Le champion de Paris de 400 mètres haies, Emile VERHEYREN, fait parvenir une lettre publiée le 25 février 1915

« ... Arrivés au pont des Quatre-Enfants, dans l’Argonne, nous prenons nos positions, non pour un cross, mais dans les tranchées. Est-ce bien le mot qui convient à ces dernières ? Ne faudrait-il pas les appeler ruisseaux ? Elles sont, en effet, remplies d’eau qui nous arrive aux mollets et même aux genoux.

Sans perdre un instant, nous nous attelons à la besogne. Pendant que les uns font la guerre, les autres tracent, de trois mètres en trois mètres, des caniveaux pour faire écouler l’eau. Ce travail dure trois jours et trois nuits.

Le quatrième jour, le sommeil nous est permis. La pluie continue à tomber et notre dos sert de gouttière. Nous dormons tout de même en attendant notre tour de prendre la faction.

On s’accoutume vite à ce genre de vie, d’autant que mes camarades et moi servons, de temps à autre, de starter à des courses pour lesquelles les Allemands sont au poteau de départ. Ils plaquent toujours en route, d’ailleurs, grâce à nos pruneaux qui, francs de port, leur parviennent avec une régularité chronométrique.

Nous avons stationné ainsi quatorze jours dans la tranchée. Quelques-uns ont été évacués. Pour ma part, j’ai tenu bon ; 1a résistance que je dois au cross m’a servi ici fort utilement.

Aussi, mes jeunes frères d’armes, je vous recommande de pratiquer les sports d’hiver. Vous ferez ainsi de solides troupiers et vous apporterez la gaieté de votre génération nouvelle à vos anciens. »

Le voici, aux avant-postes :

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