mardi 16 août 2005
Un Diable bleu
lundi 15 août 2005
La Protestation des Chasseurs
Chanté pour la première fois en 1873 par les Bataillons de Chasseurs réunis au Camp de Châlons, lorsqu’il fut question de supprimer les Chasseurs.
I – Nous sommes trente mille braves,
Au képi sombre, au manteau bleu,
Et nous voyons même les Zouaves
Derrière nous courir au feu.
Vous qui voulez qu’on nous supprime,
Qu’avez-vous à nous reprocher ?
En guerre, en paix, notre seul crime
C’est d’avoir su trop bien marcher.
Ne touchez pas au Corps d’Elite,
Chasseurs, Chasseurs, pressons le pas,
Qu’on nous fasse marcher plus vite,
Mais qu’on ne nous supprime pas.
II. – Essayez de nous suivre au pas,
Voyez un peu notre démarche,
C’est notre Bataillon qui marche.
Allons, ne vous essoufflez pas ;
C’est le clairon qui nous entraîne,
Notre clairon, c’est notre amour.
Fi du Biffin qui lent se traîne,
Trébuchant derrière un tambour.
Place aux Chasseurs, la route est large,
La route qui mène au combat,
Vous les verrez pousser la charge,
Si vous ne les supprimez pas.
III. – Visez-vous à l’économie
Des cinq milliards qu’on dût verser ?
Nous vous offrons tous notre vie
Pour vous les faire rembourser !
Si vous tenez au drap garance,
Qui coûte autant sans valoir mieux,
Notre sang versé pour la France
Rougira nos pantalons bleus.
A nous les coups de main dans l’ombre
Qu’il faut exécuter tout bas,
Notre tenue est assez sombre
Pour qu’on ne la supprime pas.
IV. – Vous avez vu nos frères d’armes
Tomber au loin pour leur pays ;
Vous leur avez donné vos larmes,
Epargnez donc leurs vieux débris.
Serez-vous plus durs que la guerre ?
Ne voulez-vous pas ménager,
Aux Chasseurs dormant sous la pierre,
Quelques Chasseurs pour les venger ?
Que le canon Krupp nous décime,
Il a sur nous droit de trépas ;
Et, s’il le peut, qu’il nous supprime,
Mais vous, ne nous supprimez pas.
VI. – (Strophe d’après la Grande Guerre)
Vous avez vu la Grande Guerre
Faire de nous des Diables Bleus.
Ce nom, ceux qui nous le donnèrent,
Allez, s’y connaissaient un peu...
Sur tous les fronts, Verdun, la Somme,
Plus de cent fois renouvelés,
Nos Bataillons, comme un seul homme,
Devant la Mort se sont dressés...
Chez nous pas de paroles vaines,
Les Chasseurs de Driant sont là,
Qu’à leurs tombeaux on nous enchaîne,
Mais qu’on ne nous supprime pas...
VI. – (Dernière Strophe anti-Moutarde)
Notre drap bleu, c’est le symbole
Du dévouement de nos Aînés,
Nous y tenons plus qu’une idole,
Car il est leur linceul sacré.
Pourquoi nous mettre en drap moutarde ?
Les Chasseurs ne meurent qu’en Bleu,
Voulez-vous perdre une avant-garde
Qui fut toujours première au feu ?
Si vous respectez la mémoire
Des Chasseurs qui, par leur trépas,
Ont couvert la France de Gloire,
Vous ne nous supprimerez pas !
Encore un carreau d’ cassé...
V’là l’ vitrier qui passe,
Encore un carreau d’ cassé
V’là l’ vitrier passé...
dimanche 14 août 2005
A ceux du Linge
Encloses de sapins, aux flancs de nos vallons,
Sur les monts dénudés s’abritent nécropoles...
Longues files de croix blanches sur sable blond,
Silencieux tombeaux, impassibles symboles !
L’œil cherche et lit des noms, il ne les retient pas ;
Frères de l’Inconnu, confondus en sa gloire,
Pour les siècles ils sont : l’Héroïque Soldat,
Minuscule de sang des pages de l’Histoire,
Semence qu’on enfouit aux entrailles du sol,
Force obscure qui vit, ferment de la Patrie...
C’est l’âme du Drapeau qui flotte et prend envol,
Monte jusqu’au grand Ciel émouvante et meurtrie !
Alsace, ô cher pays et le Fruit de leur Sang,
Ils sont tombés pour Toi, rejoignant tous les Autres
Au sépulcral séjour, tes vieux reconnaissants,
Flambeaux du souvenir : les Martyrs, les Apôtres !
Dans la paix de nos soirs, le soleil les atteint,
Met de l’or aux bras blancs, du triomphe aux croix roses !
Le Murmure du Vent porte dans le lointain
La Voix de ce Passé, de ces Morts qui reposent !
Marthe HAMEL.
samedi 13 août 2005
13 août transmisson du Drapeau et inauguration de la croix du Linge
TRANSMISSION du DRAPEAU DES CHASSEURS
PAR LE 6e B. C. A. AU 8e B. C. P.
EN PRÉSENCE DE
M. LE GÉNÉRAL GAMELIN
CHEF d’ETAT-MAJOR GÉNÉRAI DE LA DÉFENSE NATIONALE ET DE LA GUERRE
INAUGURATION DE
« LA CROIX DU LINGE »
AU CIMETIÈRE du WETTSTEIN
SOUS LA PRÉSIDENCE DE
MONSIEUR LE MINISTRE DES ANCIENS COMBATTANTS ET PENSIONNÉS
13 AOÛT 1939
COMITÉ
POUR L’ERECTION du MONUMENT du CIMETIÈRE du WETTSTEIN « LA CROIX DU LINGE »
Comité d’Honneur :
M. le Général NOLLET, Grand Chancelier de la Légion d’Honneur – Ancien Commandant des 66e et 129e D. I.
M. le Préfet du Haut-Rhin, Président de l’Office départemental des Mutilés, Combattants, Victimes de la guerre et Pupilles de la Nation.
