Dimanche 20 Septembre
Nous sommes partis à 2 heures du matin nous dirigeant vers les avant-postes. Marche très pénible dans la nuit, sous la pluie qui nous accompagne sans cesse : de l’eau dessus, de la fange dessous. Je marche sur le côté de la route et, souvent, mon soulier enfonce tout entier dans une ornière remplie d’eau boueuse. Nous arrivons tout près d’un village mais nous le laissons sur notre droite et nous le contournons pour nous porter sur le flanc d’un coteau. Nous nous abritons derrière une haie vivante et attendons sous une pluie fine qui ne cesse pas de tomber. Nous mettons nos sacs par terre et nous nous asseyons dessus. Nous sommes, paraît-il, en réserve. En face de nous sur une colline, à environ 200 m se trouvent plusieurs batteries d’artillerie qui tonnent : les coups se succèdent avec rapidité.
Il paraîtrait que l’on tire sur Montfaucon occupé par les Allemands et dont on prépare l’assaut. En effet, vers huit heures nous distinguons une très vive fusillade et la pétarade des mitrailleuses. C’est l’assaut – aura-t-il réussi ? La pluie tombe à verse. La compagnie descend à l’abri sous un bois de pruniers, non loin d’une route par où des blessés de l’attaque du matin descendent. Nos officiers et plusieurs sous-officiers vont aux renseignements. Il paraîtrait que l’assaut a échoué et que nous avons eu beaucoup de pertes surtout au 3e de ligne et au 173e. Les Allemands se sont bien retranchés : les nôtres auraient surtout été arrêtés par des réseaux de fils barbelés. Chacun de nous dit que nos officiers sont idiots d’envoyer des hommes à la boucherie ; on a de l’artillerie, que l’on s’en serve avant d’envoyer de l’infanterie contre une place fortifiée. Il paraîtrait que les Allemands sont très forts en travaux de campagne. Nous reprenons notre ancienne position et nous y restons jusque vers trois heures, heure à laquelle nous nous dirigeons vers Montzéville. Nous nous arrêtons dans un champ, sur le bord de la route, à l’entrée du village. On nous fait repartir vingt minutes après et on nous dit que nous allons aux avant-postes. Nous [rejoignons ?] un convoi du 141e où je [retrouve ?] un sergent [illisible]. Notre colonne se trouve dans un tournant lorsqu’un obus explose à environ 100 mètres sur notre droite. Aussitôt la compagnie quitte la route et s’éparpille dans les champs, il y a un instant de débandade. C’est le premier feu que notre bataillon essuie. Il est rassemblé dans le bois de pruniers. A la nuit tombante nous repartons. Nous marchons toujours dans la boue et dans l’eau. En route nous croisons le 141e qui revient des avant-postes et un bataillon du 173e.
De loin en loin on rencontre un cheval mort sur le bord de la route et il faut prendre garde de ne pas tomber dans quelque trou creusé par un obus. Nous croisons plusieurs cacolets portant les blessés du matin. Nous nous arrêtons à l’entrée d’un village à moitié [illisible] plusieurs maisons brûlent encore : le spectacle est affreux. Nous poussons une porte et pénétrons dans une grange où nous passons la nuit.