« A l’hôpital j’ai été envoyé dans une salle où se trouvaient déjà plusieurs blessés convalescents et où j’ai été reçu par une sœur, la sœur Saint-Ignace, une bonne et sainte femme d’une compétence et d’une activité au-delà de tout éloge. J’ai encore dans l’oreille l’exclamation de cette brave sœur ! « Oh ! Mais c’est une momie qu’on nous amène !  ». En effet j’étais couvert de bandes des pieds à la tête à l’exception de mon bras droit et de ma jambe gauche. Il y avait dans cette salle outre la sœur Saint-Ignace une jeune et jolie infirmière. Mais n’anticipons pas !
« Mon état général s’améliorait et certaines de mes blessures étaient en bonne voie de cicatrisation, mais l’état de la cheville de ma jambe droite ne s’améliorait pas, bien au contraire, et la fièvre, chez moi, montait chaque jour un peu plus. La sœur Saint-Ignace s’est rendue compte que l’infection s’y était installée et la septicémie menaçait de gagner tout l’organisme. Elle suppliait le chirurgien de me couper la jambe. Ce dernier ne voulait rien savoir ; il avait sans doute des instructions pour éviter autant que possible les amputations, cela revenait trop cher à l’Etat. Puis, un jour, la brave sœur me pria de demander moi-même l’amputation de ma jambe. C’est ce que j’ai fait. Et me voilà de nouveau allongé sur le billard. C’était vers la fin du mois de juin 1916. Les anesthésies se faisaient alors au chloroforme pour la plupart. Cela présentait de gros inconvénients. Au départ on avait l’impression d’un étouffement mais les réveils étaient particulièrement pénibles et cela durait plusieurs heures après l’opération.
« N’allez pas croire que j’en avais fini avec le billard ! Quelques jours après mon amputation on a trouvé que quelque chose n’allait pas dans le moignon. On s’est aperçu qu’il y avait encore, incrusté, un vieil éclat qui avait été oublié. Il a fallu l’extraire. Donc nouvelle opération.