M. le Général d’Armau de Pouydraguin, Ancien Commandant de la 47e Division Bleue, ancien Gouverneur Militaire de Strasbourg.
M. le Général Mariano Goybet, Ancien Commandant de la 81e Brigade.
M. le Général Passaga, Ancien Commandant de la 2e Brigade de Chasseurs.
M. le Général Lacapelle, Ancien Commandant de la 4e Brigade de Chasseurs, et de la 66e Division. Ancien Gouverneur Militaire de Metz
M. le Général Brissaud-Desmaillet, Ancien Commandant de la 66e Division « L’Alsacienne ».
M. le Général Gratier, Ancien Commandant de la 46e Division Bleue.
M. Nicol, Président de la Fédération Nationale des Anciens Chasseurs à Pied, Alpins et Cyclistes.
M. le Maire d’Orbey.
Comité d’Action :
Président d’honneur |
M. le Général d’Armau de Pouydraguin |
Président : |
M. Joseph Bollet, Président des Diables Bleus de Colmar (14e et 22e B. C. A.) |
Secrétaire : |
M. René Spaety, Diables Bleus de Colmar (2e, 61e et 4e B. C. P.) |
Secrét. Adjoint : |
M. Ferdinand Dufournet, Diables Bleus de Colmar(28e B. C. A., 3e Cie skieurs) |
Trésorier : |
M. Pierre Juncker, Diables Bleus de Colmar (6e et 11e B. C. A.) |
Trésorier adjoint : |
M. Raoul Philip, Diables Bleus de Colmar (28e B. C. A. – 6e G. C. C.) |
Membres : |
M. le Docteur Adam, Président de l’U. N. C. d’ORBEY |
M. Robert Borocco, Président des Diables Bleus d’Orbey (6e B. C. A.) | |
M. Joseph Fumé, Diables Bleus de Colmar | |
Me Jean-Jacques Gsell, avocat, Diables Bleus de Colmar (6e B. C. A.) | |
M. Henri Sittler, Diables -Bleus de Colmar (22e B. C. A.) | |
Presse : |
M. Raymond Spony, Diables Bleus de Colmar (2e B. C. P., 11e B. C. A., 4e B. C. P.) |
Commandant Chaton, (152e R. I., 2e B. C. P. – 7e Demi-Brigade alpine) | |
Chef de Btn. Bertrand, Commandant le 4e B. C. P. Colmar (15e, 115e, 23e, 11e et 4e B. C. P.) |
vendredi 12 août 2005
Inauguration du monument Bataille le 12 août 1939
INAUGURATION
AU COL DU BONHOMME, LE SAMEDI 12 AOÛT 1939, A 10 HEURES
du MONUMENT du GÉNÉRAL BATAILLE
Tué le 8 Septembre 1914 avec le Commandant ALLOIX, les Capitaines COUILLEAU et VALENTIN, les Lieutenants GONTHIER, ROY et SIMON
(Bronze dû au ciseau du Maître-Sculpteur Antoine)
COMITÉ D’ÉRECTION:
Président : |
M. le général D’ARMAU DE POUYDRAGUIN, ancien gouverneur militaire de Strasbourg, président général du « Souvenir Français » d’Alsace. |
Secrétaire-Trésorier général : |
M. FÉLIX CARRÉ DE MALBERG, Premier président honoraire de la Cour d’Appel de Colmar, président du « Souvenir Français », Section de Colmar. |
Secrétaire-Trésorier adjoint : |
M. RAYMOND SPONY, membre du Comité des « Diables Bleus de Colmar » et du Comité d’Erection du Monument de la « Croix du Linge » |
Membre : |
M. le Chef de Bataillon CHATON, du 15-2, membre du Comité d’Erection du Monument de la « Croix du Linge ». |
1° Retrait du voile tricolore recouvrant le Monument. « Sonnerie -Aux Morts ! »
2° Exposé des combats livrés au Col du Bonhomme en août et septembre 1914 par M. Raymond SPONY, Secrétaire-Trésorier Adjoint du Comité d’Erection du Monument du Général Bataille. Sonnerie des Refrains des Corps de la Brigade Bataille (5e, 15e B. C. P., 152e R. I.).
3° Remise du Monument à M. M. les Maires du Bonhomme et de Plainfaing par le Président du « Souvenir Français », Section de Colmar, M. Félix CARRÉ DE MALBERG, Premier Président Honoraire de la Cour d’Appel de Colmar.
4° Remerciements de MM. les Maires du Bonhomme et de Plainfaing.
5° Allocution de M. le Général BRISSAUD-DESMAILLET, qui se trouvait aux côtés du Général Bataille lorsque celui-ci fut tué le 8 septembre 1914.
6° Allocution de M. le Général GRATIER, trois fois grièvement blessé par l’obus qui tua le Général BATAILLE.
7° Allocution de M. le général D’ARMAU DE POUYDRAGUIN, président général du « Souvenir Français » d’Alsace.
8° Les Couleurs sont hissées. Sonnerie « Au Drapeau ».
