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Évacuation des blessés de la cote 304.
On se reportera utilement au J.M.O. du Service de santé de la 126e Division

« Le matin du 25 mai au lever du jour, j’ai été mis dans une ambulance. Il ne faut pas s’imaginer que cette dernière avait le confort des ambulances modernes. C’était une vieille camionnette de transport de marchandises à laquelle on avait adapté une bâche et quatre brancards, deux de chaque côté. Les routes étaient en fort mauvais état. Le goudronnage était inconnu. Ce qu’on appelait les « nids de poule » étaient fort nombreux. De plus la route empruntée par l’ambulance se trouvait, tout au moins au début, sous le bombardement ennemi. Je ne souffrais pas, ou du moins je ne souffrais plus car je devais me trouver dans une faiblesse extrême. J’avais conservé, néanmoins, toute ma connaissance. J’entendais mes malheureux camarades d’ambulance crier à chaque secousse de la voiture, et il y en avait. Ils insultaient le malheureux chauffeur, le rendant responsable de leurs souffrances. « Va plus doucement ! Assassin ! » Le pauvre chauffeur n’y pouvait mais. Sa plus grande préoccupation était de sortir au plus tôt de la zone bombardée – car des obus continuaient à tomber tout autour.
« Dans le courant de l’après-midi nous avons fait une courte halte à Froidos – j’ai retenu ce nom ! C’était un relais ambulancier où l’on changeait de voiture. On a descendu les brancards des blessés et on les a déposés sous un abri provisoire à proximité de la route. Les obus allemands ne pouvaient déjà plus nous atteindre. J’ai conservé le souvenir d’un aumônier qui s’est approché de mon brancard, m’a dit quelques mots d’encouragement et m’a demandé si j’avais besoin de quelque chose. Sur ma réponse négative – de quoi pouvais-je avoir besoin ? – je me souviens l’avoir vu faire certains gestes dont je n’ai pas perçu le sens immédiatement. Ce n’est que par la suite que je me suis rendu compte que le brave homme m’avait administré les derniers sacrements. Il a dû le faire à tout hasard car il ignorait sans aucun doute à quelle religion j’appartenais. S’il est encore en vie il serait très surpris de me savoir encore en ce monde.