Les découvertes du chamois

Le chamois recherche des documents émanant de soldats ou de témoins de la grande-guerre. Lorsqu'il en trouve, il les partage.

mercredi 21 décembre 2005

Deux aigles jumeaux, les frères Navarre

navarre_jumeaux

Il faudrait les pages d’un volume entier pour narrer les exploits de ces deux frères, devenus justement célèbres au cours de la guerre. Leurs deux noms ont rempli bien souvent les colonnes de la grande presse parisienne ; c’était toujours un frisson de fierté nationale et d’invincible espérance que leurs extraordinaires actions d’éclat faisaient courir d’un bout. à l’autre du pays. Ils resteront le symbole de la témérité la plus audacieuse au service de la plus noble des causes. Semeurs d’énergie aux heures les plus sombres, ils exerceront longtemps encore une véritable attirance sur la jeunesse de France.

Notre intention n’est pas de redire ici ce qui fut dit tant de fois. Nous voulons simplement insérer dans ce Livre d’Or les témoignages officiels de l’héroïsme de ces deux enfants du Rondeau, car leur gloire rejaillit bien un peu, après leur famille, sur la Maison qu’ils ont aimée et où, tous deux, commencèrent leurs études secondaires.

D’une extraordinaire ressemblance de physionomie, unis par une étroite affection, ces deux frères jumeaux ont passé côte à côte presque toute leur brève existence ; la mort les a réunis dans une même immolation : nous ne les séparerons pas l’un de l’autre.

Nés à .Jouy-sur-Morin, en Seine-et-Marne, le 8 août 1895, Jean et Pierre étaient les aînés d’une famille de onze enfants. Leur père, M. André Navarre, ingénieur E. C. P., est trop connu dans le monde industriel pour que nous n’éprouvions pas un réel plaisir à rappeler ici, d’un seul mot, les immenses services rendus par lui à son pays. Ne fut-il pas, en effet, d’abord dans notre département, de l’Isère et ensuite dans la France entière, l’un des plus puissants organisateurs de l’industrie papetière, aussi bien que l’un des plus clairvoyants et des plus audacieux partisans de l’utilisation de la houille blanche dans notre beau Dauphiné ?

Il était venu s’installer à Voiron, comme ingénieur-directeur des Papeteries Lafuma, lorsqu’il nous confia, en octobre 1905, ses deux fils aînés, alors âgés de dix ans. Natures ardentes et fougueuses, caractères indépendants, presque frondeurs, d’une personnalité déjà violemment accusée ; Jean et Pierre eurent quelque mal tout d’abord à se plier au règlement d’un collège et aux nécessités d’un internat, mais ils ne tardèrent pas à s’attacher profondément à leurs Maîtres. Il nous souvient encore de leur tristesse, lorsqu’ils durent, eux aussi, en décembre 1906, quitter le Rondeau des bords du Drac, victimes comme leurs professeurs et leurs condisciples des conséquences des lois sur la Séparation des Eglises et de l’Etat. Mais la Providence ayant voulu que notre Maison se reconstituât à Voiron, tout près de leur famille, ils furent des premiers à venir nous rejoindre.

Cependant, l’énorme extension des entreprises paternelles avait nécessité l’installation de la famille dans la région plus centrale de Lyon. Nous eûmes le regret de voir partir nos deux élèves dans le courant de l’année 1908, mais leur souvenir resta, profondément gravé en nous, et pas un de ceux qui les avaient connus et aimés tout jeunes, ne fut surpris lorsque leurs premiers exploits aériens commencèrent à attirer sur eux l’attention publique.

De la classe 1915, Jean et Pierre Navarre avaient des tempéraments trop bouillants et trop amis de l’aventure pour ne pas être les premiers, malgré leur jeune âge, à se présenter comme volontaires, dès le début de la mobilisation.