jeudi 11 août 2005
Comité monument général Bataille
COMITÉ d’HONNEUR
DE PATRONAGE du MONUMENT du GÉNÉRAI BATAILLE, TUÉ AU BONHOMME, LE 8 SEPTEMBRE 1914 AVEC SIX DE SES OFFICIERS
érigé sous l’égide du « Souvenir Français » Section de Colmar, des « Diables Bleus de Colmar » des « Diables Bleus d’Orbey », de l’ « U. N. C. d’Orbey »
MM. |
les Préfets du Haut-Rhin et des Vosges, |
les Sous-Préfets de Ribeauvillé et de Saint-Dié | |
les Présidents des Conseils Généraux du Haut-Rhin et des Vosges, | |
le Sénateur-Maire d’Ostheim (Haut-Rhin), | |
le Sénateur-Maire de Cornimont (Vosges), | |
les Députés de Ribeauvillé, Remiremont, Saint-Dié, | |
les Conseillers Généraux de Fraize et de Lapoutroie, | |
les Maires de Fréland, Kaysersberg, Lapoutroie, Le Bonhomme, Orbey, Ribeauvillé, Sainte-Marie-aux-Mines (Haut-Rhin) - Fraize, Gérardmer, Plainfaing, Remiremont, Saint-Dié (Vosges) |
MM. |
le Général NOLLET, Grand Chancelier de la Légion d’Honneur, ancien commandant de la 129e Division, |
le Général LACAPELLE, ancien commandant de la 66e Division, ancien gouverneur militaire de Metz, président général du « souvenir Français », | |
le Général d’ARMAU DE POUYDRAGUIN, ancien commandant de la 47e Division, ancien gouverneur militaire de Strasbourg, président général du « Souvenir Français » d’Alsace, | |
Félix CARRÉ DE MALBERG, Premier président honoraire de la Cour d’Appel de Colmar, président du « Souvenir Français », Section de Colmar, | |
le Général GRATIER, ancien commandant de la 46e Division, | |
le Général BRISSAUD-DESMAILLET, ancien commandant de la 66e Division, l’« Alsacienne », citoyen d’honneur d’Orbey et de Kaysersberg, | |
le Général ZELLER, ancien commandant de la 14e Division, | |
le Général de Division BÉJARD, ancien commandant du Secteur fortifié de Colmar, directeur de la P. M. S. et de l’I. C. R. de la région de Paris, | |
le Général CORADIN, commandant le Secteur Fortifié et la Subdivision de Colmar, | |
le Lieutenant-Colonel ANDLAUER, de Saint-Dié, |
MM. |
le Président de la Fédération Nationale des Anciens Chasseurs à Pied, Alpins et Cyclistes, |
le Président de la Fédération des Engagés Volontaires Alsaciens et Lorrains, | |
les Présidents de l’U.N.C. du Haut-Rhin et des Vosges (Colmar, Orbey, Kaysersberg, Epinal et Saint-Dié), | |
les Présidents des Associations des Officiers de Réserve de Colmar et de la région, d’Epinal et de la région, | |
les Présidents des Associations des Sous-Officiers de Réserve de Colmar et de la région, d’Epinal et de la région, | |
les Présidents des Combattants des anciens corps de la Brigade Bataille : 5e B. C. P. à Remiremont, 15e B. C. P. à Remiremont, 152e R. I. (Diables Rouges) à Gérardmer, | |
le Colonel commandant le 152e R. I. à Colmar, | |
le Chef de Bataillon commandant le 5e B. C. P. à Bruyères (Vosges), | |
le Chef de Bataillon commandant le 15e B. C. A., à Barcelonnette {Basses-Alpes), |
MM. |
le Chef de Bataillon BERTRAND, commandant le 4e B. C. P., membre du Comité d’Érection de la « Croix du Linge », ancien combattant du 15e B. C. P., |
le Chef de Bataillon CHATON, du 15-2, membre du Comité d’Érection de la « Croix du Linge », | |
l’Abbé ROBERT, curé de Saint-Michel-sur-Meurthe, ancien combattant du 5e B. C. P., | |
le Curé du Bonhomme, | |
les Présidents des « Diables Bleus de Colmar » et des « Diables Bleus d’Orbey », | |
les Présidents des « Sidi-Brahim » de Gérardmer, Remiremont et Saint-Dié. |
mercredi 10 août 2005
Programme des 12 et 13 août
SAMEDI, 12 AOUT 10 heures |
Inauguration du MONUMENT DU GÉNÉRAL BATAILLE au Col du Bonhomme, où il fut tué le 8 septembre 1914 avec 6 de ses officiers. |
14 heures 15 |
RÉCEPTION DU DRAPEAU DES CHASSEURS, à la Gare de Colmar, par le 4e B. C. P. et les délégations avec fanion des Bataillons et des Amicales de Chasseurs. |
A Minuit |
EMBRASEMENT DES SOMMETS DES VOSGES ayant été le théâtre des Combats. – Prières pour les Morts. |
DIMANCHE, 13 AOUT
8 h. 30 à 9 h. 30 |
TRANSMISSION DU DRAPEAU DES CHASSEURS par le 6e B. C. A. au 8e B. C. P., sur les pentes du Schratz (Glasborn), en présence de M. le Général GAMELIN, Chef d’Etat-Major Général de la Défense Nationale et de la Guerre, ancien commandant du 11e B. C. A., des 2e et 3e Brigades, des Chasseurs de la 47e Division Bleue, avec la participation des 4e et 29e B. C. P., d’un Bataillon du 152e R. I, de détachements des 5e et 17e B. C. P., et de délégations avec fanion de tous les Bataillons de Chasseurs. REMISE DE FANION aux « Diables Bleus d’Orbey ». Après la Revue, défilé des troupes. – Les délégations de « Diables Bleus », de « L’Alsacienne » et d’Anciens Combattants défileront à la suite des troupes. LACHER DE PIGEONS VOYAGEURS, organisé par la Société colombophile « Le Faucon » de Colmar: |
10 h. à 11 h |
OFFICES RELIGIEUX au Cimetière du Wettstein, par Mgr. RUCH, Evêque de Strasbourg, ancien Aumônier du 20e Corps, et M.. l’abbé CAMBOURNAC, ancien Aumônier de la 66e D. I. M. le Pasteur DUMAS, de Masevaux. M. le Grand-Rabbin FUKS, de Wintzenheim. |
11 heures |
INAUGURATION DE LA « CROIX DU LINGE » sous la présidence de M. le Ministre des Anciens Combattants et Pensionnés; en présence de M. le Général NOLLET, Grand Chancelier de la Légion d’Honneur, ancien. Commandant des 66e et 129e Divisions ; M. le Général GAMELIN, délégué par M. le Président du Conseil, Ministre de la Défense Nationale et de la Guerre ; M. le Préfet du Haut-Rhin ; M. le Général de POUYDRAGUIN, ancien commandant de la 47° Division ; M. le Général CHAMPON, commandant la 7° Région ; M. le Générai FRÈRE, Gouverneur Militaire de Strasbourg, ancien commandant du 6e B. C. A. et de nombreuses autres personnalités |
Allocutions de |
M. BOLLET, Président des « Diables Bleus » de Colmar, Président du Comité d’érection de la « Croix du Linge » ; M. HUSSON, Maire d’Orbey ; M. BURRUS, Député de l’Arrondissement de Ribeauvillé ; M. le Général NOLLET, Grand Chancelier de la Légion d’Honneur ; M. CHAMPETIER DE RIBES, Ministre des Anciens Combattants et Pensionnés, ancien combattant du 50e B. C. P. |
mardi 9 août 2005
Les combats du Linge
A l’automne 1914, le Haut-Commandement avait envisagé la descente sur Colmar par la vallée de la Fecht, mais en assurant au préalable son flanc gauche par la possession de la Tête des Faux et de la côte de Grimaude (roche des Corbeaux) qui commandent les cols du Bonhomme et du Louchpach et, vers le Sud-Est, tout le Val d’Orbey. Seule, la Tête-des-Faux fut enlevée, de haute lutte, le 1er décembre, par le 28e B. C. A. du Lt.-Colonel Brissaud-Desmaillet.
