Lundi 28 septembre
Nous occupons nos tranchées et nous entendons la canonnade qui fait fureur en avant de nous.
Vers 10 heures, on nous fait repartir en arrière sur un plateau où l’on nous fait creuser des tranchées. Plusieurs aéroplanes français survolent nos positions. Vers 5 heures nous apercevons au-dessus des lignes prussiennes un aéroplane français sur lequel l’artillerie allemande tire. Il peut se sauver.
Mardi 29 septembre
Nous continuons les tranchées commencées hier. Vers trois heures nous rentrons au cantonnement. On nous dit que nous filons vers Montzéville.
Jeudi 1er octobre
Nous sommes arrivés hier soir à Esnes après une marche de nuit assez pénible. Belle journée – soleil – nous sommes tranquilles. Un combat aux avant-postes. Les Allemands ont attaqué et ont été repoussés.
Vendredi 2 octobre
Hier soir vers 5 heures on nous a fait partir pour les avant-postes à 1 km ½ environ du village ; nous étions paraît-il en deuxième ou troisième ligne. Nous n’étions pas là depuis deux heures que l’on s’aperçoit que nous n’avons rien à y faire et on nous fait rentrer au cantonnement. Nous cantonnons de nouveau ; nous nous couchons et nous commençons à nous endormir enfouis dans la paille, lorsque le cri « en tenue » retentit. Nous partons. Une marche de nuit de plusieurs heures. Nous traversons un village qui devait être coquet mais dont il ne reste plus rien d’autre que des murs noircis. C’est Haucourt. Nous le traversons sans nous arrêter et nous filons à travers la campagne. Nous arrivons bientôt aux tranchées ; il peut-être deux heures du matin. Nous sommes en première ligne. Avant hier il y a eu un combat à l’endroit même où nous sommes. Devant nous un gros village brûle, c’est Malancourt que nous avons déjà visité. Les tranchées sont trop courtes, nous n’y restons pas tous. Nous travaillons jusqu’au jour pour les continuer. Journée pluvieuse, nous restons recroquevillés dans la tranchée trop étroite ; les jambes me font mal au point de ne pas pouvoir bouger. Nous nous gardons bien de lever la tête de crainte de nous faire signaler à l’artillerie ennemie. Dans l’après-midi, elle tire derrière nous. Des coups de feu éclatent à diverses reprises sur notre droite. Ce sont des patrouilles ennemies attaquant le village défendu par la 24e Cie.
Samedi 3 octobre
Hier soir nous avons couvert notre tranchée ; cela ne nous a pas empêchés d’avoir froid dans la nuit ; j’ai surtout souffert du froid aux pieds. Dans la matinée, brume très épaisse jusque vers 10 heures. Nous en profitons pour sortir de la tranchée et battre la semelle. Le soleil apparaît et chacun se terre. Journée relativement tranquille ; quelques obus sont passés sur nos têtes ; les Allemands bombardent Esnes, cela leur arrive presque chaque jour. Nos 75 leur ont lancé nombre de nos pruneaux. Quelques coups de fusils sont tirés par les Allemands qui occupent des tranchées à environ 400 m de nous. Notre premier peloton a répondu ; un soldat de la 2e section a été blessé aux doigts. Relevés à 9 heures du soir par la 24e Cie (le 240e ?) nous rentrons à Montzéville.