Jean Navarre était, du reste, un nom déjà connu dans l’aviation française. Quelques mois avant la déclaration de guerre, il avait même étonné, par certains de ses vols audacieux, les plus célèbres aviateurs d’alors. C’est évidemment dans cette arme, la « cinquième », comme on l’appelait déjà, que le hardi pilote réclama de servir.

Pendant les premiers mois de la campagne, on sait combien les relations officielles des opérations furent sobres sur le rôle de notre aviation. La consigne était de cacher le plus possible les exploits de nos chasseurs de l’air, ou tout au moins de leur conserver un anonymat prudent. On en comprend aisément les raisons d’ordre militaire.

C’est le 25 octobre 1915 que Jean Navarre, alors sergent pilote à l’escadrille n°12, fut pour la première fois l’objet d’une citation personnelle au communique officiel des Armées françaises. Cet honneur lui fut renouvelé plusieurs fois dans la suite, notamment les 26 février, 2, 5 et 21 mars 1916, pour le rôle extraordinaire qu’il joua dans les jours tragiques de la ruée allemande sur Verdun. De ces citations, nous retiendrons celles du 26 février et du 2 mars, dont voici le texte :

(Communiqué du 26 février 1916)... « Aujourd’hui, dans la région de Verdun, l’adjudant Navarre, sur avion monoplan, a abattu, à coups de mitrailleuses, deux avions allemands, ce qui porte à cinq le nombre des avions abattus par ce pilote. Les appareils ennemis sont tombés dans nos lignes. Deux des aviateurs qui les montaient ont été tués ; les deux autres ont été faits prisonniers. »

(Communiqué du 2 mars 1916)... « L’adjudant Navarre a abattu hier, dans la région de Douaumont, un sixième avion allemand, du type Albatros, qui est tombé dans nos lignes. Les passagers, blessés. ont été faits prisonniers. »

Comme Guynemer, Jean Navarre n’avait alors que vingt ans.

Les textes complets des nombreuses citations de Jean à l’ordre de l’Armée ou des diverses Grandes Unités, – sa Croix de guerre était ornée de douze palmes ou étoiles – n’ont malheureusement pu être tous reconstitués, car les archives de son escadrille ont été détruites, vers la fin de la guerre, au cours d’un bombardement. Nous reproduisons ci-dessous le relevé officiel de ses promotions, décorations et citations, tel qu’il a été adressé à M. André Navarre, son père, par le Ministre de la Guerre, à la date du 3 novembre 1919:

REPUBLIQUE FRANÇAISE,

MINISTÈRE DE LA GUERRE,

Cabinet du Ministre

Paris, le 3 novembre 1919.

Relevé des Citations du sous-lieutenant Navarre (Jean) :

MÉDAILLE MILITAIRE (pour prendre rang du 6 avril 1915) :

Navarre (Jean), sergent pilote à l’escadrille M. S. 12 : « Pilote d’une adresse et d’une audace remarquables, a livré bataille dans la même semaine à deux avions ennemis, les a rejoints et abordés à quelques mètres, malgré le tir de leur passager. A forcé l’un d’eux à atterrir dans nos lignes et a ainsi permis de faire prisonnier le pilote et le passager, touchés par les balles de l’observateur. »

LÉGION D’HONNEUR

Pour Chevalier (29 août 1915) :

Navarre (Jean-Marie-Dominique), adjudant pilote à l’escadrille M. S. 12 :

« Pilote remarquablement adroit et dévoué, a livré plusieurs combats aériens, dont l’un d’eux a permis de capturer deux officiers et un avion ennemis. Volontaire pour toutes les missions délicates, a exécuté, avec un plein succès, trois missions spéciales, particulièrement périlleuses. »

CITATIONS A L’ORDRE DE L’ARMÉE :

Navarre (Jean), sergent pilote, n°mle 1327 :

« A donné la mesure de son audace, en attaquant, à très faible distance, un drachen-ballon, malgré un feu violent des canons spéciaux ennemis. A eu, au. cours de son vol, son avion sérieusement atteint par les projectiles ennemis. » (Ordre du 18 juin 1915.)