A la veille de l’hiver il était impossible de monter une opération de grande envergure, en raison des difficultés de ravitaillement (exclusivement à dos de mulet, par Fraize ou Gérardmer, par delà la crête maîtresse des Vosges ; un coup de main par surprise eut été toutefois possible jusqu’en janvier 1915, ce que proposait de faire le Lt.-Colonel Brissaud-Desmaillet en décembre sur le Rain-des-Chênes. Nous occupions en effet le Reichacker, Stosswihr, Hohrod, Hohrodberg, le Barrenkopf, l’ennemi occupant seulement devant nous, au nord de la Fecht les sommets du Linge, du Schratz et la route du Hohneck par de petits postes avancée jusqu’aux lisières boisées. Le général de Pouydraguin a précisé depuis que le coup de main envisagé par le Lt.-Colonel Brissaud-Desmaillet avec deux Bataillons sur le Linge était en effet seulement possible à ce moment-là.
L’ennemi prit les devants en attaquant violemment du 19 au 24 février 1915 de part et d’autre de la Fecht, à l’ouest de Munster, pour nous rejeter vers les sommets et couper nos communications vers la Schlucht. Nous n’avions alors, sur un front de 10 km, qu’une seule brigade (Passaga) de quatre B. C. P. et 2 Btns territoriaux. Nous dûmes finalement abandonner le Grand Reichacker, Stosswihr, Hohrod, Hohrodberg et le Barrenkopf, d’ailleurs simple succès tactique pour l’ennemi, laissant intactes nos communications de la Schlucht, mais devant sérieusement nous gêner, plus tard, lors des attaques du Linge.
Après février, l’ennemi durant les mois de mars, avril, mai et juin renforce inlassablement son front en réquisitionnant même la population civile, mais les couverts forestiers très denses nous interdisent toute vue.
Fin juin nous faisons face à un massif solidement organisé sous bois, précédant un mouvement de terrain, le Rain des Chênes, boisé lui aussi et truffé d’artillerie. Le Général de Maud’huy, cdt la 7e Armée (des Vosges) avait prescrit l’aménagement de tout le secteur en vue de l’offensive : le Lt.-Colonel Brissaud-Desmaillet, secondé par le Lt.-Colonel Messimy entreprenait immédiatement avec méthode et célérité ce formidable travail que menait à bien sa 3e Brigade(14e, 30e, 54e, 70e), cependant que se déroulait la Bataille de Metzeral. L’opération devait être confiée au Général de Pouydraguin, cdt la 47e Division qui, après une reconnaissance approfondie de tout le secteur, et se souvenant des difficultés rencontrées dans la région de la Haute-Fecht, donna au général cdt la 7e Armée, un avis nettement défavorable à la manœuvre projetée sur Munster par les forêts du Linge avec des effectifs si réduits. Le Général de Maud’huy proposa donc au Haut-Commandement de confier l’opération Linge-Schratz-Barrenkopf à une division de formation nouvelle, (mise à la disposition de la 7e Armée par le Général Dubail), la 129e, aux ordres du Général Nollet, l’actuel Grand Chancelier de la Légion d’Honneur, et comprenant la 151e Brigade (de Susbielle) avec les 297e, 357e, 359e R. I. de réserve à 2 Btns, la 5e Brigade, Bleue (Trouchaud), avec les Btns de Marche de la classe 15, les 106e, 107e, 114e, 115e, 120e, 121e B. C. P. avec, en renfort provisoire, la 3e Brigade (Brissaud) avec les 14e, 22e, 30e, 54e, 70e B. C. A., soit 17 Btns avec 9 Btns en réserve, le tout soutenu par une artillerie de 236 pièces de tous calibres dont 98 lourdes.
Deux secteurs d’attaque : le premier (Linge et Schratz), longue crête boisée dépassant légèrement 1 000 m. d’altitude et dominant le Col de Wettstein de 200 à 300 m. et séparée par le Collet du Linge où passe la route du Hohnack et des Trois-Epis. Le second (Barrenkopf), moins élevé que le Schratz et séparé de lui par un ensellement dénudé, la Courtine. Au sud du Schratz, près de la Courtine, deux carrières à ciel ouvert seront le théâtre de combats acharnés. Le Barren, boisé au sommet est séparé, vers le Sud, d’une crête rocheuse, le Kleinkopf, par un petit Collet. Nos bases de départ sont dans les prairies vallonnées du Combekopf et du Glasborn, découvertes et dominées de haut par l’ennemi.
La 7e Armée avait initialement envisagé une action simultanée sur l’Hilsenfirst en direction des avancées du Petit Ballon (Kahlenwasen), préludant à une progression ultérieure de part et d’autre de la Fecht. La pénurie d’effectifs disponibles ne permit qu’une petite diversion au Reichacker. Au Linge, position de premier ordre, 3 Divisions Bavaroises engagèrent successivement 7 Brigades. Les opérations furent, en raison du mauvais temps, reportées du 8 juillet au 12, puis au 18, enfin au 20 juillet.
