Sylvestre Martini a tenu un journal de guerre au début de la campagne 1914.  Il en cessera l'écriture le 29 octobre 1914.

Né le 24 décembre 1886 à Rogliano (Corse), il était maître d'école à Tanger et répondit à l'appel de la mobilisation générale conformément à la règle mais pas tout à fait comme on pourrait s'y attendre.

Parti comme caporal, il sera nommé sergent le 14 mai 1915, puis adjudant le 14 juillet 1915.


A propos de la Guerre de 1914-1918
Au moment de la mobilisation, le 2 août 1914, je me trouvais à Tanger. Malgré les vacances scolaires je ne m’étais pas rendu en Corse comme je l’avais fait l’année précédente, uniquement pour raison d’économie. Le voyage coûtait trop cher pour mes petites ressources. Mon traitement d’instituteur s’élevait alors à 200 francs par mois; d’autre part, j’avais trouvé une place de correcteur dans un journal local ce qui doublait à peu près mes gains mensuels. Cela me permettait de payer les études de deux de mes sœurs : Anna et Marie-Assomption qui suivaient à Bastia des cours de sténodactylographie. A l’époque, c’était nouveau.
Donc le 2 août – c’était un dimanche – dès que l’on eut connaissance du décret de mobilisation, je me suis rendu à l’ambassade de France, en même temps que tous les Français mobilisables de Tanger, à l’ambassade de France pour me faire inscrire.

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Le paquebot « Anfa » de la compagnie de navigation Paquet qui faisait le service de Marseille au Maroc était entré dans le port le dimanche matin, de bonne heure. Il était parti le samedi soir de Casablanca comme il (illisible 1) chaque semaine. En général il repartait pour Marseille après une escale à Tanger d’une heure environ. Exceptionnellement, l’Ambassade de France le retint à quai afin de pouvoir embarquer le jour même les Français mobilisables en résidence à Tanger. Le paquebot avait déjà fait son plein de passagers à Casablanca. Les mobilisés de Tanger ont été parqués sur le pont. Je me suis retrouvé avec d’autres sur le pont avant du navire. C’était l’inconfort certainement, mais dans le calme. Le temps était beau et doux, la mer était calme. Les deux nuits que nous avons passées à bord dans ces conditions n’ont pas été bien désagréables. Parti de Tanger vers 18 heures, l’Anfa est arrivé à Marseille dans la matinée du mardi suivant.
Normalement, j’aurais dû me présenter au bureau de mobilisation le plus proche, c’est-à-dire au 141e R.I. où j’avais accompli mes deux ans de service militaire de 1909 à 1911.
Toutefois, je ne voulais pas être envoyé sur le front des opérations sans avoir embrassé mes parents.
Aussi, dès mon arrivée à Marseille, je me suis mis à la recherche d’un bateau pour la Corse. Il y en avait justement un qui se préparait à partir pour Ajaccio. J’ai appris par la suite qu’il se rendait à Ajaccio à vide ou presque, pour embarquer le régiment stationné en Corse, le 173e R.I. qui partait pour le front des combats.

Arrivé à Ajaccio le matin de bonne heure je me suis rendu aussitôt à la gare et ai pris le premier train en direction de Bastia. En cours de route, nous avons croisé plusieurs trains chargés de troupes. C’était justement le 173e R.I. stationné en Corse qui se rendait à Ajaccio pour embarquer sur le paquebot qui m’avait amené. Mon cousin, Marien, se trouvait sur l’un de ces trains mais je l’ignorais et je n’ai pas pu l’apercevoir.

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A Bastia, je saisis la première occasion pour me rendre à Rogliano chez mes parents. La famille s’y est trouvée au complet, mes deux sœurs Anna et Marie-Assomption comprises en raison des vacances scolaires. Leur joie à tous fut [une ligne effacée] n’y comptait plus beaucoup. Je passais deux jours auprès de ma famille avant de retourner à Bastia pour me présenter à un bureau de recrutement où aucune observation ne m’y a été faite. La peine de tous les miens qui m’accompagnaient à la diligence qui devait me conduire à Bastia, était immense. Ma pauvre maman pleurait à chaudes larmes.