Vendredi 18/9/1914
Parti de Marseille le 15 à 10 h. ½ du soir nous sommes arrivés à minuit à la gare de [mot illisible]  après 2 jours et trois nuits de chemin de fer et avoir passé par Lyon, Nevers, Troyes, Saint-Mihiel etc.
Descendus du train vers 5 h. nous avons pris à pied la direction de Verdun sous une pluie fine et pénétrante et par des chemins détrempés. Avons laissé Verdun sur notre droite, avons traversé deux petits villages où le 3e de ligne se reposait et nous sommes arrêtés pour faire la soupe à l’entrée du village de Montzéville, derrière un petit bois, sur un terrain détrempé où la cavalerie avait déjà bivouaqué. On enfonçait dans la boue jusqu’aux chevilles. Ciel toujours nuageux, de temps en temps des averses, marche très difficile sur des routes boueuses. A 6 h. nous avons cantonné à Montzéville dans une grange où était amassée la moisson que l’on n’avait pas eu le temps de battre.
Peu d’hommes dans le village. Au dire des habitants quelques patrouilles de [illisible] l’ont simplement traversé. Ils ont emmené une charrette et quelques chevaux. Ils ont brûlé une maison à l’entrée du village.
Samedi 19/9/1914
Nous sommes restés au cantonnement toute la journée ; pluie continue ; pas moyen de sortir du cantonnement sans avoir de l’eau et de la boue jusqu’aux chevilles.
Vers 3 heures le 3e R.I. a traversé le village allant occuper les avant-postes. J’ai pu voir Marcelli que je n’avais pas rencontré depuis le régiment.
Plusieurs batteries d’artillerie sont passées dans la journée. Le canon a tonné tout le jour non loin du village. Pas un magasin d’ouvert. Seulement un tout petit réduit où un vieux bonhomme vend par la fenêtre, aux soldats, des fruits ou quelques bougies. Je suis allé avec trois de mes camarades dans un café qui nous avait été signalé ; c’était une salle étroite où se pressait une quinzaine de soldats. Quelques-uns faisaient leur soupe dans une cheminée très large ; une bonne femme court tout affairée. Sur notre demande et après avoir mis plus d’une demi-heure pour nous le préparer, elle nous sert, dans un verre, de l’eau noircie avec un peu de café et très peu de sucre : 6 sous le verre. A 5 heures, petite alerte. On commande : « en tenue ». En 10 minutes la compagnie est rassemblée sous la pluie, dans la boue. On se dirige vers les avant-postes à la suite de quelques batteries ou artillerie. Après avoir parcouru 500 m on nous commande « demi-tour ». Et nous rentrons dans notre cantonnement. A 6 heures on nous fait mettre de nouveau en tenue et nous changeons de cantonnement sans changer de village. Toute la compagnie est logée dans la même grange très vaste remplie de paille et de foin. On y est pas mal mais il fait froid.