Navarre (Jean), adjudant pilote à l’escadrille n° 12 :

« Le 26 octobre, a pris en chasse un avion ennemi; a essuyé, à courte distance, sans répondre, le feu de son adversaire qui a tiré sur lui plus de 100 cartouches, l’a attaqué à moins de 50 mètres, atteint de plusieurs balles et forcé à atterrir dans nos lignes. S’est posé à côté de lui et a capturé l’équipage allemand. » (Ordre du 5 décembre 1915.)

Navarre (Jean-Marie-Dominique), n°mle 1327, adjudant pilote à l’escadrille n°67 :

« Pilote incomparable de courage, d’adresse et d’énergie. Le 26 février 1916, a réussi à abattre deux avions ennemis dans nos lignes. » (Ordre du 19 mars 1916.)

Navarre (Jean-Marie-Dominique), sous-lieutenant à l’escadrille n°67 :

« Le 3 avril 1916, a abattu pour la huitième fois un avion ennemi dans nos lignes. » (Ordre du 19 avril 1916.)

Pendant que Jean devenait ainsi le roi légendaire des combats aériens à courte distance, après avoir été le premier as en date de l’aviation française, que faisait son frère Pierre ?

Engagé volontaire, le 27 septembre 1914, au 6e régiment du Génie, comme simple sapeur, il était, dès le 26 janvier 1915, l’objet d’une première citation, ainsi conçue, à l’ordre du jour de sa Division :

« Se trouvant à proximité d’une maison, que l’explosion d’un obus venait de faire écrouler, s’est, malgré le bombardement, porté au secours des blessés restés sous les décombres »

et quatre mois plus tard, le 14 mai 1915, d’une seconde citation à l’ordre du Corps d’Armée, dont voici le texte :

« Bravoure remarquable, plein d’entrain, a guidé, au cours des derniers combats, par son exemple et par ses conseils, des détachements d’infanterie privés de leurs chefs, pour l’organisation des positions conquises. »

Passé dans l’aviation en juillet 1915, avec le grade d’aspirant du Génie, Pierre Navarre y fit un premier stage, comme pilote d’appareils de chasse Nieuport, monoplaces, à l’escadrille n°69. Le 23 avril 1916, il était cité à l’ordre de l’Armée et décoré de la Médaille militaire, pour le motif suivant :

« A fait la première partie de la campagne dans le Génie, où son courage et son entrain lui ont valu. deux citations à l’ordre du jour. Fait preuve dans l’Aviation d’une audace et d’une activité admirables. Le 28 mars 1916, a attaqué successivement, à bout portant, deux avions ennemis et a forcé le premier à atterrir précipitamment ; au cours du second combat, a reçu trois blessures graves. »

Quelques semaines plus tard, à son retour de convalescence, Pierre Navarre rejoignit comme pilote de chasse la fameuse escadrille n°12, celle des « as » et de son frère Jean. Il n’y resta que peu de mois. Le 15 novembre 1916, il tombait pour la France, victime d’une chute d’aéroplane, au camp d’aviation du Plessis-Belleville. Il n’avait que 21 ans.

Dieu réservait à son frère Jean une mort quelque peu identique, puisqu’il tomba, lui aussi, dans un camp d’aviation, à Villacoublay, le 10 juillet 1919. Après avoir bravé tous les dangers, affronté témérairement tous les périls, passé maintes fois au travers des balles allemandes pendant de longs mois, la mort les fauchait ainsi, loin du champ de bataille, dans le labeur obscur consacré à l’étude d’appareils nouveaux.

Nous n’avons rien dit de la méthode de combat, qui était particulière à ces deux incomparables chevaliers de l’air, et qui fit, de Jean surtout, un « as » extrêmement redoutable pour l’aviation allemande. La grande presse en parlé à maintes reprises ; depuis la fin des hostilités, cette méthode a fait l’objet d’études spéciales dans plusieurs articles de revues et même dans des ouvrages entiers. Les deux documents suivants, que nous sommes fiers d’insérer dans ce Liure d’Or, nous en donneront une esquisse suffisante, en raison des autorités compétentes dont ils émanent :

I. - Discours prononcé par M. Pierre Gasnier, au nom de l’Aéro-club de France, aux obsèques de Jean Navarre, le 12 juillet 1918.

