin qui fut, selon le mot du
poète, « éblouissante et brève ».
Né à Paris le 11 février 1895, il manifesta de bonne heure un vif penchant pour
les questions artistiques. Il avait, il est vrai, de qui tenir, étant le fils
de ce hardi dessinateur qu'est H. G. Ibels.
Robert Ibels fut reçu au concours de l'école Estienne avec le n° 1. Autour de
lui se répandait une atmosphère d'heureuse camaraderie et cette atmosphère,
charmante et bien française, fut la même quand le jeune homme se trouva
transporté tout à coup, de l'école à la guerre parmi les simples soldats d'une
compagnie d'infanterie.
Il prit part — avec quel entrain ! — à l'attaque de septembre 1915, en
Champagne. Il était alors tout jeune caporal au 411e R. I. et, la
veille de l'offensive, il écrivait à ses parents une lettre hâtive qui se
terminait par ces mots admirables :
« Nous partons confiants,
tranquilles, joyeux d'être les premiers à monter à l’assaut, sûrs d'aller à la
gloire, si cruels qu'en soient les chemins. »
Dans le même régiment qui vit ses débuts, il gagna ses galons. Il était
sous-lieutenant quand, le 19 février 1917, il fut cité en ces termes de l'armée
:
« Un de ses hommes ayant été tué à quelques pas d'un poste allemand, et la
patrouille dont cet homme faisait partie ne parvenant pas à le ramener en
raison du feu intense de l’ennemi, est allé lui même et a réussi, malgré les
plus grosses difficultés et au prix des plus grands dangers, à ramener le corps
jusqu à la tranchée française.
Officier très brave payant toujours de sa personne et donnant le plus bel
exemple. »
Robert Ibels fut tué, le 19 août 1917, à la côte du Poivre, en avant de Verdun.
Pour prendre part à l'attaque, il avait abrégé sa permission alors en cours.
Avant d'expirer, il trouva la force dernière de crier : Courage, mes enfants !
Jurez-moi de nous venger ! »Un de ses hommes l'enleva dans ses bras en pleurant
de douleur.
L’œuvre encore inédite de Robert Ibels se compose de petits poèmes écrits au
front.
Roger RÉGIS.
LA TRISTESSE DE LA LUNE
Phœbé, pour qui briller en ces jours de rancœur,
Puisque tes blancs rayons n’éclairent que des tombes ?
Puisque ce n’est partout qu’atroces hécatombes,
Pour qui donc ce sourire indulgent et vainqueur ?
Ne
te souviens~tu pas de ces joyeux amants
Qui s’en allaient ardents au bras de leurs maîtresses ?
Ce n’était que baisers, ce n’était que caresses,
Et le vent, dans la nuit, te portait leurs serments.
Regarde
maintenant ces corps jonchant la plaine,
Regarde ce soldat et vois ce capitaine :
Tu les as reconnus, ton sourire se navre.
Et
la nuit frissonnante a senti dans ses voiles
La brise d’autrefois mêler jusqu’aux étoiles
A l’odeur du printemps un relent de cadavre.
Septembre 1916.
FUSÉES
La tranchée s’est drapée du linceul des ténèbres.
Pas une étoile au ciel. Le vent hurle à la mort.
Son chant semble l'écho de cent appels funèbres.
Le canon gronde au loin. Je suis seul, et tout dort.
Eblouissant
épi soudain jailli de l'ombre,
Une fusée s'élance et monte dans la nuit.
Elle éclaire un instant les cadavres sans nombre,
Retombe lentement, et meurt sans aucun bruit.
Comme
elle ma pensée parfois monte, rapide,
Vers la nuit du passé, qui s'éclaire, livide,
Sur le corps douloureux des anciens souvenirs.
Vers
les champs de l'Oubli, où dorment pour toujours
Nos rêves envolés, nos espoirs, nos amours,
Que de fusées sous forme de soupirs !
Robert
IBELS.
Né à Paris le 11 février 1895. Tué à la Côte du Poivre le 19 août 1917.
Robert
Ibels repose tombe n°1063 de la nécropole nationale « Glorieux »
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Merci
à Jean-Luc Kaluzko pour la qualité du reportage sur le site de « Glorieux »
dimanche 11 novembre 2007
Juillet 36 - 11 novembre 36 - Le serment de Douaumont
A l’occasion du Rassemblement
international des Anciens Combattants qui eut lieu à Verdun, en juillet 1936, des
milliers de soldats alliés et ex-ennemis prononcèrent ensemble un serment de
paix : le serment de Verdun, sur les lieux mêmes où s’étaient affrontés
leurs courages.