A 14 h. après une sérieuse préparation d’artillerie, le 22e B. C. A.. fonce à-droite sur le Barrenkopf ; il est, de face et de flanc bloqué net par des mitrailleuses et perd son chef, le Cdt Richard. A gauche, les 14e et 54e abordent le Linge, le 54e (Capit. Touchon, l’actuel Gouverneur de Lyon) atteint le saillant S.-O. du Linge, fait un à droite, escalade le Schratz, mais se voit arrêté sous bois par des mitrailleuses sous blockhaus. Le Capitaine Touchon est légèrement blessé. Le 14e B. C. A. est à son tour bloqué, à la lisière Ouest des bois du Linge. De ce fait il faut renoncer à l’attaque centrale prévue sur la Courtine. Le 21, relèves indispensables. Le 22, reprise des attaques. A droite, au Barren, les 106e et 120e Btns, appuyés par des éléments des 70e et 22e, débouchent magnifiquement à 10 h. 30, mordent sur le Barren et disparaissent sous bois, mais, là encore, ils sont décimés et rejetés sur leurs bases par les feux des blockhaus camouflés. A gauche, 2 Cies du .70e progressent laborieusement dans les bois du Linge sans pouvoir atteindre le sommet. Le 26 juillet, à 18 h., les 14e et 30e attaquent le Linge avec furie ; le 30e coiffe le sommet et le 14e s’empare du Collet. L’ennemi évacue le Schratz, mais le réoccupe immédiatement avant nous.
L’artillerie ennemie réagit violemment sur la prairie de la ferme Combes, le Hœrnleskopf et tous nos arrières.
Le 27, exploitation de notre succès : la 5e Brigade prendra le Barren et le Schratz de front ; la 3e, démarrant du Collet, avec 1 Btn du 159e R. I. et le 121e B. C. P., enlèvera le Schratz du Nord au Sud. L’ennemi prend les devants, à 3 h et à 8 h. Nous repoussons ses attaques à la mitrailleuse et à la grenade et subissons ensuite jusqu’à 10 h. un effroyable bombardement général du secteur. A ce moment, 3e attaque allemande, du 14e Btn de Chasseurs Mecklembourgeois (de Colmar) et d’un Btn de la Garde, qui se brise sur nos intrépides Bataillons Bleus. A midi, quatrième attaque ennemie, quatrième échec. Après une accalmie relative, notre 5e Brigade, à son tour, renforcée par le 15e B. C. P. attaque le Schratz et le Barren. Les 115e et 120e B. C. P. prennent pied sur le Schratz, le 15e s’empare du Barren ; dans la soirée, nos éléments du Schratz, contre-attaqués, sont rejetés, et le 15e, jugé trop en l’air doit, la mort dans l’âme, se replier par ordre. A 15 h. 30 le 121e, partant du Collet du Linge, essaie de gagner le Schratz ; il est cloué au sol par des mitrailleuses. Dans cette seule journée 4 contre-attaques allemandes et 3 attaques françaises avaient déferlé sur les trois objectifs disputés, Linge, Schratz, Barren. Résultat minime de part et d’autre. Nous fîmes cependant de nombreux prisonniers et prîmes une section de mitrailleuses et 280 fusils. Le Lt.-Colonel Messimy était blessé.
Le Haut-Commandement, très occupé ailleurs, ne peut envoyer de renfort; de plus, la 129e Division doit être retirée le 20 Août.
Après les 5e et 15e Btns venus de la 66e Division, la 2e Brigade (Passaga) comprenant les 11e, 12e, 51e et 52e B. C. A., venant de la 47e Division, va entrer dans la fournaise. Les attaques reprendront le 29 juillet, alors que nous tenons le Linge et le Collet du Linge, n’avons pu nous maintenir sur le Schratz et avons dû évacuer le Barren par ordre, le 27.
A 15 h. 12, la Brigade Brissaud, avec le 5e, Cdt. Barberot qui s’est déjà distingué à l’attaque du Piton 830 avec le 1er Btn du 133e, aborde le Schratz par le Nord en partant du Collet du Linge. La Brigade Trouchaud aborde le Schratz par l’Ouest et au Sud, avec les 15e et 120e B. C. P., et le Barrenkopf, avec le 11e B. C. A. Aucun résultat appréciable. Le 5e, en légère progression est marmité puis, contre-attaqué, en vain d’ailleurs à 16 h., 17 h. 30 et 20 h. Au Barren une organisation bétonnée, camouflée, intacte, interdit au 11e d’atteindre le sommet. Le 30 juillet, calme réciproque. Le 31, reprises furieuse des attaques qui se poursuivent sans répit les 1er, 2 et 3 août. Au Schratz, les 5e et 27e, au Barren les 12e et 15e mordent peu à peu sur les positions, mais se heurtent finalement à de nouveaux blockhaus que nos observateurs n’ont pu déceler et que, de ce fait, notre artillerie n’a pu réduire.
Le Colonel Brissaud-Desmaillet reçoit alors la direction de l’ensemble des opérations Linge-Schratz, avec 11 Btns. L’attaque se monte avec :
1 groupe de droite, Cdt. Dussauge (15e, 115e, 3 Cies du 27e) ;
1 groupe du centre, Cdt. Barberot (5e et 2 Cies du 54e) ;
1 groupe de gauche, Cdt. Chenèble (106e, 121e et 7e Btn du 359e R. I.)
Réserve : 14e et 30e, 2 Cies du 51e et 1 Cie du 27e.
Le 4 août, matinée calme, puis à 10 h. 30 bombardement décimant les 106e et 121e que le 30e doit renforcer. A 16 h. 30, attaque d’infanterie allemande sur Linge et Collet et prise du blockhaus du Linge et des tranchées voisines de l’Ouest. Le Cdt. Barberot est tué ; les 5e et 27e reprennent laborieusement l’entrée du Collet. La situation devient sérieuse. Le bombardement a été l’un des plus formidables sur le front de la 7e Armée. Le Général de Maud’huy ordonne de tenir coûte que coûte et promet des renforts. Le 5 août, à 17 h. après un nouveau pilonnage, l’ennemi s’empare du blockhaus du Collet ; le Capitaine Touchon avec 2 Cies du 54e le reprend et progresse le long de la crête jusqu’au blockhaus du Schratz, mais sans pouvoir l’arracher. Le 6 août, le Colonel Brissaud-Desmaillet, exténué par 17 jours de combats surhumains est relevé par le Colonel Goybet, Cdt. la 81e Brigade.
