« Je me souviens seulement d’une chose. Cela a dû se passer le 26 ou le 27 mai [1916]. Je me trouvais sur mon lit d’hôpital encore à demi inconscient, lorsque plusieurs militaires, fortement galonnés, se sont approchés de mon lit, ont prononcé quelques paroles dont je n’ai rien compris et ils m’ont décoré de la médaille militaire. Ces messieurs ont dû se dire qu’il leur fallait se dépêcher de me décorer afin de me procurer une dernière joie avant de disparaître. Je dois avouer que cela m’a laissé totalement indifférent.
« Un autre souvenir, plaisant celui-là. Cela s’est passé quatre ou cinq jours après. J’étais couché dans mon lit avec beaucoup d’autres grands blessés comme moi. J’allai déjà mieux et j’avais repris toute ma connaissance. Deux dames s’approchent de mon lit, m’apportent quelques paroles de réconfort et me remettent quelques oranges. Ne pouvant me servir de mes mains, car la main gauche était entièrement bandée, elles en ont épluchée une et me l’ont fait sucer. Oh ! Que c’était bon ! Je n’ai jamais trouvé rien de plus délicieux. C’étaient deux institutrices du village voisin ; elles avaient sans doute appris que j’étais instituteur et que je venais d’Afrique du Nord : des oranges étaient sans doute la meilleure chose qu’elles puissent m’offrir. C’est tout de même beau la solidarité corporative !