Navarre ! ce nom retentit comme un appel de clairon, lorsqu’il apparut pour la première fois au communiqué de l’aviation. N’oublions pas, en effet, qu’il fut notre premier « as » et notre premier chasseur de Boches.

Je ne puis me souvenir sans émotion que, faisant partie de la même escadrille, j’ai vécu longtemps près de lui et que j’ai assisté à sa première victoire.

D’un caractère froid et peu communicatif, il avait en lui une énergie peu commune, qui le poussait à voler une partie du jour à la recherche d’un ennemi, qu’on ne rencontrait pas alors à tous les tournants de nuages. Virtuose incomparable et tireur merveilleux, il inaugura la méthode du combat rapproché, en abattant, à bout portant, son premier avion, le 1er avril 1915. Il devait ensuite, inaugurant les séries à son tableau de chasse, voler rapidement de victoires en victoires, jusqu’à la 12e, après laquelle une grande blessure allait malheureusement l’obliger à quitter le front et à subir, à l’arrière, un repos, dont sa jeunesse, son tempérament fougueux et combatif, devaient mal s’accommoder.

« Hélas ! Pourquoi faut-il qu’un destin cruel, alors que tant de fois il avait failli tomber en pleine bataille, ne lui permette pas d’assister au triomphe si proche de nos Armées ?

Mais que ce deuil ne nous abatte point ! Dans le dur combat que nous livrons à l’assaut du progrès, la mort, nous le savons, choisit à chaque pas ses victimes, parmi les meilleurs.

Un jour viendra qui nous donnera la preuve que ces sacrifices n’ont pas été faits en vain.

Au nom de l’Aéro-club de France qui vous avait décerné sa plus haute récompense, sa grande Médaille d’or, adieu, brave Navarre ! Vous résumiez en vous le courage tranquille et l’héroïsme d’une race que la mort n’effraye point et qui, fière de son passé, a montré pendant ces quatre longues années, qu’elle ne savait ni défaillir, ni dégénérer.

Adieu ! et puisse la douleur des vôtres s’adoucir, en pensant que le lieutenant Navarre, dans cette guerre où l’aviation joua un rôle si considérable, fut l’un des meilleurs artisans de la Victoire !

II. – Paroles prononcées par le chef d’escadron des Isnards, représentant le Directeur de l’Aéronautique, aux obsèques du sous-lieutenant Jean Navarre.

Chargé par le Directeur de l’Aéronautique au Ministère de la Guerre, de le représenter à cette triste cérémonie, je viens, en son nom, apporter au lieutenant Navarre, avec l’adieu de l’Aviation française, l’hommage ému de son admiration.

Je ne referai pas ici l’histoire des exploits que nous connaissons tous et qui, demain, feront partie de la Légende. Navarre, c’est le héros du ciel sombre de Verdun, celui qui, aux heures les plus tragiques, barra la route de l’air avec sa seule poitrine ; Navarre, c’est, à l’époque de nos ailes encore timides, le prestigieux vainqueur de 12* avions ennemis ; Navarre, c’est pour nous tous l’audacieux promoteur du combat aérien.

Le chapitre de gloire, où de si beaux noms se sont inscrits, c’est Navarre qui l’a ouvert .

La France ne l’oubliera pas.

Demain, le drapeau de l’aviation flottera vainqueur sous l’Arche triomphale : Navarre n’y sera pas. Mais dans ses plis, lourds de tant de gloire, le Drapeau portera, avec le souvenir de nos héros tombés, le souvenir de celui qui fut, de la Victoire, un des premiers et des plus fiers artisans.

Navarre, c’est pour nous tous l’audacieux promoteur du combat aérien.

