Article du « Patriote républicain » paru à Chambéry le 5 décembre 1914 :
On rencontre dans les rues un assez grand nombre de militaires vêtus d’un uniforme entièrement bleu, jusqu’au képi. Quelques-uns, dans les premiers jours, ont pu se demander à quelle armée alliée ou à quel corps inconnu d’eux appartiennent ces soldats. Ce sont simplement nos braves petits troupiers d’infanterie et de cavalerie, revêtus de la nouvelle tenue que bientôt auront tous leurs camarades. Ce n’est pas, on peut le croire, le ton si agréable à l’œil qui a fait adopter cette nuance bleu-gris. Grâce à sa tonalité indécise, grâce à l’uniformité de tous les effets, jusqu’aux bandes molletières, qui, elles aussi, seront de la même nuance, nos lignes de tirailleurs deviendront encore moins visibles que celles des troupes allemandes.

Jusqu’à douze ou quinze cents mètres, la teinte du nouvel uniforme se confond avec l’horizon, d’où le surnom de bleu-horizon, qu’on commence à lui donner.
Aux distances plus rapprochées et jusque vers six ou sept cents mètres, sa tonalité uniformément grise rend l’appréciation de toute distance des plus difficiles.
Avec la suppression par l’oxydation du reflet des boutons métalliques ou l’emploi de boutons en corozo, rien ne décèlera plus la présence de nos tirailleurs. Est-ce à dire que les vieilles couleurs françaises, le rouge et le bleu qui ont figuré depuis plusieurs siècles sur tant de champs de bataille, disparaîtront à jamais des uniformes de nos armées ? L’expérience seule de la guerre actuelle permettra de répondre. En tous cas, elles continuent à figurer dans notre glorieux drapeau tricolore, celui dont La Fayette prophétisait qu’il ferait le tour du monde, et c’est les yeux fixés sur elles, que nos chers combattants se jetteront en avant à la baïonnette sur l’ennemi.