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Louis-Joseph-René Lanes, capitaine au 90e régiment de ligne, victime glorieuse de la campagne de 1914, était né à Mende (Lozère), le 11 février 1877. Dispensé du service militaire comme ayant un frère sous les drapeaux, il avait renoncé à sa dispense et contracté un engagement au 9e d’infanterie, le 14 novembre 1898, à sa sortie du Prytanée de La Flèche. Il entra à Saint-Maixent le 15 avril 1903. Sous-lieutenant au 114e d’infanterie le 1er avril 1904 et affecté au 63e le 9 février 1905, il passait en qualité de lieutenant (1er avril 1906) au 90e de ligne le 24 octobre 1911.

Parti dès le début de la guerre avec son régiment détaché à l’Etat-major de la 33e brigade, le lieutenant Lanes passa capitaine à titre temporaire, pour avoir sauvé, avant l’arrivée des Allemands une centaine de blessés français. Promu chef de bataillon au corps d’armée, après les combats du 9 au 12 novembre, cette promotion ne fut pas maintenue à l’armée ; sa nomination de capitaine n’ayant pas encore été faite à titre définitif, il exerça néanmoins le commandement de son bataillon jusqu’au jour où il trouva une mort glorieuse près d’Ypres (Belgique). Cet officier a été tué par une balle à son poste de commandement, au moment où il était occupé à établir son rapport journalier.

Le capitaine Lanes avait été cité pour sa belle conduite à l’Ordre de l’Armée (Journal officiel du 13 décembre 1914) dans les termes suivants :

« Dans plusieurs circonstances critiques du 6 au 12 novembre a fait preuve de la plus grande énergie et de la plus grande bravoure en prenant hardiment l’offensive, notamment dans une attaque de nuit qui a arrêté les progrès de l’ennemi ».

Le vaillant disparu a été inhumé au cimetière de Saint-Jean, situé au nord d’Ypres. À ses funérailles auxquelles assistait le général commandant la brigade, un discours d’adieu fut prononcé par le chef de bataillon Alquier, commandant le 90e d’infanterie.

« Comme déjà tant d’autres, le capitaine Lanes vient d’avoir la mort glorieuse du champ de bataille. Issu d’une famille de soldats, il ne pouvait désirer une fin plus noble et plus enviable.

« Pendant la paix, le lieutenant Lanes fut le modèle des officiers modestes et consciencieux, la guerre seule, pouvait faire valoir et apprécier ce qu’il avait en lui de cœur, d’énergie, de courage et de caractère. Détaché à la 33e brigade au début de la campagne, ses qualités furent si rapidement appréciées par ses chefs hiérarchiques, qu’il était nommé capitaine le 6 septembre.

« Remis à la disposition de son corps, son attitude au feu fut si remarquable qu’il était en même temps cité à l’ordre de l’armée, proposé pour la croix et le grade supérieur.

« Sa nomination de chef de bataillon qu’il avait si brillamment conquise ne fut pas maintenue parce qu’il n’était pas encore capitaine à titre définitif.

« La carrière du capitaine Lanes s’annonçait donc glorieuse, lorsqu’une balle perdue est venue le frapper à son poste de commandement.

« Adieu, mon cher camarade, puisse la douleur du sacrifice que la famille fait à la patrie être atténuée par la consolation d’apprendre que nous t’entourons en ce moment de notre chaude affection.

Que Dieu ait en paix ton âme immortelle ! »

Le capitaine Lanes appartenait en effet à une famille de soldats. Son grand-père avait été retraité comme capitaine. Son grand-oncle, le capitaine Pourrilhon, engagé en 1800, capitaine en 1813, retraité en 1835, chevalier de la Légion d’honneur et de Saint-Louis, a fait campagne en Espagne de 1808 à 1814 et a été cité à la prise d’Alger en 1830. Son père, l’intendant général Julien Lanes, mort en activité de service avait fait ses études au Prytanée de La Flèche et en était sorti en 1863, l’année de la promotion de Puebla dont faisait partie le roi Pierre de Serbie. Sous-lieutenant à dix-neuf ans, au 3e zouaves, il fit la campagne de 1870 dans l’armée de l’Est, comme capitaine au 4e zouaves de marche. Les trois oncles de l’héroïque disparu, feu le Sous-Intendant Marc Lanes, officier de la Légion d’honneur, Henri Lanes, chef de bataillon, chevalier de la Légion d’honneur, décédé en captivité, Louis Lanes, général de division, passé dans le cadre de la réserve é »tant commandant du 2e corps d’armée, grand-officier de la Légion d’honneur, décédé en 1912, ont fait également la campagne de 1870.

Un frère du capitaine Louis-J.-R. Lanes, le lieutenant de vaisseau Victor Lanes, chevalier de la Légion d’honneur, a été tué à Dixmude (Belgique), à la tête des fusiliers marins. Son autre frère, capitaine au 21e chasseurs, est actuellement sur le front. Son beau-père, le Commandant Bussière, après avoir pris part pendant cinq mois aux opérations en qualité de chef de bataillon du 110e territorial, a été évacué pour cause de fatigue générale. Il avait été retraité comme chef de bataillon en 1908.

Le capitaine Lanes, comme tous les fils militaires des anciens camarades de promotion du roi Pierre de Serbie, avait reçu le 5 janvier 1912, une décoration serbe commémorative de cette promotion.

La mort au champ d’honneur du capitaine Lanes est une perte cruelle pour l’Armée qu’elle prive d’un chef énergique, brave et valeureux. Héritier et continuateur des traditions de vaillance d’une famille d’une où abondent les patriotiques exemples, soldat lui-même dans toute la belle et forte acception du terme, il a couronné et glorifié ce noble passé, par le sacrifice de son existence, holocauste magnifique offert sur l’autel de la Patrie pour la sauvegarde des droits et des libertés et pour le triomphe de notre mère immortelle. N’est-elle pas en effet promise à d’impérissables et merveilleux destins une telle Patrie, dont l’amour absorbant et confondant tous les autres amours, suscite, aux heures de l’épreuve tragique, les grandioses dévouements, les sublimes sacrifices ! La France, terre de beauté, de valeur et d’héroïsme est aussi la terre de l‘immortalité.

G. BAILLY-ROLLET