Le chapitre de gloire, où de si beaux noms se sont inscrits, c’est Navarre qui l’a ouvert .

La France ne l’oubliera pas.

Demain, le drapeau de l’aviation flottera vainqueur sous l’Arche triomphale: Navarre n’y sera pas. Mais dans ses plis, lourds de tant de gloire, le Drapeau portera, avec le souvenir de nos héros tombés, le souvenir de celui qui fut, de la Victoire, un des premiers et des plus fiers artisans.

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*Ce chiffre de 12 est le chiffre officiel des appareils allemands abattus par Jean Navarre, à, l’intérieur de nos lignes et pour lesquels une constatation a pu être opérée, d’après les règlements en vigueur. En réalité, et si l’on tient compte des appareils de toute nature descendus soit dans nos lignes, soit à l’intérieur des lignes ennemies, ce chiffre doit être porté à 20.


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jeudi 8 décembre 2005

Un guide savoyard a sauvé le bidon !

Parue le 19 décembre 1914 dans le « Patriote républicain », voici la lettre d’un guide de Bonneval, hélas anonyme. Nous avons là une indication : ils se parlent !

Voici un extrait d’une lettre écrite du front par un de nos compatriotes de Bonneval, un de ces guides dont le nom est familier à tous les alpinistes et dont le courage, le sang-froid et l’ardeur s’exercent aujourd’hui sur le front :
« Pour se ravitailler, écrit-il, nous sommes obligés de le faire la nuit et en grand silence. Une voiture nous apporte nos munitions à quelques kilomètres de la tranchée ; des hommes de bonne volonté font la corvée de transport. Dans la tranchée, il y a assez souvent des disputes assez violentes avec les Boches. Nous nous comprenons très bien. Il y en a qui causent français. Nous leur disons leurs défaites et nous leur avons passé les communiqués officiels à quelques mètres de leur tranchée. Notre petit coin a été arrosé par plus de 200 obus qui ne nous ont fait que 4 morts et 6 blessés. Jugez de notre rage, tous obligés de nous coucher, un seul homme restant debout pour voir s’ils ne nous donnaient pas l’assaut.
L’autre jour, j’étais le caporal désigné pour la corvée de ravitaillement. Nous étions de retour avec nos vivres, et voilà que ces s... nous lancent des bombes éclairantes ; on y voyait aussi clair qu’avec un projecteur ; fusillade, coups de canon. Les balles labouraient la terre autour de nous. Nous n’avons pas perdu la tête et j’ai conduit mes hommes derrière un tas de billots de bois. Nous voilà retranchés ; je fais l’appel, personne ne manque et nous avons nos vivres, sauf la bombonne de vin. Je demande ce qu’elle est devenue ; elle est restée à 20 mètres du retranchement. On grogne. Un de ma commune, qui n’est pas peureux, insulte les deux bonshommes qui ont laissé notre vin, se lève, part et ramène la bombonne. »
Bravo au Savoyard qui a sauvé le bidon !

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mardi 22 novembre 2005

Nos boy-scouts

Paru dans le Patriote républicain du 10 mars 1915 :

Deux jeunes éclaireurs de France, Emile Prost, 16 ans, fils du commis du Centre au PLM., et Georges Reynal, 14 ans, fils du capitaine du 97e, blessé grièvement, cité à l’ordre du jour et décoré de la Légion d’honneur, partaient jeudi à destination du front. En compagnie des convoyeurs du 11e chasseurs, ils prenaient place dans un wagon à destination de Gérardmer, lorsqu’ils furent arrêtés. Leurs rêves s’écroulent.

Cependant, nos deux braves boy-scouts avaient trouvé le moyen de servir leur patrie. Ayant aperçu dans le wagon, sur le parcours Culoz – Lyon, un individu suspect, ils le surveillèrent et le signalèrent au capitaine de la gare de Lyon. C’était bel et bien un dangereux espion allemand.

Après avoir reçu les félicitations du chef de gare, les deux jeunes éclaireurs regagnèrent Chambéry.

