* Joseph Tézenas du Montcel dans son journal « L’heure H - Etapes d’infanterie » évoque à trois reprises le souvenir des « frères Lacoste ». Il se serait agi de jumeaux.

Nous sommes en avril 1917, Chemin des Dames, au nord de Paissy (Aisne).

Ainsi, lors de leur arrivée comme renforts de la classe 17, Tézenas les remarque et jeune lieutenant chef de section de la classe 16, voici son texte concernant l’arrivée des bleus classe 17, le 3 avril 1917 :

« Ici, c’est différent : c’est une ambiance de famille que ces hommes vont trouver : c’est ce qu’il leur faut, avec la reconnaissance bien nette de deux ou trois principes essentiels qui leur évitera peut-être de se faire tuer au premier contact. Pour le reste, ils se débrouilleront tout seuls : il le faudra bien.

« Ils sont fatigués. Je leur fais déposer leurs armes et leurs sacs. Et puis, j’essaye de les faire parler ; ça n’est pas très facile tout de suite : ils ont l’air à la fois intimidé et un peu surpris, mais j’arrive vite à savoir quels sont ceux qui sont amis et qui désirent n’être pas séparés dans leur affectation à une escouade. Il en est deux en particulier qui se ressemblent et tiennent à côté l’un de l’autre : ce sont deux frères jumeaux, ils s’appellent Gérard et René Lacoste. L’un se dit cultivateur et l’autre jardinier : deux professions jumelles. Ils ont l’un et l’autre des yeux bleus de la couleur de leur uniforme. Je les affecte à l’escouade de Duréault : ils y seront bien. »

* 16 avril 1917, Tézenas commande la compagnie puisque tous les autres officiers sont morts ou hors de combat, dans les ex-premières lignes allemandes en fin d’après-midi :

« Le tir augmente d’intensité. Dès le début, notre tranchée est encadrée, comme tout à l’heure, et les explosions, stridentes, se succèdent. Pendant quelques minutes, crispés, la tête dans les épaules, nous ne vivons plus ; nous attendons l’instant de la catastrophe inévitable... La voici certainement ! Un frou-frou plus distinct, quelque chose qui tombe sur nous... « Je ferme les yeux... une lueur à travers mes paupières, un souffle brûlant qui me fouette le visage... Ça y est ! ...

Quand je rouvre les yeux, il y a trois corps étendus à côté de nous... Mon Dieu ! Qui est-ce ? ...

« La tranchée est pleine de fumée... et dans le silence qui succède, très lentement l’un des trois corps se soulève. En s’aidant de ses bras il s’assied, et il tourne la tête : c’est Duréault !

« Les verres de ses lunettes sont brisés, il a du sang sur la figure affreusement pâle, mais visiblement il ne souffre pas. Il regarde autour de lui comme quelqu’un qui sort d’un rêve, qui cherche à renouer le fil de ses idées et qui ne comprend pas... Qu’est-ce donc qui est arrivé ? ... Cette chose lourde, ces corps étendus... Et puis ses jambes qu’il ne peut plus bouger et qu’il regarde, fixement...

« C’est à pleurer... Je serre les dents et me détourne... Mais pas avant d’avoir reconnu les deux cadavres : ce sont les Lacoste, mes petits Lacoste ! les deux frères jumeaux, couchés côte à côte, les yeux bleus grand ouvert... »

* Duréault va mourir et les petits Lacoste, Gérard et René ont été tués sur le coup. 18 avril 1917, très éprouvé, le 5e régiment d’infanterie coloniale est relevé. Tézenas et sa compagnie quittent la ligne :

« Enfin, nous partons ! En passant, il faut enjamber les corps de mes petits Lacoste... Je les regarde une dernière fois, raidis, insensibles au froid désormais, la figure cireuse, les yeux fixent le ciel gris... »

* Tout ceci colle avec l’historique et pourtant, les deux soldats que Tézenas considère comme jumeaux ne le sont pas. Tout au plus sont-ils probablement cousins germains, leurs pères étant frères. Leur ressemblance physique est certainement très criante. Ils portent le même nom de famille, ils sont originaires du même canton de Parentis-en-Born dans les Landes. De la même classe 1917, nés à 3 mois d’intervalle, ce ne sont pas de vrais jumeaux mais ce sont finalement des jumeaux quand-même, tués par le même obus, le même jour, devant Paissy (Aisne).