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Les découvertes du chamois
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23 septembre 2005

Le Tour de France Raymond Harquet à Berry-au-Bac

Cet article est paru dans la presse sportive le 18 mars 1915.

L’attaque d’une tranchée, par Raymond HARQUET

harquet_raymond150318a 

Je vois tant d’amis, tant de membres de notre grande famille sportive vous adresser leurs aventures que j’ai pensé à vous faire connaître l’une des miennes.
Ce sera le récit d’une attaque qui eut lieu, il y a une quinzaine de jours, dans notre secteur. Il s’agissait de prendre une tranchée ennemie, cote 1, à B[erry] au B[ac].
A cet endroit, les Boches sont à 80 mètres de nous ; plus à notre gauche, vingt mètres à peine nous séparent, ce qui explique l’échange de grenades, victuailles, je dirai même de tabac et de journaux. Le fait s’est produit plusieurs fois. Enfin, nous sommes des « Kamerad » invisibles, car il ne faut pas jouer à cache-cache. Le premier qui se montre, n’a plus quelques instants après, le droit de manger du pain KK.
Cette attaque devait être faite par quatre sections. On tira au sort. Le numéro 8 sortit, celui de ma compagnie. Un bombardement intense devait précéder l’attaque. L’envolée était fixée à 11 heures 50. Dès dix heures, nous sommes dans 1e boyau de première ligne, attendant le signal du départ. J’ai eu beau chercher « papa ABRAN » et son drapeau jaune : il avait dû manquer le train.
11 heures 45. Mon cœur bat comme pour le départ d’un « Tour de France » ou d’un « Bordeaux - Paris ».
11 heures 50. Sur, un signe de mon capitaine je franchis le parapet, entraînant ma section à la baïonnette. « En avant ! » Ce cri sort de toutes les poitrines, les obus tombent drus, les balles sifflent. Plus nous approchons, et plus l’allure s’accélère. Quelques mètres seulement nous séparent des Boches. A ce moment, un obus vient éclater près de moi et me couvre de terre. Nous sautons dans 1a tranchée ennemie. Les cris de « Kamerad ! Kamerad ! » nous reçoivent. Nous faisons une vingtaine de prisonniers. Ceux qui veulent résister sont embrochés comme dés poulets. L’artillerie allemande n’arrête pas de nous arroser. Il est vrai que c’est aujourd’hui mardi-gras : cela remplace les confettis.
Je savais que leur habitude est de miner leurs tranchées. Mais les prisonniers restant près de nous, cela devait avoir un bon résultat. L’idée était excellente, car tout à coup les cris de « Kamerad ! Kamerad ! Mine ! Mine ! » retentissent. Un Boche, prenant un de mes hommes par le bras, l’entraîne et lui fait voir le fil de cordon Bickford qui se consumait. Il était temps : trente secondes plus tard, nous sautions.
Pendant que, sous une pluie de balles et d’obus des hommes transforment la tranchée, d’autres s’emparent de deux mitrailleuses. Une heure après, une contre-attaque ayant été repoussée, nous étions maîtres de la cote 1. Nos pertes furent légères, les leurs considérables.
En résumé, nous fûmes gâtés ce jour-là : le 75 prodigua ses confettis, la division nous envoya 25 bouteilles de Champagne et le corps d’armée nous cita à l’ordre du jour.
Raymond HARQUET,
Tour de France 1911-13-14 – 2ème Tour de Belgique 1913 - 1er Bordeaux-Paris (isolés).

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