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lundi 31 octobre 2005

Le chasseur Champeau du 17e BCP., mort pour la France

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Nous n’en saurons pas plus, mais tout ceci est bien suffisant pour penser à lui...

Au dos de la photographie René Ducrot a inscrit ceci :

« Souvenir de mon copain d’enfance, Léon Champeau du 17e bataillon de chasseurs à pied, tué le 9 juin 1915 à Notre-Dame de Lorette. Mort pour la France. »

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samedi 23 juillet 2005

Comment on les décore ! (Au 13e BCA.)

Le samedi 20 mars 1915, la lettre d’un officier du 13e bataillon de chasseurs était publiée par « le Démocrate savoisien ». Les noms propres de personnes n’étaient pas identifiables.

Lettre d’un officier du 13e bataillon de chasseurs alpins, à un camarade blessé en traitement à Chambéry.

8 mars 1915.

Mon cher ami,

Nous venons d’assister à la plus impressionnante cérémonie : la remise de la croix de la Légion d’honneur aux capitaines de la Cie., G... et B...(Bonnet) de la T...(Tour), et celle de la Médaille militaire à deux sous-officiers.

Cette cérémonie a été présidée par le colonel commandant notre brigade de chasseurs (Tabouis). Elle a eu lieu sur le champ de bataille même de Hartmannswillerkopf, au fortin conquis par nous le 5 mars, à la barbe des Boches qui n’étaient pas à 100 mètres, sous leurs balles et par un temps de brouillard et de neige.

Pas d’ouverture ni fermeture de ban, mais deux feux de salve sur les Boches. J’ai eu là une des plus pures joies de la campagne. Après la  cérémonie, j’ai serré T... sur ma poitrine et nous nous sommes embrassés en parlant de toi.

Voilà toute ton ancienne compagnie décorée. Bravo les braves !

Les journaux disent ces jours-ci que nous soutenons les assauts les plus féroces à Hartmannswillerkopf. Nous avons eu les 5, 6, 7, surtout le 7 mars, des contre-attaques furieuses ; les Boches écument de rage ! mais on tient bon.

De la T... (Tour) l’a échappé belle le 7, je venais de le quitter, une balle a effleuré son épaule droite, traversant sa vareuse ; à un centimètre à peine plus bas et il y était ! une autre balle a traversé sa culotte.

Ce soir, on a arrosé ces croix dans une réunion rapide de quelques poilus.

A bientôt de tes nouvelles.

R.... (Rémy ?)

Un mois plus tard, « le Démocrate savoisien du samedi 24 avril 19151915 publiait les noms parus à « l’Officiel »

CITATIONS A L’ORDRE DE L’ARMEE

13e chasseurs. – Nous sommes heureux de donner les noms des officiers et des sous-officiers ci-après du 13e chasseurs qui ont été cités à l’ordre de l’armée :

M. Bonnet de la Tour, capitaine ; MM. Rémy et Viallet, lieutenants ; M. Bidet, sous-lieutenant ; MM. Rossilière et Jolivet, adjudants ; MM. Buis, aspirant et Vuillet, sergent-major.

Ces vaillants soldats, dont plusieurs ont payé leur héroïsme de leur vie, ont bien mérité de la patrie.

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mercredi 22 juin 2005

Le sergent Dalphin François

La revue « La Guerre Photographiée » nous offre d’excellents documents. Hélas comme pour la plupart des revues les légendes sont erronées, voire fantaisistes...
Voici la tombe du sergent Dalphin, François, Joseph, originaire d’Anthon (Isère), sergent au 109e territorial, tué le 29 décembre 1914 à la cote 151, à Perthes-lès-Hurlus ( Marne ). Agé de 36 ans.
Il avait certainement un certaine notoriété à Meyzieu mais comment le savoir aujourd’hui ?
En tous cas, ne pas se fier aux indications des légendes de photographies ? Souvent tout faux ! ! !

