Correspondance de Louis Verrier, 39e régiment d’infanterie territorial, 1er bataillon, 4e compagnie, SP. 56.
Adressée à : Madame Fresse-Pelletier, épicière à Neufmoutiers par Tournan, Seine-et-Marne
Vendredi 16 avril 1915.
Bonjour tite mère et tite sœur,
Ce matin, j’ai reçu deux lettres de vous avec du tabac, il était temps car j’en avais plus et un soldat sans tabac ce n’est plus un soldat. Mais j’espère que vous m’en enverrez. Céline m’en avait mis un peu aussi. Hier soir j’ai reçu le colis de Céline, contenant un rôti de porc, dans la tranchée. Aussi comme il était 5 h., l’heure de la soupe, il a été le bienvenu. Il était excellent.
Nous y sommes pour 6 jours, heureusement il fait beau mais sous les sapins, il fait frais. Aussi les nuits sont-elles très froides. Hier soir les Boches chantaient à tue-tête, jouant de la flûte, et nous l’on écoutait. Mais comme refrain ils nous envoient des balles. On leur répond pendant 5 minutes et après c’est le calme. C’est très drôle, ils sont à 80 mètres de nous, l’on ne les voit pas et ils ne nous voient pas. Chacun reste terré dans son trou. Cela fait drôle la nuit, d’entendre les coups de fusil et siffler les balles. Bah, l’on se dit encore une qui ne m’est pas destinée.
Alors tite mère, tu as la grippe, faut faire attention de ne pas avoir froid. Moi pour l’instant ça va, le soleil est beau, cela remet un peu.
Voyez ces cartes là, c’est très commode pour écrier. C’est Céline qui me les envoie dans ses lettres.
Je vous embrasse bien fort comme je vous aime.
Louis Verrier.