Le Général Nollet, dont la Division doit être relevée le 20 août, désire reprendre les attaques avec des troupes fraîches, mais l’ennemi le devance le 7 par deux violents assauts sur le Schratz et le Collet du Linge, qui sont repoussés, de même le 8 à 17 h. 30. La route de la Schlucht est bombardée avec du 420 sur voie ferrée, mais les chemins muletiers sont excellents et la brèche est réparée en 15 jours par notre Génie. Le 18 août, le 11e B. C. A. enlève le blockhaus du Linge, mais il en est délogé dans la soirée et le Général Nollet reçoit enfin l’ordre de monter une attaque d’ensemble sur un large front et non une action fragmentaire. Le 22 août, après une préparation d’artillerie soignée, le 29e B. C. A. coiffe le Schratz et le 23e enlève le blockhaus du sommet du Barren ; une contre-attaque le lui arrache ; il se cramponne à la tranchée allemande quelque mètres en arrière. Finalement nous tenons le Collet du Linge, la crête militaire du versant ouest du Schratz et du Barren ; l’ennemi tient celle du versant est. Entre elles, s’étend un terrain lunaire, bouleversé, dantesque. L’offensive est arrêtée. Munster, objectif convoité par le rabattement à travers les forêts boisées du Linge, n’est pas libérée ; la crête Linge-Schratz-Barren n’est que fragmentairement occupée.
Entre le 20 juillet et le 25 août seulement, nous avons perdu 176 officiers et 9 185 hommes dont 18 officiers et 556 hommes au Reichacker. L’ennemi a beaucoup souffert (3 divisions et demie). Plus de mille cadavres furent identifiés par la suite, abandonnés par lui devant nos lignes. La 47e division relève ensuite la 129e , retirée du front, et doit, du 31 août au 16 octobre, subir de très violentes réactions allemandes. La lutte continue, quotidienne, acharnée, sanglante, jusqu’à ce que l’ennemi, se rendant compte de l’inanité de ses efforts, cesse finalement toute activité. Désormais, de part et d’autre, toute idée d’offensive est abandonnée. Le front des Hautes-Vosges va se stabiliser après un ultime coup de tonnerre à l’Hartmann les 21 et 22 décembre.
Tels sont les faits dans leur trop bref exposé, dans leur brutale éloquence chronologique.
Qu’en conclure ? L’ennemi bénéficiait d’une incontestable supériorité de moyens effectifs, artillerie, minen ; son ravitaillement, par téléfériques directs que le terrain permettait d’installer, était mieux assuré que le nôtre par mulets. (Et qu’aurions-nous fait sans nos braves « miaules » ?) Etant donné l’étendue du secteur, il était impossible à notre artillerie de neutraliser tous les observatoires adverses. Nos attaques, venant de la Ferme Combe avaient à traverser, sous le feu, des prés dénudés, et à subir ensuite de violentes contre-attaques organisées sur les contre-pentes. Finalement, l’ennemi conservait la crête, la ligne française passant immédiatement au-dessous et au plus près de cette crête. Si nos lignes étaient alors à l’abri de l’artillerie ennemie, elles étaient, par contre, soumises à l’action constante des minen et leur rapprochement des lignes allemandes explique le caractère acharné, presque individuel de la lutte, à coups de grenades, allant souvent jusqu’au corps à corps. Enfin, l’ennemi disposait au Linge d’une organisation remarquable, d’abris bétonnés et cimentés, d’un confort, appréciable à cette altitude, eau courante, électricité, etc. qui fait honneur aux qualités d’ordre et de discipline de l’armée allemande, mais que, trop éloignés de nos arrières, et toujours en préparation offensive, nous ne pouvions réaliser chez nous.
Les combats du Linge ont soulevé l’admiration des Allemands qui ne nous ont pas marchandé leurs éloges pour le cran et l’endurance dont firent preuve nos troupes. Ils ont interdit à l’ennemi toute progression vers la crête maîtresse des Hautes-Vosges. Par leur sacrifice tous les combattants du Linge, sans distinction d’Arme ou de services, Artilleurs, Sapeurs, Territoriaux, Brancardiers, Ravitailleurs, Agents de liaison, Diables Rouges et Diables Bleus, ont rendu doublement française la terre d’Alsace si chèrement rédimée.
Ils ont bien mérité de la Patrie.
Raymond SPONY
(2e, 11e, 4e)
lundi 8 août 2005
La Croix du Linge
Lorsqu’en 1915 la bataille faisait rage sur ces sommets, les tombes bientôt se pressèrent nombreuses au Col du Wettstein. Dans un geste pieux, le Lieutenant BOISSON, du 11e B. C. A., avisant deux troncs de sapins couchés par un obus, les fit assembler en une croix qu’il planta parmi les tombes, la consolidant à la base par une pyramide de pierre. Cette croix, la « Croix du Linge », se dressait encore en 1938. Mais tant de durs hivers en ont eu raison ! Rongée par les intempéries, elle a cédé et a fini par se désagréger, comme les fragiles dépouilles sur lesquelles elle veillait.
Les « Diables Bleus de Colmar », gardiens des Traditions, se devaient de la relever. Ils ont senti impérieusement que dans ce cimetière qui de tout temps fut appelé le « Cimetière des Chasseurs », c’était à eux, anciens Chasseurs, qu’incombait ce devoir.
Il fut décidé d’ériger sur l’emplacement même de l’ancienne croix de troncs d’arbres, une grande croix en granit des Vosges, avec un alpin gisant, en bronze. Les frais en seraient couverts par voie de souscription publique.