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dimanche 19 juin 2005

16 avril 1917, le 5e RIC. attaque devant Paissy

* Joseph Tézenas du Montcel dans son journal « L’heure H - Etapes d’infanterie » évoque à trois reprises le souvenir des « frères Lacoste ». Il se serait agi de jumeaux.

Nous sommes en avril 1917, Chemin des Dames, au nord de Paissy (Aisne).

Ainsi, lors de leur arrivée comme renforts de la classe 17, Tézenas les remarque et jeune lieutenant chef de section de la classe 16, voici son texte concernant l’arrivée des bleus classe 17, le 3 avril 1917 :

« Ici, c’est différent : c’est une ambiance de famille que ces hommes vont trouver : c’est ce qu’il leur faut, avec la reconnaissance bien nette de deux ou trois principes essentiels qui leur évitera peut-être de se faire tuer au premier contact. Pour le reste, ils se débrouilleront tout seuls : il le faudra bien.

« Ils sont fatigués. Je leur fais déposer leurs armes et leurs sacs. Et puis, j’essaye de les faire parler ; ça n’est pas très facile tout de suite : ils ont l’air à la fois intimidé et un peu surpris, mais j’arrive vite à savoir quels sont ceux qui sont amis et qui désirent n’être pas séparés dans leur affectation à une escouade. Il en est deux en particulier qui se ressemblent et tiennent à côté l’un de l’autre : ce sont deux frères jumeaux, ils s’appellent Gérard et René Lacoste. L’un se dit cultivateur et l’autre jardinier : deux professions jumelles. Ils ont l’un et l’autre des yeux bleus de la couleur de leur uniforme. Je les affecte à l’escouade de Duréault : ils y seront bien. »

* 16 avril 1917, Tézenas commande la compagnie puisque tous les autres officiers sont morts ou hors de combat, dans les ex-premières lignes allemandes en fin d’après-midi :

« Le tir augmente d’intensité. Dès le début, notre tranchée est encadrée, comme tout à l’heure, et les explosions, stridentes, se succèdent. Pendant quelques minutes, crispés, la tête dans les épaules, nous ne vivons plus ; nous attendons l’instant de la catastrophe inévitable... La voici certainement ! Un frou-frou plus distinct, quelque chose qui tombe sur nous... « Je ferme les yeux... une lueur à travers mes paupières, un souffle brûlant qui me fouette le visage... Ça y est ! ...

Quand je rouvre les yeux, il y a trois corps étendus à côté de nous... Mon Dieu ! Qui est-ce ? ...

« La tranchée est pleine de fumée... et dans le silence qui succède, très lentement l’un des trois corps se soulève. En s’aidant de ses bras il s’assied, et il tourne la tête : c’est Duréault !

« Les verres de ses lunettes sont brisés, il a du sang sur la figure affreusement pâle, mais visiblement il ne souffre pas. Il regarde autour de lui comme quelqu’un qui sort d’un rêve, qui cherche à renouer le fil de ses idées et qui ne comprend pas... Qu’est-ce donc qui est arrivé ? ... Cette chose lourde, ces corps étendus... Et puis ses jambes qu’il ne peut plus bouger et qu’il regarde, fixement...

« C’est à pleurer... Je serre les dents et me détourne... Mais pas avant d’avoir reconnu les deux cadavres : ce sont les Lacoste, mes petits Lacoste ! les deux frères jumeaux, couchés côte à côte, les yeux bleus grand ouvert... »

* Duréault va mourir et les petits Lacoste, Gérard et René ont été tués sur le coup. 18 avril 1917, très éprouvé, le 5e régiment d’infanterie coloniale est relevé. Tézenas et sa compagnie quittent la ligne :

« Enfin, nous partons ! En passant, il faut enjamber les corps de mes petits Lacoste... Je les regarde une dernière fois, raidis, insensibles au froid désormais, la figure cireuse, les yeux fixent le ciel gris... »

* Tout ceci colle avec l’historique et pourtant, les deux soldats que Tézenas considère comme jumeaux ne le sont pas. Tout au plus sont-ils probablement cousins germains, leurs pères étant frères. Leur ressemblance physique est certainement très criante. Ils portent le même nom de famille, ils sont originaires du même canton de Parentis-en-Born dans les Landes. De la même classe 1917, nés à 3 mois d’intervalle, ce ne sont pas de vrais jumeaux mais ce sont finalement des jumeaux quand-même, tués par le même obus, le même jour, devant Paissy (Aisne).