Pour le 11 novembre de cette même
année un carte postale magnifiait cet engagement.
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11 novembre 1936. –
Parce que ceux qui reposent ici
et ailleurs ne sont entrés dans la paix des morts que pour fonder la paix des
vivants…
Et parce qu’il nous serait
sacrilège d’admettre désormais ce que les morts ont détesté…
La paix, que nous devons à leur
sacrifice, nous jurons de la sauvegarder et de la vouloir.
« Serment de Douaumont »
Jean Suberville écrivit un magnifique poème où il exaltait cette idée généreuse. Voici quelques extraits du manuscrit de Jean Suberville publiés dans l’almanach du combattant pour l’année 197, 40 ans après.
Nous irons à Verdun en colonne
profonde,
Peuple immense poussé par le
souffle d’un Dieu ;
Trois générations des quatre
coins du monde
Se lèveront ainsi pour gravir le
haut-lieu.
Ceux qui ne viendront point délègueront leurs âmes,
Pour que nous soyons là tous
ensemble à la fois ;
Et les morts à leur tour,
veillant comme des flammes,
Nous attendront là-haut dans la
forêt des croix.
Nous partirons, vieillis, mais
forts et fiers encore,
Chacun, de son pays, du seuil de
sa maison,
A l’appel de son coq, au feu de
son aurore,
Les yeux pleins de son rêve et de
son horizon.
Les longs trains en sifflant à
travers les nuits fraîches,
De Bayonne et de Metz, de Calais
et d’Embrun,
Seront en même temps lancés comme
des flèches
Qui toutes viseront le grand cœur
de Verdun !
Mais au lieu d’un bûcher où s’immole
la France,
Verdun ne dresse plus que son
phare éternel ;
Et nous irons vers lui conduits
par l’espérance,
Tels les mages suivant l’étoile
de Noël !
Nous serons tous là, devant l’Ossuaire,
Survivants et morts, croyant au
cœur pur,
Emplissant la nef de ce sanctuaire
Fait de terre sombre et de ciel
obscur.
Ces graves plateaux couverts de
ténèbres,
Où l’orgue des vents chante un
air mortel,
Etendront sans fin leurs tertres
funèbres
Et nous serviront de table d’autel.
Et sur cet autel nous mettrons
nos haines,
Nos coups de cafard, nos amours
aussi,
Nos nuits sans sommeil, nos
sueurs, nos peines,
Toute notre angoisse en tenant
ici.
La montée au Front dans la boue
épaisse,
Ce dur va-et-vient sans plus s’arrêter,
Double noria qui tournait sans
cesse
Et versait le sang de chaque
côté!
Nous mettrons le poids des morts
misérables,
Plus d’un million de crânes
séchés ;
L’espoir de leurs fils, ces
fleurs innombrables
Qui devaient sortir des printemps
fauchés !
Nous mettrons enfin les larmes
des mères,
Des veuves ainsi que des
orphelins,
Immense marée aux vagues amères
Dont tous les pays sont encore
pleins !
Nous ajouterons les exploits
sublimes,
Les drapeaux hachés et les croix
d’honneur,
Toute l’épopée atteignant les
cimes
Du renoncement et de la
grandeur !
… Devant le Ciel qui nous
entend, devant les hommes
Qui devront nous entendre aussi,
Nous qui venons de tous les pays
et qui sommes
Ceux qui se battirent ici.
Au nom de ceux qui ne sont plus,
de ceux qui vivent,
Et de ceux qui naîtront demain,
Contre et malgré les destins
noirs qui nous poursuivent,
Pour prix de tout ce sang
humain :
Nous voulons
qu’à jamais soit maudite la guerre
Et que, rois, soldats ou tribuns,
Pour régler nos conflits les
maîtres de la terre
Ne fassent plus d’autres Verduns !
Nous voulons une paix qui, sans
être éternelle,
Ne soit pas une illusion ;
Que le vol des corbeaux n’étende
point son aile
Sur chaque génération !
La souffrance des purs, des
forts,
Car la grande victoire est dans
la paix du monde,
Payée au poids de tant de
morts !
Et nous, les combattants de la
dernière guerre,
Comme autrefois sur tous les
fronts,
Nous jurons de veiller sur cette
paix si chère :
Devant ces morts nous le jurons ! »
Jean Suberville.