Dès que connu, ce projet a reçu l’appui sans réserves des Chefs éminents qui ont commandé au Linge durant l’horrible tourmente, celui de la Fédération Nationale des Anciens Chasseurs à pied, alpins et cyclistes, ainsi que celui de la Municipalité, de « l’Union Nationale des Combattants » et des « Diables Bleus » d’Orbey, dont la population a voué aux morts du Linge un culte particulier.
Aujourd’hui que la « Croix du Linge », reconstruite, étend à nouveau ses bras tutélaires au-dessus de nos glorieux morts, nous tenons à dire toute notre gratitude à tous ceux qui, à un degré quelconque, ont concouru à sa réalisation.
dimanche 7 août 2005
Historique du Drapeau
Nos 23 Bataillons de Chasseurs, comportant sept demi-brigades, sept brelans d’as, et deux Bataillons motorisés, montent, souples et nerveux, la garde à nos frontières, au seuil de la Patrie.
Ils y maintiennent les Traditions de l’Arme, celles des Chasseurs de Vincennes et d’Orléans.
Innombrables sont, en effet, les citations dont se parent leurs fanions et leurs poitrines. Quant à leur unique Drapeau, titulaire de quelque 200 palmes, il n’en porte qu’une à sa hampe, la palme collective de l’Arme, et ce Drapeau, il n’est jamais tombé aux mains de l’ennemi, en dépit des viles calomnies d’outre Rhin.
Le PREMIER DRAPEAU fut remis le 4 Mai 1841, aux Tuileries parle Roi Louis-Philippe, en présence des 10 Bataillons (de 1 à 10), au 2e de l’Arme, Commandant Froment-Coste – futur Commandant du Bataillon Sidi-Brahim, le 8e d’Orléans, l’ancêtre de l’actuel 8e de Toul – en garnison à Vincennes. Selon la tradition qui s’institue alors, il est confié au Bataillon de Vincennes (Donjon). Le 7 Octobre 1844, le 2e Bataillon, désigné pour tenir garnison à Metz, remet le Drapeau au 4e qui, le 5 Novembre 1847, le passe à son tour au 6e, et ainsi de suite...
Le DEUXIÈME DRAPEAU est, après la chute de Louis-Philippe, remis le 20 Avril 1848, à l’Arc de Triomphe, par Dupont de l’Eure, président du Gouvernement Provisoire.
Le TROISIÈME DRAPEAU est remis le 10 Mai 1852, au Champ-de-Mars, par le Prince-Président Louis-Bonaparte, au Commandant de Castagny, commandant le 6e, puis, confié au Commandant Auzouy, commandant le 5e.
Il est décoré de la Légion d’Honneur le 15 Décembre 1859, à Vincennes, par le Maréchal Magnan, Commandant en chef l’Armée de Paris, en présence des 4e, 11e, 19e Bataillons, et du Sergent Garnier, du 10e, pour consacrer la prise à Solferino, le 24 Juin 1859, par les Sergents Fournier et Garnier, du 10e Bataillon, du Drapeau du 60e Régiment d’Infanterie Autrichien, actuellement appendu à la voûte de la Chapelle des Invalides, à Paris, depuis 1860.
A la Guerre de 1870, le Drapeau des Bataillons Bleus n’est pas emporté en campagne, mais déposé, par le 7e, qui en assure alors la garde, à l’Etat-Major de la Place de Paris. Après la chute du Second Empire, il est versé le 19 Septembre 1870, au Dépôt Central d’Artillerie. Il est conservé au Musée de l’Armée.
Le QUATRIÈME DRAPEAU est remis le 14 Juillet 1880, à la revue de Longchamp par le Président de la République Jules Grévy, au Commandant du 25e Bataillon.
Le 26e Bataillon en assure la garde au Donjon de Vincennes jusqu’en Octobre 1913 ; le Commandant Vidalon le remet alors au 4e Bataillon, de Saint-Nicolas-de-Port, Commandant Lacapelle, qui le mène à Lunéville où M. Etienne, Ministre de la Guerre, le remet solennellement au 10e Bataillon, de Saint-Dié, Commandant Eveno.
Le 25 Septembre 1914, il est à. la garde du 10e Bataillon (Sous-Lieutenant Zeller, Porte-Drapeau), lorsqu’au Bois des Wacques, région de Suippe, il est blessé à la hampe d’un éclat d’obus.
Le 20 Octobre 1914, à Gouy-en-Gohelle, à quelques centaines de mètres des premières lignes, le Général De Maud’huy décore le Drapeau de la Médaille Militaire, en présence des 1er, 3e, 10e, 31e, Bataillons et de délégations des 17e, 20e, 21e, pour consacrer la prise du premier drapeau ennemi, celai du 132e R. I. allemand, le 14 Août 1914, à Plaine-Saint-Blaise, à la Ferme Niargoutte, par le « Premier », Commandant Tabouis (Sergent Foulfoin, Chasseur Laboube).
Le CINQUIÈME DRAPEAU est remis le 20 Septembre 1925, sur le plateau de Kall, près de Schewen, en Rhénanie, au 30e Bataillon, par le Haut Commissaire de la République Française en Rhénanie, M. Paul Tirard, ancien capitaine au 66e Bataillon, en présence du Général Guillaumat, Commandant en chef l’Armée Française du Rhin et des Bataillons Bleus de l’Armée du Rhin.
L’Ancien Drapeau, le quatrième, le glorieux et cher « Vieux », tout en loques, que protège une résille d’or, est remis le 24 Décembre 1925, par le Commandant Hervieux, ancien des 4e, 17e et 120e Bataillons, Président de la Fédération Nationale des Chasseurs à Pied, Alpins et Cyclistes, au Général Gouraud, Gouverneur Militaire de Paris, ancien Gouverneur de Strasbourg, ancien des 3e et 21e Bataillons, puis, officiellement, au Musée de l’Armée, le 14 janvier 1926, par le Maréchal Franchet d’Espérey ancien commandant en chef de l’Armée d’Orient, ancien commandant du 18e Bataillon.