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vendredi 17 juin 2005

Pillage des magasins Maggi

Excelsior du 9 septembre 1914 :

Le premier conseil de guerre a tenu une séance hier après-midi, à 1 heure ½.

Un certain ROGER a comparu sous l’inculpation d’excitation au pillage par abus d’autorité. Dix jeunes gens de dix-huit à vingt ans étaient traduits en même temps que lui.

L’accusé, nommé garde civique par le maire de Meulan, avait accepté de piloter dans son automobile la commission de ravitaillement du canton. Au cours d’une randonnée, il s’étonna que la succursale MAGGI de Mantes-la-Ville n’ait pas été pillée. D’après l’accusation, il aurait dit devant des jeunes gens : « Qu’attendez-vous pour mettre le feu à cette boutique d’Allemands ? » Sur quoi ses auditeurs s’empressèrent de piller la succursale. A l’audience, ces derniers prétendent que le brassard tricolore porté par le garde civique leur a paru suffisamment officiel pour croire à un ordre de l’autorité supérieure.

ROGER déclare que, très exalté par la déclaration de guerre, il eut des conversations peut-être trop inconsidérées, mais qu’il ne donna aucun ordre, et qu’il n’eut aucune mauvaise intention. Il offre de désintéresser ceux qui eurent à souffrir des dégâts. Au reste, de très bons renseignements sont donnés sur lui et, après plaidoiries de Maître GORAUD, il est condamné à vingt-cinq jours de prison avec sursis. Les co-inculpés sont, pour la plupart, gratifiés de légères peines, les autres acquittés.

Julius Michael Johannes MAGGI était né le 9 octobre 1846 à Frauenfeld. Il était le cadet des cinq enfants d'un immigrant italien et d'une Suissesse.

Ce sujet suisse avait donc fondé une société suisse, non pas une société allemande.

En 1901, MAGGI s’était établi à Paris où il s’était consacré principalement à la distribution du lait frais à travers la « Société Laitière MAGGI », fondée en 1903.

Les dépôts de la société Maggi furent parmi les premiers démolis à la suite de campagnes de presse orchestrées par des concurrents qui l’avaient présentée comme une entreprise ennemie.

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jeudi 16 juin 2005

A Bassens, en Savoie

Le 10 juin 1916, M. le préfet de la Savoie s’adressait au ministre de l’intérieur en ces termes :

« J'ai l'honneur de vous informer que le 9 juin, l'aliéné P.....D François, interné à l'asile public de Bassens, a tué d'un coup de couteau dans la région du cœur, l'infirmier militaire CHALANSONNET Jean-Marie.

Je fais immédiatement procéder à une enquête dont je vous transmettrai les résultats. »

Jean-Marie CHALANSONNET, natif de Puygros ( Savoie ), était classé dans le service auxiliaire et de ce fait affecté à la 14e section d’infirmiers militaires dans un hôpital de l’arrière. Frappé à mort par un aliéné de l’asile de Bassens, il est mort pour la France, dans sa 39e année le 9 juin 1916.

A Bassens sera créé en 1917 un hôpital militaire Belge ( Saint-Louis du Mont ) pour tuberculeux. Le « carré des Belges » dans le cimetière communal y est très bien entretenu.

                                    chalansonnet_jean_marie

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vendredi 10 juin 2005

Message secret

Puisque je pars en voyage,... marche avant,... côté du couloir...
Recevez ce petit message secret qui, je l’espère, nous permettra de patienter jusqu’à lundi.

                                                  secret

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