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Auguste Pierre Constant BABY (Pierre BABY), médecin auxiliaire au 4e Bataillon du 97e Régiment d'Infanterie Alpine a écrit ce magnifique poème qui montre à quel point les soldats français, en Artois, avaient fait une relation, dès le printemps 1915, entre les innombrables corps de soldats français couchés dessus la terre et les fleurs de coquelicots qui croissaient allègrement sur la terre de Souchez (Pas-de-Calais).

 

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 Souvenir du 97e d’Infanterie

Les Coquelicots de Souchez

(Air : Les Petits Mouchoirs de Cholet, de Théodore BOTREL)

1. – Je les ai cueillis pour ta fête

Ces coquelicots de Souchez :

Cherche d’une façon discrète,

Les baisers, ma blondinette,

Que dans leur cœur tiennent cachés

Les coquelicots de Souchez.

 

2. – Ta bouche rouge et mignonnette,

Je crois la voir dans ce bouquet,

Et, caressant chaque fleurette,

Je rêve à ta frimoussette :

N’ont-ils pas son doux velouté.

Les coquelicots de Souchez ?

 

3. – J’étais sorti de ma cachette,

Comme un lapin de son terrier,

Et tout en faisant ma cueillette,

Je songeais que pour ta fête,

Vers toi je suivrais volontiers

Les coquelicots de Souchez.

 

4. – Au fond du val et sur la crête,

En rangs serrés, droits et coquets,

Leur képi rouge sur la tête,

Face au Boche qui tempête,

Ils montent la garde à son nez,

Les coquelicots de Souchez.

 

5[1]. – Les a vus l’auteur de « Colette »,

Quand, près de nous, il vint tirer

Quelques clichés pour sa gazette,

Sur les crêtes de Lorette…

Mais Barrès n’a pu les compter,

Les coquelicots de Souchez !

 

6. – Quand à l’assaut chacun se jette,

On voit surgir tous les bérets,

Floraison bleue aux mille têtes,

Qu’aucun obstacle n’arrête :

Les « Diables bleus » sont les bleuets

Des coquelicots de Souchez !

 

7. – Pourtant la Camarde nous guette,

Trouant les fronts sous les bérets…

Et je peux mourir, ma pauvrette,

Sans revoir ta frimoussette…

Mais, en mourant, je sourirai

Aux coquelicots de Souchez !

 

Devant Souchez, 5 Août 1915.

P . Baby

Médecin auxiliaire du 4e Bataillon

Tombé à Vaux, mars 1916.

Pour s'appuyer sur la chanson d'origine , "Les petits mouchoirs de Cholet" :

 chansons historiques de France 218 : Le mouchoir rouge de Cholet , 1898

Classe 1911, matricule 1051 au recrutement de Montargis :

 Livre d'or de la Conférence Laënnec (pages 88 à 90) : Auguste Baby

Médecin auxiliaire au 97e Régiment d'infanterie

"Mort pour la France", à Douaumont, le 16 mars 1916.

Auguste BABY, né en 1891, commença ses études de médecine en 1911. Aussitôt arrivée Paris, il s'inscrivit a la Conférence Laënnec, et, à la fin de sa première année, il était reçu à l'externat. Il avait d'autant plus de mérite à travailler que, pour subvenir aux frais de sa vie d'étudiant, il avait dû accepter une situation à l'Ecole Bossuet. Il était en sursis quand la guerre fut déclarée ; dès les premiers jours, il fut appelé et, après un court séjour au dépôt, il partit, sur sa demande, au 97e régiment d'infanterie alpine.

Dès les premiers jours, il fit l'admiration de tous par sa calme bravoure, son dévouement, sa sérénité. « Au combat, écrit son chef de bataillon, sous les pires bombardements, il se promenait aussi tranquillement qu'à l'exercice pour porter plus vite secours aux blessés. » Trois fois il fut cité à l'ordre et une fois proposé pour la Légion d'honneur .

Les lettres qu'il écrivait à ses parents sont animées des sentiments les plus délicats, les plus affectueux ; à chaque page il cherche à les rassurer, leur cachant le danger auquel il est exposé constamment. Elles nous révèlent ainsi un des traits de son caractère extrêmement affectueux. Ses lettres offrent encore un autre intérêt, elles nous permettent de juger de l'état d’esprit de la troupe aux jours les plus difficiles de la guerre.

Le 2 mars 1916, quelques jours après le début de la grande offensive des Allemands en direction de Verdun, et quinze jours avant sa mort, il écrit à ses parents : « Quand nous avons quitté notre petit patelin de l’Artois, nous ne savions pas du tout où nous allions, et nous n’aurions pas été autrement étonnés de nous voir emmené, jusqu'à Verdun. Personne n’a bronché, pas un ne s’est plaint, tout le monde s'est embarqué avec le sourire aux lèvres, parce que c'était une distraction comme une autre et qu'après tout l'Artois était devenu un peu trop du déjà vu ; et personne n'a dit, c'est toujours notre tour après les Vosges, Arras ; après Arras, Neuville-Saint-Vaast ; après Neuville-Saint-Vaast, Carency et Souchez ; après Souchez, Verdun ; il n'y en a donc que pour nous. — Non, ils ont parlé tout naturellement de Verdun comme d'une destination possible et même probable, mais sans acrimonie, sans lassitude. On ira, s'il faut y aller, voilà ! »

Le petit village d'où Auguste Baby écrivait cette lettre était la dernière étape de son régiment avant de monter en avant de Verdun.

Il s'agissait alors d'arrêter à tout prix la ruée allemande. Le 16 mars au soir, le 97e allait relever un autre régiment entre Douaumont et Damloup. Auguste Baby faisait route avec son chef de bataillon. « Nous sommes montés, écrit le commandant Desnoyers, par un bombardement intense. » Plusieurs hommes du bataillon furent blessés. Auguste Baby s'arrêta pour les panser et assurer leur évacuation. Son commandant lui conseilla d'attendre qu'on vînt le chercher le lendemain pour l'amener au point qui serait son poste de secours ; mais Auguste Baby ne pouvait admettre de rester loin de son bataillon car d'autres blessés pouvaient avoir besoin de lui. Quand il eut fini la tâche qui avait nécessité cet arrêt momentané il se remit en route avec les infirmiers et les brancardiers de son bataillon.

Sur un renseignement insuffisant, ils s’égarèrent dans un bois et aboutirent à un point des lignes où il n’y avait pas de tranchée continue ; ils furent prévenus de leur méprise par des coups de fusil qu’ils reçurent. « Couchez-vous ! » dit Auguste Baby à ses brancardiers. Et tous se blottirent dans un trou d’obus.

La nuit était claire, et dès que cette petite troupe essayait de bouger, les coups de fusil redoublaient. Les brancardiers et infirmiers parvinrent à s'échapper les nuits suivantes et rapportèrent la nouvelle qu'Auguste Baby avait reçu, dès le premier soir, une balle en plein front qui détermina la mort instantanément.

« Je l'estimais, écrit l'aumônier du 97e régiment, pour sa bravoure qui l'aura rendu cher à Dieu. Vous pouvez donc vous réfugier dans une confiance solide. »

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[1] Ce couplet s’adresse à Maurice Barrès, auteur de "Colette Baudoche".