Quant à l’Aigle du « Bataillon de Chasseurs de la Garde », créé par Décret impérial du 1er mai 1854, elle fut remise le 30 mars 1855 par l’Empereur Napoléon III et décorée de la Croix de la Légion d’Honneur le 25 juillet 1859, par le Maréchal Régnault de Saint-Jean d’Angély, Commandant en chef la Garde Impériale, à Milan, sur le Corso, pour consacrer la prise, à Solferino le 24 juin 1859, par le Chasseur Montellier (3e Cie, Lieutenant Monéglia), du drapeau du 48e R. I. Hongrois, appendu actuellement, depuis le 29 mai 1860, à la voûte de la Chapelle des Invalides, à Paris.
L’Aigle des Chasseurs de la Garde flotte le 16 août 1870 à Rezonville et le 7 octobre à Ladonchamp. Elle est brûlée à Metz le 28 octobre 1870 ; la croix, sauvée par le Commandant de Ligniville, commandant le « Bataillon de Chasseurs de la Garde », remise, après la mort da Commandant, par sa veuve, au général de Monard, est offerte par ce dernier au 24e Bataillon de Chasseurs Alpins (ex-Garde), qui la conserve pieusement à sa Salle d’Honneur de Villefranche-sur-Mer. L’étoffe, incomplètement brûlée, retirée des cendres par un ouvrier de l’Arsenal, Antoine Laurent, est reconstituée et versée au Musée de l’Armée.
L’unique Drapeau des Chasseurs, orné de la fourragère aux couleurs de la Légion d’honneur, porte à sa hampe, dans l’ordre chronologique de réception, les décorations suivantes : la Croix de la Légion d’Honneur, la Médaille du Cinquantenaire de Solferino (décernée en 1909 par le Gouvernement Royal Italien) ; la Médaille Militaire ; la Valeur Militaire Italienne ; la Croix de Guerre, dont le ruban (aux couleurs de la Médaille Commémorative de Sainte-Hélène) n’est barré que d’une simple palme de bronze, modeste symbole des 240 citations gagnées durant la Grande Guerre par les 78 Bataillons Bleus.
Il porte les inscriptions suivantes :
à l’avers : |
RÉPUBLIQUE FRANÇAISE HONNEUR ET PATRIE |
au revers : |
ISLY 1844 SIDI-BRAHIM 1845 SEBASTOPOL 1854-55 SOLFERINO 1859 EXTRÊME-ORIENT 1884-85 MADAGASGAR 1895 MAROC 1908-1913 GRANDE GUERRE 1914-1918 |
Il est à remarquer que le Drapeau des Chasseurs est, avec celui de la LÉGION ÉTRANGÈRE, le seul de l’Armée Française qui porte en ses plis le nom d’une bataille qui ne fut pas une victoire, mais dont l’incomparable éclat demeure si prestigieux, qu’il fut, à juste titre, considéré comme digne de passer à la postérité. SIDI-BRAHIM : 23, 24, 25 Septembre 1845, qui vit l’héroïsme des Chasseurs du 8e d’Orléans du Commandant Froment-Coste, des Capitaines Dutertre (Adjudant-Major), Burgard (2e Cie), de Chargère (6e Cie), de Géreaux (8e Cie, Carabiniers), des Lieutenants de Raymond (7e Cie), de Chappedelaine (8e Cie), du Sous-Lieutenant Larrazet (3e Cie), du Médecin Aide-Major Rozagutti, du Caporal Lavayssière, du Clairon Rolland, etc... et des Hussards du 2e Régiment du Colonel de Montagnac et du Commandant Courby de Cognord.
CAMERONE (Mexique) 30 Avril 1863, où la 3e Cie du ler Bataillon de la Légion, Capitaine Danjou, Sous-Lieutenants Vilain et Maudet, forte de soixante-deux Légionnaires, résista jusqu’aux trois derniers, capturés debout, les armes à la main, à plus de 3 000 Mexicains du Général Milan ; SIDI-BRAHIM, CAMERONE ! L’incomparable et folle bravoure, la défense prodigieuse, coûte que coûte, le serment tenu, de tenir, jusqu’au bout.
Tous les ans, au mois d’août, la Garde du Drapeau est confiée à tour de rôle à l’un des Bataillons suivants : 6e (Grenoble), 8e (Toul), 16e (Toul), 27e (Annecy), 30e (Saint-Nicolas-de-Port), titulaires de la Fourragère aux couleurs de la Légion d’Honneur, et Premier (Strasbourg), 10e (Saverne), 24e (Villefranche-sur-Mer), qui ont chacun pris un drapeau à l’ennemi.
« L’Esprit Chasseur » a dit Lyautey « c’est la rapidité dans l’exécution de gens qui pigent et qui galopent. C’est l’allant, c’est l’allure, c’est le chic. C’est, pour les chefs, le SENS SOCIAL DANS LE COMMANDEMENT, c’est l’accueil aimable. C’est servir, avec le sourire, la discipline qui vient du cœur. C’est le dévouement absolu qui sait aller, lorsqu’il le faut jusqu’au sacrifice total. »»
Joffre a écrit : « Les Bataillons de Chasseurs puisent leur esprit de corps dans leurs traditions vieilles aujourd’hui de cent ans. Qu’ils les gardent précieusement ».
Le Père des Chasseurs le général de Maud’huy, ancien commandant de l’Armée des Vosges, a dit à ses Bataillons le 11 Novembre 1918 : « Ne défroquez pas ! La France aura toujours besoin de Chasseurs » et le général GAMELIN, notre généralisme : « L’esprit chasseur c’est la coquetterie de bien servir, de bien se battre et s’il le faut, de bien mourir ! »
Les consignes des grands chefs sont observées.
Les Fils seront dignes des pères.
Les Diables Bleus vivent, agissent, rayonnent, sous le double signe de leur UNIQUE DRAPEAU et du SOLDAT INCONNU MORT POUR LA PATRIE.
En faisant face, avec le sourire, en se conformant sans cesse à la doctrine de « SIDI-BRAHIM », ils servent le Premier, en demeurant dignes du Second.
Raymond SPONY
(2e, 11e, 4e)



